Les mots clés des philosophes du salon, expliqués simplement. Chaque définition résume le sens que le philosophe donne à ce terme ; elle ne remplace pas la lecture de ses œuvres.
A
A priori / a posteriori
KAKant
Une connaissance est a priori quand elle ne dépend pas de l'expérience : elle est alors universelle et nécessaire, comme « tout événement a une cause » ou les vérités mathématiques. Elle est a posteriori quand elle vient de l'expérience, comme « ce mur est blanc ». Pour Kant, toute connaissance commence avec l'expérience, mais elle ne dérive pas toute de l'expérience.
Voir aussi : Transcendantal, Catégories
Abduction
PECharles Sanders Peirce
Le raisonnement par lequel on forme une hypothèse pour expliquer un fait surprenant : si cette hypothèse était vraie, le fait irait de soi. Pour Peirce, c'est la seule forme de raisonnement qui introduise une idée nouvelle ; la déduction en tire ensuite les conséquences, et l'induction les met à l'épreuve.
Voir aussi : Faillibilisme
Absurde
CACamus
Chez Camus, l'absurde ne réside ni dans l'homme ni dans le monde, mais dans leur confrontation : l'homme réclame du sens et de la clarté, et le monde lui oppose un silence déraisonnable. Il ne s'agit ni de le fuir ni de le nier, mais de vivre en pleine conscience de lui.
Voir aussi : Sisyphe, Suicide philosophique, Révolte
Acte créateur
BRBerdiaev
Pour Berdiaev, l'homme n'est pas seulement appelé à être sauvé, mais à créer : la création n'est pas un luxe ajouté à la vie spirituelle, elle en est une part essentielle, une réponse à l'appel créateur de Dieu lui-même. C'est le thème de son livre Le Sens de l'acte créateur (1916).
Voir aussi : Liberté incréée
Acte et puissance
ARAristote TAThomas d’Aquin
La puissance est la capacité de devenir quelque chose ; l'acte en est la réalisation : la graine est un arbre en puissance, l'arbre adulte est cet arbre en acte. Le mouvement est le passage de la puissance à l'acte. Thomas d'Aquin appelle Dieu « acte pur » : en lui, rien ne reste à réaliser.
Voir aussi : Premier moteur, Quatre causes
Advaita Vedānta (non-dualité)
ŚAĀdi Śaṅkara
L'école de pensée dont Śaṅkara est le grand maître. Advaita signifie « non-deux » : il n'y a pas d'un côté Dieu, de l'autre le monde et les âmes, mais une seule réalité, Brahman. Le Vedānta, « fin des Veda », désigne l'interprétation des Upaniṣad, textes sacrés de l'Inde.
Voir aussi : Brahman, Ātman
Affect
SPSpinoza
Ce qui modifie notre puissance d'agir, en l'augmentant ou en la diminuant, ainsi que l'idée que nous avons de cette modification. Pour Spinoza, tous les affects dérivent de trois affects premiers : le désir, la joie (passage à une puissance plus grande) et la tristesse (passage à une puissance moindre). Un affect est une passion quand nous n'en sommes pas la cause complète, une action quand il découle de notre seule nature.
Voir aussi : Conatus, Idée adéquate / inadéquate
Air de famille
WIWittgenstein
Qu'ont en commun tous les « jeux » : échecs, football, jeux de cartes, rondes d'enfants ? Rien d'unique, répond Wittgenstein, mais un réseau de ressemblances qui se chevauchent, comme les traits d'une famille. Il ne faut pas chercher une essence commune derrière chaque mot.
Voir aussi : La signification, c'est l'usage
Aliénation
MAMarx
Le fait de devenir étranger à soi-même. Dans les Manuscrits de 1844, Marx décrit l'ouvrier comme dépossédé du produit de son travail, de son activité, devenue une contrainte, et finalement de son humanité : au lieu de s'accomplir dans son travail, il s'y perd.
Voir aussi : Force de travail, Fétichisme de la marchandise
Allégorie de la caverne
PLPlaton
Récit de la République : des prisonniers enchaînés au fond d'une caverne ne voient que des ombres projetées sur une paroi et les prennent pour la réalité. L'un d'eux, libéré, monte péniblement vers la lumière et découvre le monde véritable, puis le soleil. C'est l'image de l'éducation philosophique, qui conduit des apparences sensibles jusqu'aux Idées et au Bien.
Voir aussi : Monde sensible / monde intelligible, Idée du Bien
Amor fati
NINietzsche
« L'amour du destin » : ne rien vouloir d'autre que ce qui est, ni en avant, ni en arrière, ni pour l'éternité. Non pas seulement supporter ce qui arrive, encore moins le cacher, mais l'aimer.
Voir aussi : Éternel retour
Amour de soi / amour-propre
RORousseau
L'amour de soi est un sentiment naturel et bon, qui porte chaque être à veiller à sa conservation. L'amour-propre est un sentiment social et artificiel, qui naît de la comparaison avec les autres et pousse à vouloir être préféré : c'est la source de la vanité, de la jalousie et de la plupart de nos maux.
Voir aussi : Bonté naturelle, Origine de l'inégalité
Angoisse
SAJean-Paul Sartre
Chez Sartre, l'angoisse n'est pas la peur d'un danger extérieur, mais la conscience de notre liberté : rien ne nous garantit que nous ferons le bon choix, et nous seuls en répondons. Elle est le signe de notre responsabilité.
Voir aussi : Condamné à être libre
Animal politique
ARAristote
L'homme est par nature un animal politique : il ne peut accomplir pleinement sa nature qu'en vivant dans une cité. Doué de la parole, il peut discuter avec les autres du juste et de l'injuste. Celui qui vivrait hors de toute cité serait, dit Aristote, une bête ou un dieu.
Voir aussi : Bonheur
Animal-machine
DEDescartes
Thèse selon laquelle les animaux sont des automates très complexes, dont tous les mouvements s'expliquent mécaniquement, comme ceux d'une horloge. Leur absence de langage véritable montre, selon Descartes, qu'ils n'ont pas de pensée.
Voir aussi : Dualisme
Antinomie
KAKant
Contradiction dans laquelle la raison tombe nécessairement quand elle prétend connaître ce qui dépasse toute expérience possible. Kant en expose quatre : on peut par exemple démontrer avec une force égale que le monde a un commencement dans le temps et qu'il n'en a pas, ou que l'homme est libre et que tout est soumis à la nécessité de la nature. Ces conflits révèlent les limites de la connaissance.
Voir aussi : Chose en soi, Postulats de la raison pratique
Apatheia
EPÉpictète
L'absence de passions troublantes — peur, colère, envie —, et non l'insensibilité. Elle est le fruit d'un jugement juste sur ce qui dépend de nous et ce qui n'en dépend pas : qui ne désire que ce qui est en son pouvoir n'a plus de raison de s'agiter.
Voir aussi : Ataraxie, Représentations
Apollinien / dionysiaque
NINietzsche
Les deux forces qui, selon La Naissance de la tragédie, ont donné naissance à la tragédie grecque. L'apollinien, du dieu Apollon, est l'ordre, la mesure, la belle forme et le rêve ; le dionysiaque, du dieu Dionysos, est l'ivresse, la démesure et la fusion avec la vie.
Aponie
EPIÉpicure
L'absence de douleur dans le corps. Avec l'ataraxie, elle constitue le plaisir véritable selon Épicure : non l'accumulation des jouissances, mais l'état d'un corps qui ne souffre pas et d'une âme qui n'est pas troublée.
Voir aussi : Ataraxie
Art comme contagion
TOTolstoï
Dans Qu'est-ce que l'art ? (1897), Tolstoï définit l'art comme la transmission d'un sentiment vécu par l'artiste à ceux qui reçoivent l'œuvre, par une sorte de contagion. Un art véritable doit transmettre des sentiments sincères, moraux et accessibles à tous, et non flatter le goût raffiné d'une élite — critique qu'il appliquait à ses propres romans.
Associations libres
FRFreud
La règle fondamentale de la cure psychanalytique : le patient dit tout ce qui lui vient à l'esprit, sans trier ni censurer, même ce qui semble absurde ou gênant. Ces enchaînements de pensées permettent de remonter jusqu'au refoulé.
Voir aussi : Rêve, Refoulement
Ataraxie
EPIÉpicure EPÉpictète
L'absence de trouble dans l'âme : la tranquillité d'un esprit délivré des craintes et des désirs vains. Pour Épicure, elle forme, avec l'aponie (l'absence de douleur du corps), le plaisir véritable, but de la vie heureuse. Les stoïciens comme Épictète la recherchent aussi, par le bon usage des jugements.
Voir aussi : Aponie, Classification des désirs, Représentations
Ātman
ŚAĀdi Śaṅkara
Le Soi le plus intime, la pure conscience qui demeure derrière le corps, les pensées et les émotions. Pour Śaṅkara, l'Ātman n'est pas différent de Brahman : leur identité n'est pas une union à accomplir, mais un fait toujours déjà vrai, que seule l'ignorance masque. C'est le sens de la parole des Upaniṣad « Tu es Cela ».
Voir aussi : Brahman, Advaita Vedānta, Libération
Atomisme
EPIÉpicure
Tout ce qui existe est fait d'atomes, particules indivisibles et éternelles, qui se meuvent dans le vide ; leurs combinaisons forment tous les corps, y compris l'âme, qui se disperse à la mort. Épicure reprend cette physique de Démocrite pour délivrer les hommes de la peur : rien dans la nature ne dépend du caprice des dieux.
Voir aussi : Clinamen, La mort n'est rien pour nous
Attention
WESimone Weil
Pour Simone Weil, l'attention n'est pas un effort crispé, mais une disponibilité : suspendre sa pensée, la rendre vide et accueillante à ce qui est. Elle est la matière de la prière comme de l'étude véritable, et la forme la plus rare et la plus pure de la générosité envers les malheureux.
Voir aussi : Malheur, Décréation
Attribut
SPSpinoza
Ce que l'intellect perçoit de la substance comme constituant son essence. Dieu possède une infinité d'attributs, mais nous n'en connaissons que deux : la pensée et l'étendue (la matière). Le corps et l'esprit ne sont donc pas deux choses distinctes : c'est une seule et même réalité, exprimée sous deux attributs.
Voir aussi : Substance, Mode
Autonomie
KAKant
Capacité de la volonté à se donner à elle-même sa propre loi, par la raison. Pour Kant, c'est le fondement de la morale et de la dignité humaine. Son contraire, l'hétéronomie, consiste à recevoir sa règle d'ailleurs : d'un désir, d'une crainte, d'une autorité ou de la recherche du bonheur.
Voir aussi : Impératif catégorique, Devoir
B
Banalité du mal
HAHannah Arendt
Expression née du procès d'Adolf Eichmann, organisateur de la déportation des Juifs, auquel Arendt assista à Jérusalem en 1961. Elle y découvrit non un monstre, mais un fonctionnaire ordinaire et zélé, incapable de penser du point de vue d'autrui. Le pire mal peut être commis par des hommes qui ont cessé de penser, sans haine particulière.
Voir aussi : Penser, Totalitarisme
Béatitude
SPSpinoza
Le bonheur le plus haut, qui consiste à comprendre toutes choses à partir de Dieu, c'est-à-dire de la Nature, et à en éprouver une joie stable que Spinoza nomme l'amour intellectuel de Dieu. Elle n'est pas une récompense accordée après coup : elle n'est pas le prix de la vertu, mais la vertu elle-même (Éthique, V, 42).
Voir aussi : Genres de connaissance, Deus sive Natura
Bonheur (eudaimonia)
ARAristote
Le bonheur, compris non comme un sentiment passager mais comme une vie réussie : l'activité de l'âme conforme à la vertu, poursuivie sur une vie entière. C'est le bien suprême, recherché pour lui-même et non en vue d'autre chose. Comme le dit Aristote, une hirondelle ne fait pas le printemps, ni un seul jour heureux le bonheur.
Voir aussi : Juste milieu, Habitus
Bonté de la nature humaine
MEMencius
Thèse de Mencius selon laquelle la nature humaine est bonne à l'origine : elle penche vers le bien comme l'eau penche vers le bas. Le mal ne vient pas de la nature, mais des circonstances qui la détournent ou la négligent, comme une montagne déboisée finit par paraître naturellement nue.
Voir aussi : Quatre germes
Bonté naturelle
RORousseau
Thèse de Rousseau : l'homme est naturellement bon, et c'est la société qui le rend méchant. Rousseau ne parle pas lui-même de « bon sauvage » : il veut dire que les vices ne sont pas inscrits dans la nature humaine, mais naissent de la vie en société, de la propriété et de la comparaison avec autrui.
Voir aussi : État de nature, Amour de soi / amour-propre, Pitié
Brahman
ŚAĀdi Śaṅkara
La réalité absolue et unique, « sans second ». Pour Śaṅkara, Brahman est sans parties ni qualités que l'on pourrait lui attribuer (nirguṇa) : être, conscience et béatitude pures. Le monde multiple et les moi séparés n'en sont que des apparences, dues à l'ignorance.
Voir aussi : Ātman, Advaita Vedānta, Ignorance
C
Ça, moi, surmoi
FRFreud
Les trois instances de l'appareil psychique selon Freud. Le ça est le réservoir des pulsions, qui cherchent leur satisfaction immédiate. Le surmoi est l'instance morale, formée par l'intériorisation des interdits parentaux. Le moi, en partie conscient, tente de concilier les exigences du ça, du surmoi et de la réalité.
Voir aussi : Inconscient, Pulsion
Capital
MAMarx
Pour Marx, le capital n'est pas seulement une somme d'argent ou de machines : c'est un rapport social, celui entre ceux qui possèdent les moyens de production et ceux qui n'ont que leur force de travail. Il est poussé à s'accumuler sans fin ; et la bourgeoisie, en créant le prolétariat, produit elle-même, disent Marx et Engels, ses propres « fossoyeurs ».
Voir aussi : Plus-value, Prolétariat
Catégories
KAKant
Les concepts purs de l'entendement : des formes que l'esprit applique à tout ce qu'il connaît, comme l'unité, la réalité, la substance ou la causalité. Kant en compte douze, réparties en quatre groupes (quantité, qualité, relation, modalité). Elles ne viennent pas de l'expérience : ce sont elles qui la rendent possible.
Voir aussi : A priori / a posteriori, Phénomène
Causalité et habitude
HUHume
Nous ne percevons jamais la cause elle-même, ni une connexion nécessaire entre deux événements : nous voyons seulement qu'ils se suivent régulièrement, comme le choc d'une boule de billard et le mouvement d'une autre. C'est l'habitude, née de cette répétition, qui nous fait attendre le second dès que le premier se produit.
Voir aussi : Problème de l'induction, Impressions et idées
Ce qui dépend de nous
EPÉpictète
La distinction qui ouvre le Manuel d'Épictète : certaines choses dépendent de nous — nos jugements, nos désirs, nos aversions —, d'autres non — notre corps, notre réputation, nos biens, les événements. Tout malheur vient de ce que nous traitons comme nôtre ce qui ne l'est pas. La sagesse consiste à concentrer ses efforts sur ce qui dépend de nous et à accepter le reste.
Voir aussi : Représentations, Faculté de choix, Liberté intérieure
Chose en soi (noumène)
KAKant
La chose telle qu'elle est indépendamment de la manière dont nous la percevons. Nous pouvons la penser, mais jamais la connaître, car nous n'avons accès qu'à ce qui nous apparaît à travers l'espace, le temps et les catégories. Le mot noumène désigne la chose en soi en tant qu'objet seulement pensé.
Voir aussi : Phénomène, Espace et temps
Cinq voies
TAThomas d’Aquin
Les cinq arguments par lesquels Thomas d'Aquin montre que l'on peut prouver l'existence de Dieu par la raison, à partir du monde : le mouvement suppose un premier moteur ; les causes, une cause première ; les êtres contingents, un être nécessaire ; les degrés de perfection, un être parfait ; l'ordre des choses vers une fin, une intelligence qui les dirige.
Voir aussi : Premier moteur, Être nécessaire, Foi et raison
Classification des désirs
EPIÉpicure
Épicure distingue trois sortes de désirs : les désirs naturels et nécessaires (manger, boire, s'abriter), les désirs naturels mais non nécessaires (une nourriture raffinée) et les désirs vains, ni naturels ni nécessaires (la richesse, la gloire). Pour être heureux, il suffit de satisfaire les premiers : qui sait se contenter de peu est libre.
Voir aussi : Ataraxie, Quadruple remède
Clinamen
EPIÉpicure
Légère déviation spontanée des atomes dans leur chute, en un moment et un lieu indéterminés. Sans elle, les atomes tomberaient en ligne droite sans jamais se rencontrer, et tout serait soumis à un destin rigoureux ; grâce à elle, les corps se forment et la liberté devient possible. Le mot latin clinamen vient de Lucrèce, poète romain du Iᵉʳ siècle avant notre ère, lointain disciple d'Épicure.
Voir aussi : Atomisme
Cogito (Je pense, donc je suis)
DEDescartes
La première certitude que Descartes trouve au terme du doute : même si un malin génie me trompait en tout, pour être trompé il faut que je pense, et pour penser il faut que je sois. « Je pense, donc je suis » (formule du Discours de la méthode ; les Méditations disent « je suis, j'existe ») est la vérité inébranlable sur laquelle il veut rebâtir tout le savoir.
Voir aussi : Doute méthodique, Dualisme, Homme volant
Cohérence sotte
EMRalph Waldo Emerson
Emerson écrit qu'une cohérence sotte est le croque-mitaine des petits esprits. Celui qui grandit doit oser dire aujourd'hui ce qu'il pense, même si cela contredit ce qu'il disait hier : mieux vaut une vérité vécue qu'une fausse constance.
Voir aussi : Confiance en soi
Communalisme
NKKwame Nkrumah
Le principe égalitaire et communautaire que Nkrumah attribue aux sociétés africaines traditionnelles, où la terre et les ressources étaient tenues en commun. Il y voit la base d'un socialisme africain moderne.
Voir aussi : Consciencisme
Communisme
MAMarx
Chez Marx, la société future sans classes et sans propriété privée des moyens de production, où le libre développement de chacun serait la condition du libre développement de tous. Il la pense comme l'issue du mouvement réel de l'histoire, plutôt que comme un idéal à imposer.
Voir aussi : Prolétariat, Lutte des classes
Complexe d'Œdipe
FRFreud DLDeleuze
Pour Freud, l'ensemble des désirs amoureux et hostiles que l'enfant éprouve envers ses parents, comme le héros grec qui tua son père et épousa sa mère sans le savoir. Sa traversée structure la personnalité et la formation du surmoi. Deleuze et Guattari, dans L'Anti-Œdipe, reprochent à la psychanalyse d'enfermer le désir dans ce triangle familial.
Voir aussi : Ça, moi, surmoi, Désir comme production
Conatus
SPSpinoza
Mot latin qui signifie « effort ». Chaque chose, autant qu'il est en elle, s'efforce de persévérer dans son être : cet effort n'est pas une qualité parmi d'autres, c'est l'essence même de la chose. Chez l'être humain, le conatus conscient de lui-même s'appelle le désir.
Voir aussi : Affect
Condamné à être libre
SAJean-Paul Sartre
L'homme n'a pas choisi d'être libre, mais il ne peut pas cesser de l'être : même refuser de choisir est encore un choix. Il est donc entièrement responsable de ce qu'il fait de lui-même, et, en se choisissant, il engage aussi l'image de l'homme qu'il propose aux autres.
Voir aussi : Angoisse, Mauvaise foi, Engagement
Condition ouvrière
WESimone Weil
Professeure de philosophie, Simone Weil a travaillé plusieurs mois en usine en 1934-1935 pour connaître de l'intérieur la condition des ouvriers. Elle y a découvert un travail qui écrase la pensée et réduit l'homme à un rouage, et cherché comment rendre au travail sa dignité.
Voir aussi : Enracinement, Malheur
Confiance en soi (Self-Reliance)
EMRalph Waldo Emerson
Titre d'un essai célèbre d'Emerson : chacun doit se fier à sa propre pensée et à sa propre voix plutôt qu'à l'opinion d'autrui ou à l'autorité du passé. « Imiter, c'est se suicider. » Être un homme, c'est être un non-conformiste.
Voir aussi : Cohérence sotte, Sur-Âme
Connais-toi toi-même
SOSocrate
Inscription du temple d'Apollon à Delphes, que Socrate a faite sienne : avant de prétendre connaître le monde, il faut savoir ce que l'on est et reconnaître les limites de son propre savoir.
Voir aussi : Savoir de son ignorance, Soin de l'âme
Connaissance libératrice (jñāna)
ŚAĀdi Śaṅkara
La connaissance directe de la réalité, et non un savoir appris : voir que le Soi est Brahman. Pour Śaṅkara, elle seule libère, comme la lumière seule fait voir que le serpent n'était qu'une corde.
Voir aussi : Libération, Ignorance
Conscience
RORousseau
Dans la Profession de foi du vicaire savoyard, Rousseau la célèbre comme un « instinct divin » : un sentiment intérieur, plus sûr que les raisonnements des philosophes, qui nous fait aimer le bien et juger nos actions.
Voir aussi : Pitié
Consciencisme
NKKwame Nkrumah
La philosophie proposée par Nkrumah (1964) pour l'Afrique décolonisée. Elle reconnaît les trois héritages de la société africaine — la tradition africaine, l'apport islamique et l'apport euro-chrétien —, et cherche à les faire converger, sur une base matérialiste, vers une société qui retrouve l'égalitarisme des sociétés africaines traditionnelles sans idéaliser le passé.
Voir aussi : Communalisme, Matérialisme historique
Contrat social
HOThomas Hobbes RORousseau
L'accord par lequel les hommes sortent de l'état de nature pour fonder une société politique. Chez Hobbes, chacun transfère ses droits à un souverain absolu, en échange de la sécurité. Chez Rousseau, chacun se donne tout entier à la communauté, de sorte qu'en obéissant à la volonté générale, il n'obéisse qu'à lui-même et reste aussi libre qu'auparavant.
Voir aussi : Léviathan, Volonté générale, État de nature
Corps sans organes
DLDeleuze
Expression empruntée au poète Antonin Artaud. Pour Deleuze et Guattari, elle désigne un corps libéré de l'organisation qui lui est imposée et qui fixe à chaque partie une fonction ; il devient une surface où le désir peut circuler librement.
Voir aussi : Désir comme production
Courant de conscience
JAWilliam James
Image proposée par James dans ses Principes de psychologie : la conscience n'est pas une suite d'états séparés, comme des perles sur un fil, mais un flux continu, comme une rivière, où rien ne revient jamais exactement identique. L'expression a ensuite inspiré une technique littéraire.
Voir aussi : Empirisme radical
Création de concepts
DLDeleuze
Pour Deleuze et Guattari, dans Qu'est-ce que la philosophie ? (1991), la philosophie n'est ni contemplation, ni réflexion, ni communication : elle est l'art de former, d'inventer et de fabriquer des concepts. Un concept n'est pas une vérité donnée, mais une création qui répond à un problème.
Voir aussi : Plan d'immanence
Critique de l'État
TOTolstoï
Tolstoï voit dans l'État, l'armée, les tribunaux et la propriété des formes de violence organisée, que les riches et les puissants imposent aux pauvres au nom de la loi et de l'ordre. On a qualifié sa position d'anarchisme chrétien.
Voir aussi : Non-résistance au mal par la violence
Critique de l'optimisme
VOVoltaire
L'optimisme, au XVIIIᵉ siècle, est la doctrine selon laquelle « tout est bien » dans le meilleur des mondes possibles. Après le tremblement de terre de Lisbonne de 1755, Voltaire la juge indécente devant la souffrance réelle, et la ridiculise dans Candide : le mal existe, et il ne sert à rien de le justifier.
Voir aussi : Meilleur des mondes possibles, Il faut cultiver notre jardin
Critique de la connaissance spectatrice
DWJohn Dewey
Dewey s'oppose à l'idée, héritée des Grecs, selon laquelle connaître consisterait à contempler le monde de l'extérieur, comme un spectateur. Pour lui, connaître est une manière d'agir dans le monde et sur lui.
Voir aussi : Instrumentalisme, Miroir de la nature
Croyance et doute
PECharles Sanders Peirce
Pour Peirce, une croyance est une habitude d'action, qui nous apaise ; le doute est un état d'inquiétude qui nous pousse à chercher. L'enquête est la lutte pour passer du doute à la croyance. Seul un doute réel, provoqué par une difficulté effective, peut la lancer : douter de tout sur commande, comme Descartes, n'est qu'une feinte.
Voir aussi : Doute méthodique, Maxime pragmatiste, Enquête
D
Daimonion
SOSocrate
Le « signe divin » dont Socrate disait entendre la voix depuis l'enfance. Il ne lui dictait jamais ce qu'il fallait faire : il l'avertissait seulement de ne pas faire ce qu'il s'apprêtait à faire.
Dao (Tao)
LALaozi ZHZhuangzi
Mot chinois qui signifie « la Voie ». Chez Laozi, c'est l'origine sans nom de toutes choses, qui les engendre et les traverse sans jamais s'en emparer. Il échappe aux mots : le Dao qui peut se dire n'est pas le Dao constant. Zhuangzi le voit présent en toute chose, jusque dans les plus humbles, et embrassant tous les points de vue sans se fixer à aucun. On ne le définit pas, on s'y accorde.
Voir aussi : De, Wu wei, Ziran
De (Te)
LALaozi
Souvent traduit par « vertu », au sens ancien de puissance ou d'efficacité. C'est la force propre d'un être quand il suit le Dao. Le titre du livre attribué à Laozi, le Dao De Jing, signifie « le livre de la Voie et de sa vertu ».
Voir aussi : Dao
De l'être au devoir-être (loi de Hume)
HUHume
Hume remarque que de nombreux moralistes passent sans prévenir d'affirmations sur ce qui est à des affirmations sur ce qui doit être. Or d'un simple fait, on ne peut tirer logiquement un devoir : que les hommes agissent d'une certaine manière ne prouve pas qu'ils doivent le faire.
Voir aussi : La raison, esclave des passions
Décréation
WESimone Weil
Le renoncement à l'affirmation de soi, pour faire place en soi au vide et laisser Dieu venir. Pour Simone Weil, Dieu s'est retiré pour laisser exister le monde ; l'homme répond à cet amour en consentant à ne plus vouloir être le centre.
Voir aussi : La pesanteur et la grâce, Attention
Déisme
VOVoltaire
Croyance en un Dieu créateur, cause première de l'ordre de l'univers, sans adhésion à aucune religion révélée, à ses dogmes ni à son clergé. Voltaire l'exprime par une image : l'univers est comme une horloge, et il ne peut songer que cette horloge existe sans horloger.
Voir aussi : Écrasez l'infâme
Démocratie comme mode de vie
DWJohn Dewey
Pour Dewey, la démocratie n'est pas d'abord une forme de gouvernement, mais une manière de vivre ensemble, faite d'expériences communiquées et partagées. Elle doit sans cesse être réinventée dans les institutions concrètes, à commencer par l'école.
Voir aussi : Éducation et croissance
Désir comme production (machines désirantes)
DLDeleuze
Dans L'Anti-Œdipe (1972), Deleuze et Guattari s'opposent à l'idée que le désir serait un manque : le désir produit, il crée des connexions, des flux et du réel. Ils reprochent à la psychanalyse de l'avoir rabattu sur le triangle familial du père, de la mère et de l'enfant.
Voir aussi : Complexe d'Œdipe, Corps sans organes
Despotisme éclairé
VOVoltaire
Forme de gouvernement où un souverain absolu, conseillé par des philosophes, réforme son pays selon la raison. Voltaire, qui correspondit avec Frédéric II de Prusse et Catherine II de Russie, préférait ces réformes venues d'en haut aux bouleversements révolutionnaires.
Voir aussi : Tolérance
Déterminisme
DIDiderot
Tout ce qui arrive est l'effet nécessaire de causes antérieures, et la liberté est une illusion. Dans Jacques le fataliste, Diderot met cette idée dans la bouche de Jacques, qui répète, après son capitaine, que tout ce qui nous arrive « était écrit là-haut », tout en montrant avec humour combien on vit, en pratique, comme si l'on était libre.
Voir aussi : Matérialisme
Déterritorialisation
DLDeleuze
Le mouvement par lequel quelque chose quitte son territoire, se défait de ses codes et de ses attaches ; il s'accompagne toujours de reterritorialisations, qui fixent de nouveau. Pour Deleuze et Guattari, le capitalisme déterritorialise sans cesse les flux — d'argent, de travail, de désir — avant de les reterritorialiser ailleurs.
Voir aussi : Rhizome, Ligne de fuite
Deus sive Natura
SPSpinoza
« Dieu, c'est-à-dire la Nature ». Formule par laquelle Spinoza identifie Dieu à la Nature tout entière : non pas un créateur extérieur au monde, doué de volonté et poursuivant des buts, mais la réalité unique et infinie dont toutes choses font partie.
Voir aussi : Substance, Nature naturante / nature naturée
Deux cités
AUAugustin d’Hippone
Thème de la Cité de Dieu : deux amours ont fait deux cités. L'amour de soi poussé jusqu'au mépris de Dieu a fait la cité terrestre ; l'amour de Dieu poussé jusqu'au mépris de soi a fait la cité céleste. Les deux sont mêlées en ce monde jusqu'à la fin des temps, et aucun État ne s'identifie à la cité de Dieu.
Voir aussi : Grâce
Deux vérités
NANagarjuna ŚAĀdi Śaṅkara
Distinction entre deux plans de vérité. Pour Nagarjuna, la vérité conventionnelle est celle du langage et de la vie courante, où les chariots, les personnes et les causes fonctionnent ; la vérité ultime est que rien de tout cela n'existe par soi. La seconde ne s'atteint qu'en s'appuyant sur la première. Śaṅkara distingue de même le plan empirique (vyāvahārika), où le monde multiple a une réalité pratique, et le plan absolu (pāramārthika), où seul Brahman est réel.
Voir aussi : Vacuité, Brahman, Māyā / mithyā
Devenir
DLDeleuze
Pour Deleuze, le devenir est premier par rapport à l'être fixe : la réalité n'est pas faite d'identités stables, mais de processus et de transformations. Devenir n'est pas imiter ni ressembler : c'est entrer dans une zone de voisinage où quelque chose de nouveau se produit.
Voir aussi : Différence, Rhizome
Devoir
KAKant
Nécessité d'accomplir une action par respect pour la loi morale. Kant distingue agir conformément au devoir, comme le marchand qui ne trompe pas un client naïf par simple intérêt, pour garder sa clientèle, et agir par devoir : seule cette seconde action a une valeur morale.
Voir aussi : Impératif catégorique, Autonomie
Dialectique
PLPlaton MAMarx
Chez Platon, l'art de dialoguer par questions et réponses, puis la méthode par laquelle l'esprit s'élève des simples hypothèses jusqu'aux Idées et au Bien : c'est pour lui la science suprême. Chez Marx, héritier de Hegel, la dialectique désigne le mouvement de la réalité elle-même, qui progresse par contradictions : ce sont les luttes entre classes sociales qui transforment l'histoire.
Voir aussi : Idées, Matérialisme historique, Lutte des classes
Différence
DLDeleuze
Dans Différence et répétition (1968), Deleuze veut penser la différence en elle-même, et non comme un simple écart entre deux choses déjà identiques. Il reproche à la tradition, de Platon à Hegel, d'avoir toujours subordonné la différence à l'identité.
Voir aussi : Devenir
Dix mille êtres (wanwu)
LALaozi
Expression chinoise qui désigne la totalité des choses existantes. Selon le Dao De Jing, le Dao engendre l'Un, l'Un engendre le Deux, le Deux engendre le Trois, et le Trois engendre les dix mille êtres.
Voir aussi : Dao, Yin et yang
Doute méthodique
DEDescartes PECharles Sanders Peirce
La démarche par laquelle Descartes rejette comme faux tout ce qui peut être mis en doute — les sens, qui trompent parfois, le rêve, et jusqu'aux mathématiques, en supposant un Dieu trompeur, puis un malin génie — afin de trouver une certitude absolue. Ce n'est pas un scepticisme : le doute est un moyen, non une fin. Peirce lui reprochera d'être un doute feint, sans effet réel sur nos croyances.
Voir aussi : Cogito, Croyance et doute
Dualisme
DEDescartes
La thèse selon laquelle l'âme et le corps sont deux substances réellement distinctes : l'âme est une chose qui pense, sans étendue ; le corps est une chose étendue, qui ne pense pas. La difficulté devient alors d'expliquer leur union, que l'expérience nous fait pourtant sentir à chaque instant.
Voir aussi : Substance, Cogito, Glande pinéale
Dukkha (souffrance, insatisfaction)
BOLe Bouddha
Mot pāli souvent traduit par « souffrance », mais au sens plus large d'insatisfaction : le caractère jamais pleinement satisfaisant de toute expérience, y compris des plaisirs, puisqu'ils passent. C'est le constat de la première des quatre nobles vérités.
Voir aussi : Quatre nobles vérités, Soif, Impermanence
E
Écrasez l'infâme
VOVoltaire
Formule par laquelle Voltaire terminait souvent ses lettres. « L'infâme » désigne la superstition et le fanatisme religieux, et l'intolérance des Églises qui persécutent au nom de leurs dogmes.
Voir aussi : Tolérance, Déisme
Éducation et croissance
DWJohn Dewey
Pour Dewey, l'éducation n'est pas une préparation à la vie future ni un remplissage de l'esprit : elle est la vie même, une croissance continue par l'expérience réfléchie. L'élève apprend en faisant, à travers des activités partagées et des problèmes réels, plutôt qu'en mémorisant des faits.
Voir aussi : Démocratie comme mode de vie, Enquête
Éducation négative
RORousseau
Principe de l'Émile : la première éducation ne doit pas inculquer des vertus ou des vérités, mais préserver le cœur de l'enfant du vice et son esprit de l'erreur. Elle suit le développement naturel de l'enfant et le laisse apprendre par l'expérience des choses plutôt que par les livres.
Voir aussi : Bonté naturelle
Émanation
IBAvicenne
La manière dont le monde procède de Dieu selon Avicenne : non par un choix arbitraire, mais nécessairement, comme la lumière émane du soleil. De l'Être nécessaire procède une première Intelligence, puis d'autres, de degré en degré, jusqu'à l'Intellect agent et au monde sublunaire.
Voir aussi : Être nécessaire, Intellect agent
Empirisme radical
JAWilliam James
La doctrine selon laquelle il ne faut admettre que ce qui est donné dans l'expérience, mais tout ce qui y est donné, y compris les relations entre les choses. James s'oppose ainsi aux empiristes classiques, qui ne voyaient dans l'expérience que des sensations isolées.
Voir aussi : Courant de conscience, Pluralisme
En-soi / pour-soi
SAJean-Paul Sartre
Les deux régions de l'être dans L'Être et le Néant. L'en-soi est l'être des choses : il est ce qu'il est, plein et sans distance à lui-même. Le pour-soi est l'être de la conscience : il n'est jamais simplement ce qu'il est, il se projette sans cesse vers ce qu'il n'est pas encore.
Voir aussi : Mauvaise foi, Regard d'autrui
Encyclopédie
DIDiderot
Le grand dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, dirigé par Diderot et d'Alembert à partir de 1751. Il voulait rassembler et diffuser les connaissances de son temps, y compris celles des artisans, et faire reculer les préjugés.
Engagement
SAJean-Paul Sartre
Puisque l'homme est responsable de ce qu'il fait et de ce qu'il ne fait pas, l'écrivain et l'intellectuel doivent prendre position sur les problèmes de leur temps. Se taire, c'est encore choisir : c'est consentir.
Voir aussi : Condamné à être libre
Enquête
DWJohn Dewey
Pour Dewey, la pensée naît toujours d'une situation problématique, vécue concrètement. L'enquête est le processus par lequel on transforme cette situation indéterminée en une situation résolue, en formulant et en testant des hypothèses. Toute la logique se ramène à cette démarche, qui vaut pour la science comme pour la vie quotidienne.
Voir aussi : Pragmatisme, Instrumentalisme
Enracinement
WESimone Weil
Pour Simone Weil, l'âme a des besoins aussi réels que ceux du corps : l'ordre, la liberté, la vérité, et surtout l'enracinement, c'est-à-dire la participation vivante à une communauté qui transmet un passé et prépare un avenir. Un peuple déraciné, par la guerre, la conquête ou le travail sans âme, dépérit.
Voir aussi : Condition ouvrière
Éros
PLPlaton FRFreud
Chez Platon, l'amour est un désir de beauté qui peut s'élever par degrés : de l'attirance pour un beau corps à l'amour de tous les beaux corps, puis à la beauté des âmes et des connaissances, jusqu'à la contemplation du Beau en soi ; c'est ce qu'expose le Banquet. Chez Freud, Éros désigne l'ensemble des pulsions de vie, qui tendent à unir et à conserver, face à la pulsion de mort.
Voir aussi : Idées, Pulsion de mort
Espace et temps (formes a priori de la sensibilité)
LELeibniz KAKant
Pour Leibniz, l'espace et le temps ne sont pas des contenants absolus dans lesquels les choses seraient placées, mais l'ordre des relations entre les choses : l'ordre de ce qui coexiste et l'ordre de ce qui se succède. Pour Kant, ce ne sont pas non plus des propriétés des choses en soi, mais les formes à travers lesquelles notre sensibilité reçoit tout ce qui lui est donné : des lunettes que nous ne pouvons jamais retirer. Tout ce que nous percevons est donc nécessairement situé dans l'espace et dans le temps.
Voir aussi : Phénomène, A priori / a posteriori
Essence et existence
IBAvicenne TAThomas d’Aquin
L'essence d'une chose est ce qu'elle est ; son existence est le fait qu'elle soit. Avicenne les distingue nettement : on peut parfaitement concevoir ce qu'est un cheval sans savoir s'il en existe un. En toute chose créée, l'existence s'ajoute donc à l'essence ; en Dieu seul, elles ne font qu'un. Thomas d'Aquin reprend cette distinction et en fait un pilier de sa pensée.
Voir aussi : Être nécessaire, Être même subsistant
État de nature
HOThomas Hobbes RORousseau
La condition imaginée des hommes sans pouvoir politique. Pour Hobbes, c'est une guerre de tous contre tous, où la vie de l'homme est solitaire, misérable, brutale et brève, non par méchanceté mais parce que chacun est vulnérable et rival des autres. Pour Rousseau, au contraire, l'homme naturel, solitaire et animé par la pitié, est paisible : ce sont la société et la propriété qui l'ont corrompu.
Voir aussi : Guerre de tous contre tous, Contrat social, Bonté naturelle
Éternel retour
NINietzsche
Pensée mise à l'épreuve par Nietzsche : et si tu devais revivre ta vie exactement à l'identique, une infinité de fois, avec chaque douleur et chaque joie ? Celui qui pourrait le vouloir dirait un oui total à son existence. L'éternel retour est un critère : vis de telle sorte que tu puisses désirer revivre.
Voir aussi : Amor fati, Surhumain
Éternité du monde
AVAverroès
Thèse défendue par Averroès, à la suite d'Aristote, contre le théologien al-Ghazâlî : le monde n'a pas été créé à un moment du temps, comme un artisan fabrique un objet. Il dépend entièrement de Dieu, qui l'actualise éternellement.
Voir aussi : Premier moteur
Être craint plutôt qu'aimé
MCMachiavel
Question du Prince : vaut-il mieux être aimé ou craint ? L'idéal serait d'être les deux ; mais s'il faut choisir, Machiavel répond qu'il est plus sûr d'être craint, car l'amour des hommes est changeant. Le prince doit pourtant éviter d'être haï.
Voir aussi : Vérité effective de la chose, Machiavélisme
Être même subsistant (ipsum esse subsistens)
TAThomas d’Aquin
Le nom que Thomas d'Aquin donne à Dieu : non pas un être parmi d'autres, mais l'être même, en qui essence et existence ne font qu'un. Toutes les autres choses reçoivent l'être ; Dieu seul est l'être par lui-même.
Voir aussi : Essence et existence, Acte et puissance
Être nécessaire
IBAvicenne
L'être dont l'essence même est d'exister, et qui ne peut donc pas ne pas être. Toutes les autres choses sont « possibles en soi » : elles pourraient ne pas exister et reçoivent l'existence d'une cause. Comme la chaîne des causes ne peut remonter à l'infini, il faut un Être nécessaire par soi, qui est Dieu.
Voir aussi : Essence et existence, Émanation
Éveil (bodhi)
BOLe Bouddha
La compréhension directe et libératrice de la nature des choses — impermanence, souffrance, non-soi —, qui met fin à l'ignorance. Le mot « bouddha » signifie justement « l'Éveillé » : celui qui s'est éveillé du sommeil de l'illusion.
Voir aussi : Nirvāṇa, Quatre nobles vérités
Expérience religieuse
JAWilliam James
Dans Les Formes multiples de l'expérience religieuse (1902), James étudie la religion non à travers ses dogmes, mais à travers l'expérience vécue des croyants et ses fruits dans leur vie. Quels que soient les excès de ses formes historiques, elle lui semble révéler quelque chose de réel sur l'existence.
Voir aussi : Volonté de croire
F
Faculté de choix (prohairesis)
EPÉpictète
La faculté de juger, de choisir et de vouloir : la seule chose qui nous appartienne entièrement. Ni la prison, ni la maladie, ni un tyran ne peuvent la contraindre. Pour Épictète, le bien et le mal véritables ne se trouvent que là.
Voir aussi : Ce qui dépend de nous, Liberté intérieure
Faillibilisme
PECharles Sanders Peirce
La thèse selon laquelle aucune de nos connaissances n'est absolument certaine : toutes peuvent être révisées. Loin de mener au découragement, elle fonde la méthode scientifique, qui corrige ses erreurs par la confrontation durable avec la réalité, au sein d'une communauté de chercheurs.
Voir aussi : Abduction, Croyance et doute
Fétichisme de la marchandise
MAMarx
L'illusion par laquelle les marchandises semblent avoir une valeur en elles-mêmes, comme des objets magiques, alors que cette valeur vient du travail humain et des rapports entre les hommes. Les relations sociales prennent ainsi l'apparence de relations entre des choses.
Voir aussi : Aliénation, Capital
Foi et raison
AUAugustin d’Hippone AVAverroès TAThomas d’Aquin
La question de leur rapport traverse la pensée médiévale. Augustin invite à croire pour comprendre, et à comprendre pour croire. Averroès soutient que la philosophie et la Révélation ne peuvent se contredire, venant de la même vérité. Thomas d'Aquin distingue ce que la raison peut connaître seule, comme l'existence de Dieu, et ce que seule la foi enseigne, comme la Trinité ; venant toutes deux de Dieu, elles ne peuvent véritablement s'opposer.
Voir aussi : Interprétation allégorique, Cinq voies, Loi naturelle
Force
WESimone Weil
Dans son essai L'Iliade ou le poème de la force, Simone Weil définit la force comme ce qui fait de quiconque lui est soumis une chose : à l'extrême, un cadavre. Elle pétrifie aussi bien celui qui la subit que celui qui croit la posséder.
Voir aussi : Malheur
Force de travail
MAMarx
La capacité de travailler, que l'ouvrier, ne possédant pas de moyens de production, est obligé de vendre comme une marchandise. Marx distingue la force de travail, que le capitaliste achète, et le travail effectif, qui produit plus de valeur qu'elle n'en a coûté.
Voir aussi : Plus-value, Aliénation
Forme de vie
WIWittgenstein
L'ensemble des pratiques, des habitudes et des manières d'agir partagées dans lesquelles notre langage est enraciné. Imaginer un langage, dit Wittgenstein, c'est imaginer une forme de vie. Comprendre les mots des autres suppose de partager, au moins en partie, leur forme de vie.
Voir aussi : Jeu de langage, Langage privé
Forme et matière (hylémorphisme)
ARAristote TAThomas d’Aquin
Toute chose naturelle est composée d'une matière, ce dont elle est faite, et d'une forme, ce qui en fait telle chose. La forme n'existe pas dans un monde séparé, comme les Idées de Platon : elle est dans la chose même. Pour un être vivant, la forme est l'âme. Thomas d'Aquin reprend cette idée : l'âme humaine est la forme du corps, et non une substance complète enfermée en lui comme dans une prison ; elle peut pourtant subsister après la mort.
Voir aussi : Quatre causes, Idées, Substance
Fortune
MCMachiavel
Le hasard des circonstances, imprévisible. Selon Machiavel, la fortune gouverne la moitié de nos actions, mais nous laisse l'autre moitié. Elle est comme un fleuve en crue : on ne peut l'arrêter, mais on peut, en temps calme, construire des digues et des canaux pour en contenir la violence.
Voir aussi : Virtù
G
Généalogie
NINietzsche
La méthode de Nietzsche : au lieu de chercher le fondement éternel de nos valeurs, il en recherche l'origine historique et psychologique. Qui a inventé les mots « bien » et « mal », dans quel intérêt, à partir de quel type de vie ? Une valeur peut avoir une origine bien moins noble qu'elle ne le prétend.
Voir aussi : Ressentiment, Morale des maîtres / morale des esclaves
Genres de connaissance
SPSpinoza
Les trois manières de connaître selon Spinoza. Le premier genre, l'imagination ou l'opinion, vient des sens et du ouï-dire : il est la seule source d'erreur. Le deuxième, la raison, connaît les choses par des notions communes à toutes. Le troisième, la science intuitive, saisit directement l'essence des choses singulières à partir de Dieu : c'est lui qui conduit à la béatitude.
Voir aussi : Idée adéquate / inadéquate, Béatitude
Glande pinéale
DEDescartes
Petite glande située au centre du cerveau, où Descartes plaçait le lieu principal de l'union entre l'âme et le corps : c'est par elle que l'âme recevrait les impressions du corps et agirait sur lui. Cette hypothèse montre la difficulté qu'il y a à unir deux substances aussi différentes.
Voir aussi : Dualisme
Gouvernement par la vertu
KOConfucius MEMencius
Gouverner par l'exemple plutôt que par la loi et le châtiment. Selon Confucius, un peuple contraint par les punitions cherche seulement à les éviter, sans honte ; guidé par la vertu et les rites, il acquiert le sens de la honte et se corrige de lui-même. Mencius ajoute que le bon souverain nourrit son peuple et ne l'épuise pas par des guerres inutiles.
Voir aussi : Mandat du Ciel, Li, Rectification des noms
Grâce
AUAugustin d’Hippone TAThomas d’Aquin
Le don gratuit de Dieu, qu'aucune œuvre ne mérite. Pour Augustin, elle est nécessaire pour que la volonté, blessée par le péché, puisse vouloir et accomplir le bien. Thomas d'Aquin la pense en harmonie avec la nature : la grâce ne détruit pas la nature, elle la perfectionne.
Voir aussi : Péché originel, Libre arbitre
Grand Inquisiteur
DODostoïevski
Récit inséré dans Les Frères Karamazov : le Christ revient à Séville au temps de l'Inquisition, et le Grand Inquisiteur le fait arrêter. Il lui reproche d'avoir offert aux hommes une liberté trop lourde ; l'Église, elle, leur donne du pain et les gouverne par le miracle, le mystère et l'autorité, en échange de cette liberté. Le Christ ne répond que par un baiser.
Voir aussi : Si Dieu n'existe pas, tout est permis
Guerre de tous contre tous
HOThomas Hobbes
L'état de nature selon Hobbes : sans autorité commune, chacun craint les autres et cherche à les devancer. Ce n'est pas forcément un combat permanent, mais une disposition constante à la guerre, qui rend impossibles le travail, les arts et la sécurité. On résume souvent cette idée par la formule ancienne « l'homme est un loup pour l'homme ».
Voir aussi : État de nature, Léviathan
I
Idée adéquate / inadéquate
SPSpinoza
Une idée adéquate est complète : elle contient en elle-même de quoi expliquer ce qu'elle représente. Une idée inadéquate est partielle et confuse : elle nous montre des effets séparés de leurs causes. Pour Spinoza, l'erreur n'est pas quelque chose de positif : elle n'est qu'un manque de connaissance, celui qu'enveloppent les idées inadéquates.
Voir aussi : Genres de connaissance, Affect
Idée claire et distincte
DEDescartes
Une idée est claire quand elle est présente et manifeste à l'esprit attentif, distincte quand elle est si nettement séparée des autres qu'elle ne contient rien d'obscur. Pour Descartes, tout ce que nous concevons clairement et distinctement est vrai, et c'est la véracité de Dieu qui le garantit.
Voir aussi : Véracité divine, Règles de la méthode
Idée du Bien
PLPlaton
La plus haute des Idées, située au-delà même de l'être. De même que le soleil rend les choses visibles et les fait croître, le Bien rend les Idées connaissables et leur donne leur être. Le connaître est le but de la philosophie et la condition d'un gouvernement juste.
Voir aussi : Idées, Allégorie de la caverne, Philosophe-roi
Idées (Formes)
PLPlaton
Réalités intelligibles, éternelles et immuables, dont les choses sensibles ne sont que des copies imparfaites : il existe beaucoup de belles choses, mais une seule Idée du Beau, qui fait qu'elles sont belles. On ne les perçoit pas par les sens, mais par l'intelligence. Aristote rejettera ce monde séparé : pour lui, la forme est dans la chose même.
Voir aussi : Monde sensible / monde intelligible, Idée du Bien, Forme et matière
Idéologie
MAMarx
Chez Marx, un ensemble d'idées qui reflète les intérêts d'une classe tout en se présentant comme universel et naturel. « Les idées de la classe dominante sont, à chaque époque, les idées dominantes » : elles justifient l'ordre social existant et masquent ses rapports de domination.
Voir aussi : Infrastructure / superstructure, Opium du peuple
Ignorance (avidyā)
ŚAĀdi Śaṅkara
L'ignorance métaphysique qui nous fait prendre le monde multiple et le moi individuel pour la réalité ultime. Ce n'est pas un simple manque d'information, mais une erreur fondamentale sur ce que nous sommes, que seule la connaissance peut dissiper.
Voir aussi : Surimposition, Connaissance libératrice
Il faut cultiver notre jardin
VOVoltaire
Dernière phrase de Candide. Après avoir renoncé aux grandes spéculations sur le sens du monde, Candide et ses compagnons trouvent une forme de sagesse dans le travail concret et utile, qui éloigne de nous « trois grands maux : l'ennui, le vice et le besoin ».
Voir aussi : Critique de l'optimisme
Impératif catégorique
KAKant
Commandement moral qui vaut sans condition, quel que soit le but poursuivi. Sa première formule demande de n'agir que selon une règle (une maxime) dont on pourrait vouloir qu'elle devienne une loi universelle. Une autre demande de traiter l'humanité, en soi comme en autrui, toujours aussi comme une fin, et jamais simplement comme un moyen.
Voir aussi : Impératif hypothétique, Devoir, Autonomie
Impératif hypothétique
KAKant
Commandement conditionnel, du type « si tu veux tel résultat, fais telle chose » : si tu veux être en bonne santé, fais du sport. Il indique le moyen d'atteindre un but, mais ne dit rien de la valeur morale de ce but. Kant l'oppose à l'impératif catégorique.
Voir aussi : Impératif catégorique
Impermanence (anicca)
BOLe Bouddha
Tout ce qui est composé change et finit par disparaître : rien ne demeure identique d'un instant à l'autre. Avec la souffrance et le non-soi, l'impermanence est l'une des trois caractéristiques de toute existence.
Voir aussi : Non-soi, Dukkha
Impressions et idées
HUHume
Pour Hume, tout le contenu de l'esprit se divise en impressions — les sensations et émotions vives, telles que nous les éprouvons — et en idées, qui en sont des copies affaiblies, dans la mémoire ou l'imagination. Pour savoir si une idée a un sens, il faut chercher de quelle impression elle dérive.
Voir aussi : Causalité et habitude, Le moi, faisceau de perceptions
Inconscient
FRFreud
La partie de la vie psychique qui échappe à la conscience et ne s'atteint pas par la simple introspection. Pour Freud, elle est faite de désirs et de souvenirs refoulés, qui continuent d'agir sur nous et se manifestent dans les rêves, les lapsus, les actes manqués et les symptômes.
Voir aussi : Refoulement, Ça, moi, surmoi, Petites perceptions
Infrastructure / superstructure
MAMarx
L'infrastructure est la base économique d'une société : ses forces productives et ses rapports de production. La superstructure comprend le droit, la politique, la religion, la morale et la philosophie. Pour Marx, c'est la base économique qui conditionne la superstructure ; Engels précisera : « en dernière instance ».
Voir aussi : Matérialisme historique, Idéologie
Instrumentalisme
DWJohn Dewey
Le nom que Dewey donne à sa propre version du pragmatisme : les idées et les théories sont des instruments pour résoudre des problèmes et agir sur le monde, non des copies d'une réalité extérieure. On les juge, comme des outils, à leur efficacité.
Voir aussi : Enquête, Critique de la connaissance spectatrice
Intellect agent
IBAvicenne
Notion venue d'Aristote. Pour Avicenne, c'est la dernière des Intelligences célestes, qui illumine l'esprit humain et lui donne les formes intelligibles, c'est-à-dire les idées universelles. Nous ne produisons pas seuls nos connaissances : nous les recevons quand notre esprit est prêt à les accueillir.
Voir aussi : Émanation, Unité de l'intellect
Intériorité
AUAugustin d’Hippone
Pour Augustin, c'est en rentrant en soi-même, et non en se dispersant au-dehors, que l'on trouve la vérité et Dieu. Il s'adresse à Dieu en disant qu'il lui est « plus intime que l'intime de moi-même ». La recherche de la vérité commence par un retour sur soi.
Voir aussi : Temps, distension de l'âme, Foi et raison
Interprétation allégorique (ta'wīl)
AVAverroès
Lorsque le sens littéral d'un texte sacré contredit une démonstration certaine, Averroès estime qu'il faut l'interpréter, en cherchant son sens figuré. Cette lecture est réservée à ceux qui sont capables de démonstration ; la divulguer à tous ne produirait que trouble. On lui a prêté à tort une doctrine de la « double vérité » : pour lui, la vérité est une.
Voir aussi : Foi et raison, Trois classes d'esprits
Ironie socratique
SOSocrate
L'attitude de Socrate qui se présente comme ignorant et interroge son interlocuteur comme s'il attendait de lui une leçon. Peu à peu, les questions révèlent que celui-ci ne sait pas ce qu'il croyait savoir. Le mot vient du grec eirôneia, « dissimulation » : se montrer moins savant qu'on ne le paraît.
Voir aussi : Maïeutique, Savoir de son ignorance
Ironiste libéral
RYRichard Rorty
La figure proposée par Rorty dans Contingence, ironie et solidarité (1989). L'ironiste sait que son propre vocabulaire final est contingent et pourrait être autre ; le libéral pense que la cruauté est la pire chose que nous puissions faire. On peut être les deux à la fois, sans les fonder sur une même théorie.
Voir aussi : Vocabulaire final, Solidarité
L
L'Autre
BESimone de Beauvoir
Pour Simone de Beauvoir, la femme a été constituée comme l'Autre de l'homme : l'homme se pose comme le Sujet, la référence, l'essentiel, et la femme est définie par rapport à lui, comme l'inessentiel. Cette relation n'a rien de naturel ; elle est le produit de l'histoire.
Voir aussi : On ne naît pas femme, on le devient
L'existence précède l'essence
SAJean-Paul Sartre BESimone de Beauvoir
Formule centrale de l'existentialisme. Un objet fabriqué, comme un coupe-papier, a une essence définie avant d'exister : l'artisan sait d'avance ce qu'il sera. L'homme, au contraire, existe d'abord, puis se définit par ses choix et ses actes ; il n'y a pas de nature humaine fixée d'avance. Simone de Beauvoir en tire notamment qu'il n'y a pas de « nature féminine ».
Voir aussi : Condamné à être libre, On ne naît pas femme, on le devient
La mort n'est rien pour nous
EPIÉpicure
Argument d'Épicure contre la peur de la mort : tout bien et tout mal résident dans la sensation, et la mort est la fin de toute sensation. Tant que nous sommes là, la mort n'est pas là ; quand la mort est là, nous ne sommes plus. Il n'y a donc rien à craindre en elle.
Voir aussi : Quadruple remède, Atomisme
La pesanteur et la grâce
WESimone Weil
Titre d'un recueil de pensées de Simone Weil, publié après sa mort. La pesanteur désigne tout ce qui, en nous, tire vers le bas par une sorte de loi naturelle : l'égoïsme, la recherche de compensation, la soumission à la force. Seule la grâce, qui vient d'ailleurs, peut élever l'âme au-dessus de cette loi.
Voir aussi : Décréation, Grâce
La raison, esclave des passions
HUHume
Formule du Traité de la nature humaine : la raison seule ne peut jamais nous pousser à agir ; elle nous indique seulement les moyens d'atteindre ce que nos passions désirent. Ce sont les sentiments, et notamment le sentiment moral, qui nous font agir et juger du bien et du mal.
Voir aussi : Sympathie, De l'être au devoir-être
La signification, c'est l'usage
WIWittgenstein
Dans la plupart des cas, la signification d'un mot est son usage dans le langage. Au lieu de chercher ce que « désigne » un mot, comme une étiquette collée sur une chose, il faut regarder comment on s'en sert. Wittgenstein critique ainsi la conception qu'il avait lui-même défendue dans le Tractatus.
Voir aussi : Jeu de langage, Tractatus
Langage privé
WIWittgenstein
Un langage que seul celui qui le parle pourrait comprendre, parce qu'il désignerait ses sensations intimes. Wittgenstein soutient qu'un tel langage est impossible : suivre une règle, même pour nommer sa propre douleur, suppose une pratique publique, où l'on peut distinguer le fait de suivre correctement la règle et le simple fait de croire la suivre.
Voir aussi : Forme de vie
Le moi, faisceau de perceptions
HUHume
Quand Hume regarde en lui-même, il ne trouve jamais un « moi » stable, mais seulement telle perception particulière : chaud ou froid, plaisir ou douleur. Le moi n'est qu'un faisceau de perceptions qui se succèdent à toute vitesse, dont l'imagination fabrique l'unité.
Voir aussi : Impressions et idées, Non-soi
Le royaume de Dieu est en vous
TOTolstoï
Titre d'un essai de Tolstoï (1894). Le christianisme véritable, débarrassé des dogmes, des miracles et des rites ajoutés par l'Église, n'est pas une institution mais une manière de vivre : il se vérifie à la vie qu'il transforme, non aux cérémonies.
Voir aussi : Non-résistance au mal par la violence
Léviathan
HOThomas Hobbes
Monstre marin de la Bible, dont Hobbes fait l'image de l'État : un « dieu mortel » formé de la multitude des citoyens, à qui ils ont confié leur puissance pour garantir la paix. Son autorité doit être absolue et indivisible, car un pouvoir partagé retombe dans la guerre civile ; mais s'il ne protège plus la vie des sujets, ceux-ci ne lui doivent plus obéissance.
Voir aussi : Contrat social, Guerre de tous contre tous
Li (les rites)
KOConfucius MEMencius
Les rites au sens large : cérémonies, mais aussi politesse, usages et convenances qui règlent la vie sociale. Pour Confucius, ce ne sont pas des formalités vides : ils donnent forme à l'humanité (ren) et éduquent les sentiments. Mencius en fait l'une des quatre vertus, issue du germe du respect.
Voir aussi : Ren, Piété filiale
Libération (mokṣa)
ŚAĀdi Śaṅkara
La délivrance du cycle des renaissances. Pour Śaṅkara, aucune action, aucun rite, aucune dévotion ne suffit à la produire, car elle n'est pas un état nouveau à atteindre : elle est la reconnaissance de ce qui a toujours été le cas, l'identité du Soi et de Brahman.
Voir aussi : Connaissance libératrice, Ātman, Karma
Liberté incréée
BRBerdiaev
Pour Berdiaev, inspiré du mystique Jakob Böhme, la liberté est plus originelle que l'être, et même que Dieu : elle surgit d'un abîme sans fond (Ungrund), que Dieu n'a pas créé. C'est pourquoi le mal, qui naît de cette liberté, ne peut être imputé à Dieu.
Voir aussi : Personne / individu, Acte créateur
Liberté intérieure
EPÉpictète
Pour Épictète, lui-même ancien esclave, est libre celui qui ne désire que ce qui dépend de lui : rien ne peut alors l'empêcher ni le contraindre. Le maître riche, prisonnier de ses désirs et de ses craintes, est plus esclave que l'esclave qui maîtrise ses jugements.
Voir aussi : Ce qui dépend de nous, Faculté de choix
Libido
FRFreud
L'énergie des pulsions sexuelles, au sens large que Freud donne à la sexualité, qui inclut la recherche de plaisir dès l'enfance. Elle peut s'investir dans des objets très différents et se transformer.
Voir aussi : Pulsion, Sublimation
Libre arbitre
AUAugustin d’Hippone
La capacité de choisir, que Dieu a donnée à l'homme. Pour Augustin, c'est le mauvais usage du libre arbitre, et non Dieu, qui est la cause du mal moral. Mais depuis le péché, la volonté est comme captive : libre en principe, elle a besoin de la grâce pour se tourner vraiment vers le bien.
Voir aussi : Grâce, Mal comme privation
Libre vagabondage (xiaoyao you)
ZHZhuangzi
Le « libre et heureux vagabondage », titre du premier chapitre du Zhuangzi : l'esprit qui ne s'attache ni au moi, ni au mérite, ni au renom, et se meut librement. Le grand oiseau Peng, qui s'élève à des hauteurs que la petite caille ne peut concevoir, en donne une première image.
Voir aussi : Utilité de l'inutile, Jeûne du cœur
Ligne de fuite
DLDeleuze
Le chemin par lequel quelque chose échappe à un système, à une organisation ou à un pouvoir. Fuir n'est pas renoncer à agir : c'est inventer, tracer une voie nouvelle par laquelle un système se défait.
Voir aussi : Déterritorialisation
Loi naturelle
TAThomas d’Aquin HOThomas Hobbes
Pour Thomas d'Aquin, la loi naturelle est la participation de la loi éternelle de Dieu dans la créature raisonnable : un ensemble de principes moraux que chacun peut connaître par la seule raison, avant toute révélation, le premier étant qu'il faut faire le bien et éviter le mal. Chez Hobbes, les lois de nature sont des règles que la raison découvre pour assurer la paix, la première étant de rechercher la paix quand on peut l'espérer.
Voir aussi : Foi et raison, État de nature
Lutte des classes
MAMarx
« L'histoire de toute société jusqu'à nos jours est l'histoire de luttes de classes », écrivent Marx et Engels dans le Manifeste. Hommes libres et esclaves, seigneurs et serfs, bourgeois et prolétaires : les groupes sociaux aux intérêts opposés s'affrontent, et ces conflits sont le moteur de l'histoire.
Voir aussi : Prolétariat, Matérialisme historique
M
Machiavélisme
MCMachiavel
Mot formé après Machiavel pour désigner une ruse politique cynique et sans scrupule. Ce sens courant trahit en partie sa pensée : Machiavel décrit lucidement les moyens du pouvoir, mais il les subordonne au salut de l'État et à la liberté de la cité.
Voir aussi : Être craint plutôt qu'aimé, Vérité effective de la chose
Madhyamaka (école du milieu)
NANagarjuna
L'« école du milieu », issue de la pensée de Nagarjuna, qui en est le premier grand maître. Elle prolonge la voie du milieu du Bouddha en refusant à la fois l'idée que les choses existent par elles-mêmes et l'idée qu'elles n'existent pas du tout.
Voir aussi : Voie du milieu, Vacuité, Tétralemme
Maïeutique
SOSocrate
« L'art de faire accoucher » : Socrate, fils de sage-femme, se compare à une accoucheuse des esprits. Par ses questions, il n'enseigne pas un savoir tout fait, mais aide son interlocuteur à faire naître de lui-même les idées qu'il porte, et à distinguer les vraies des fausses.
Voir aussi : Ironie socratique, Réfutation
Mal comme privation
AUAugustin d’Hippone TAThomas d’Aquin
Le mal n'est pas une chose, une substance qui existerait par elle-même : il est l'absence d'un bien qui devrait être là, comme la cécité est l'absence de la vue. Augustin, qui avait d'abord adhéré au manichéisme, pour lequel le mal était une puissance réelle opposée au bien, en vint à cette thèse : tout ce qui existe est bon en tant qu'il existe. Thomas d'Aquin la reprend.
Voir aussi : Péché originel, Libre arbitre
Malaise dans la civilisation
FRFreud
Titre d'un essai de Freud (1930). La civilisation exige que les hommes renoncent à la satisfaction de leurs pulsions, sexuelles et agressives ; ce renoncement produit un sentiment de culpabilité et une insatisfaction qui ne sont pas accidentels, mais inhérents à la vie civilisée.
Voir aussi : Pulsion de mort, Sublimation
Malheur
WESimone Weil
Pour Simone Weil, le malheur se distingue de la simple souffrance : il saisit l'âme tout entière, la marque de l'esclavage et la réduit à l'état de chose. Il peut pourtant, si l'on ne le fuit ni ne le nie, devenir un chemin vers Dieu.
Voir aussi : Force, Attention
Mandat du Ciel
MEMencius
Le principe selon lequel le Ciel confie le pouvoir à un souverain tant qu'il gouverne avec vertu et prend soin du peuple. Pour Mencius, un tyran qui opprime son peuple perd ce mandat : le renverser n'est pas tuer un souverain, mais punir un simple malfaiteur.
Voir aussi : Gouvernement par la vertu
Matérialisme
DIDiderot
La thèse selon laquelle il n'existe que de la matière, diversement organisée. Pour Diderot, la pensée et la sensibilité ne viennent pas d'une âme séparée : elles émergent de la matière quand elle est organisée d'une certaine manière, comme dans un être vivant. Il imagine même une sensibilité diffuse dans toute la matière.
Voir aussi : Déterminisme, Matérialisme historique
Matérialisme historique
MAMarx NKKwame Nkrumah
La conception de l'histoire de Marx (l'expression est d'Engels) : ce ne sont pas les idées qui mènent le monde, mais les conditions matérielles de la vie, c'est-à-dire la manière dont les hommes produisent leurs moyens d'existence. « Ce n'est pas la conscience des hommes qui détermine leur être, c'est inversement leur être social qui détermine leur conscience. » Nkrumah s'appuie sur ce matérialisme pour penser la libération de l'Afrique.
Voir aussi : Infrastructure / superstructure, Lutte des classes, Dialectique
Mauvaise foi
SAJean-Paul Sartre BESimone de Beauvoir
La manière de se mentir à soi-même pour fuir sa liberté, en se faisant chose : invoquer sa nature, son caractère ou les circonstances, comme si elles décidaient à notre place. Sartre en donne l'exemple du garçon de café qui joue à être garçon de café, comme s'il ne pouvait être que cela.
Voir aussi : Condamné à être libre, En-soi / pour-soi
Maxime pragmatiste
PECharles Sanders Peirce
La règle par laquelle Peirce propose de rendre nos idées claires : pour savoir ce que signifie une conception, il faut considérer quels effets pratiques concevables son objet pourrait avoir. Toute notre conception de l'objet est dans notre conception de ces effets. Dire qu'une chose est « dure », par exemple, c'est dire que beaucoup d'autres choses ne pourront pas la rayer.
Voir aussi : Pragmatisme, Croyance et doute
Māyā / mithyā
ŚAĀdi Śaṅkara
Le statut du monde selon Śaṅkara : il n'est pas réel au sens absolu, puisque seul Brahman l'est, mais il n'est pas non plus purement irréel, comme un cercle carré, puisqu'il apparaît et fonctionne. On le dit mithyā, « illusoire » : ni réel ni irréel, il est indéterminable (anirvacanīya), comparable à un rêve tant qu'on ne s'est pas éveillé. Māyā désigne la puissance d'illusion qui fait apparaître cette multiplicité.
Voir aussi : Surimposition, Deux vérités
Meilleur des mondes possibles
LELeibniz VOVoltaire
Dieu, infiniment bon, sage et puissant, a choisi de créer, parmi tous les mondes possibles qu'il concevait, le meilleur : non pas un monde sans mal, mais celui où le mal est la condition d'une plus grande perfection d'ensemble. Voltaire a tourné cette thèse en dérision dans Candide, à travers le personnage de Pangloss.
Voir aussi : Théodicée, Critique de l'optimisme
Mesure (pensée de midi)
CACamus
La « pensée de midi », inspirée de la Grèce et de la Méditerranée, que Camus oppose aux idéologies de la démesure : une pensée qui connaît ses limites, refuse l'absolu et maintient la tension entre la révolte et le respect de la vie.
Voir aussi : Révolte
Métaphore de l'acteur
EPÉpictète
Image du Manuel : tu es l'acteur d'une pièce dont l'auteur a choisi ton rôle, court ou long, de mendiant, de boiteux ou de magistrat. Choisir le rôle ne t'appartient pas ; ton affaire est de bien jouer celui qui t'a été donné.
Voir aussi : Vivre selon la nature
Miroir de la nature
RYRichard Rorty
Image critiquée par Rorty dans L'Homme spéculaire (1979) : l'esprit serait comme un miroir chargé de refléter fidèlement la réalité, et la philosophie aurait pour tâche de vérifier la qualité de ce reflet. Rorty propose d'abandonner cette métaphore, héritée de Platon et de Descartes, plutôt que de la réfuter.
Voir aussi : Vocabulaire final, Critique de la connaissance spectatrice
Mode
SPSpinoza
Ce qui existe en autre chose et se comprend par autre chose. Les choses singulières — une pierre, un arbre, un être humain — sont des modes de l'unique substance : des manières d'être de Dieu, ou de la Nature, sous un attribut déterminé.
Voir aussi : Substance, Attribut
Monade
LELeibniz
Du grec monas, « unité ». Pour Leibniz, la réalité est faite de substances simples, sans parties, les monades. Elles n'ont « point de fenêtres » par où quelque chose pourrait entrer ou sortir. Chacune reflète pourtant l'univers entier depuis son propre point de vue, comme une ville vue de différents côtés.
Voir aussi : Harmonie préétablie, Petites perceptions
Monde sensible / monde intelligible
PLPlaton
Les deux niveaux de réalité chez Platon. Le monde sensible, perçu par les sens, est changeant et ne donne lieu qu'à des opinions. Le monde intelligible, celui des Idées, est stable et objet d'une véritable connaissance. Le premier n'est que l'image du second.
Voir aussi : Idées, Opinion / science, Allégorie de la caverne
Morale de l'ambiguïté
BESimone de Beauvoir
Notion tirée de Pour une morale de l'ambiguïté (1947), un essai de Simone de Beauvoir. L'homme est ambigu : à la fois libre et pris dans un corps, un monde et une histoire. Une morale existentialiste ne fuit pas cette ambiguïté ; elle demande de vouloir sa liberté, ce qui implique de vouloir aussi celle des autres.
Voir aussi : Situation, Mauvaise foi
Morale des maîtres / morale des esclaves
NINietzsche
La morale des maîtres naît d'une affirmation de soi : est « bon » ce qui est noble, fort, fier. La morale des esclaves naît du ressentiment : elle commence par dire non à ce qui lui est supérieur et appelle « bien » l'humilité, la pitié et l'obéissance. Pour Nietzsche, la morale chrétienne est de ce second type.
Voir aussi : Ressentiment, Généalogie
Morale par provision
DEDescartes
Les règles de conduite provisoires que Descartes se donne pendant qu'il reconstruit le savoir, pour ne pas rester irrésolu dans l'action : obéir aux lois et coutumes de son pays, être ferme dans ses décisions une fois prises, et chercher à se vaincre soi-même plutôt que la fortune.
Voir aussi : Règles de la méthode
Mort de Dieu
NINietzsche
Annonce faite par un « insensé » dans Le Gai Savoir : « Dieu est mort, et c'est nous qui l'avons tué. » Nietzsche ne prouve pas que Dieu n'existe pas ; il constate que la croyance en Dieu ne fonde plus nos valeurs. C'est un événement immense, qui menace l'homme de nihilisme mais lui ouvre aussi la possibilité de créer de nouvelles valeurs.
Voir aussi : Nihilisme, Transvaluation des valeurs
N
Natalité
HAHannah Arendt
Le fait que chaque être humain, en naissant, est un nouveau commencement. Pour Arendt, c'est ce qui rend l'action possible : les hommes peuvent toujours commencer quelque chose de neuf et d'imprévisible, et c'est ce qui fonde l'espoir dans les affaires humaines.
Voir aussi : Travail, œuvre, action, Pluralité
Nature naturante / nature naturée (natura naturans / natura naturata)
SPSpinoza
Deux façons de considérer la même Nature. La nature naturante, c'est Dieu en tant que cause, la puissance qui produit tout par la seule nécessité de sa nature. La nature naturée, c'est l'ensemble de ce qui suit de cette puissance : tous les modes, toutes les choses produites. Il n'y a pas un créateur d'un côté et un monde de l'autre, mais une seule réalité vue comme cause et comme effet.
Voir aussi : Deus sive Natura, Mode
Nature propre (svabhāva)
NANagarjuna
L'existence par soi, indépendante de toute autre chose, que nous prêtons spontanément aux objets, aux personnes et à nous-mêmes. Nagarjuna montre qu'aucune chose ne la possède : ce qui dépend d'autre chose ne peut exister par soi seul.
Voir aussi : Vacuité, Production conditionnée
Néo-colonialisme
NKKwame Nkrumah
Pour Kwame Nkrumah, la forme la plus dangereuse de l'impérialisme : un État a toutes les apparences de la souveraineté — drapeau, armée, siège à l'ONU —, mais sa politique économique est dictée de l'extérieur par d'anciennes puissances coloniales ou des intérêts financiers étrangers. Il l'analyse dans Le Néo-colonialisme, dernier stade de l'impérialisme (1965).
Voir aussi : Panafricanisme, Consciencisme
Neveu de Rameau
DIDiderot
Dialogue de Diderot entre « Moi », le philosophe raisonnable, et « Lui », le neveu du musicien Rameau, bohème cynique et génial. Il montre une personnalité traversée de contradictions, et met à l'épreuve les certitudes morales de son temps.
Voir aussi : Paradoxe sur le comédien
Nihilisme
NINietzsche
La situation où les valeurs suprêmes se dévalorisent : plus rien ne semble avoir de sens ni de but. Pour Nietzsche, c'est la conséquence de la mort de Dieu, mais aussi le fond caché d'une morale qui méprisait déjà la vie au nom d'un autre monde. Il s'agit de le traverser pour créer de nouvelles valeurs.
Voir aussi : Mort de Dieu, Transvaluation des valeurs
Nirvāṇa
BOLe Bouddha NANagarjuna
Littéralement « extinction », comme celle d'une flamme qui n'est plus alimentée. C'est la cessation de la soif, de la haine et de l'illusion, et donc de la souffrance et du cycle des renaissances. Ce n'est ni un lieu ni un paradis, mais un état de paix délivré. Nagarjuna ajoute que le nirvāṇa ne diffère pas du saṃsāra par sa nature : ce qui change, c'est la manière juste de voir les choses.
Voir aussi : Saṃsāra, Quatre nobles vérités, Éveil
Noble sentier octuple
BOLe Bouddha
La voie qui mène à la fin de la souffrance, en huit aspects pratiqués ensemble : compréhension juste, intention juste, parole juste, action juste, moyens d'existence justes, effort juste, attention juste et concentration juste. « Juste » signifie ici approprié, ce qui conduit à l'apaisement.
Voir aussi : Quatre nobles vérités, Voie du milieu
Non-résistance au mal par la violence
TOTolstoï
Pour Tolstoï, le cœur de l'enseignement du Christ, tiré du Sermon sur la montagne : ne pas répondre au mal par le mal, ni à la violence par la violence. Cette idée, qui condamne aussi la guerre et les tribunaux, a inspiré Gandhi, avec qui Tolstoï a correspondu.
Voir aussi : Le royaume de Dieu est en vous, Critique de l'État
Non-soi (anattā)
BOLe Bouddha
L'absence de soi : il n'existe pas en nous de moi permanent, fixe et séparé. Ce que nous appelons « moi » est un assemblage changeant de cinq composantes — le corps, les sensations, les perceptions, les formations mentales et la conscience. Se croire un soi immuable nourrit l'attachement et donc la souffrance.
Voir aussi : Impermanence, Production conditionnée
Nul n'est méchant volontairement
SOSocrate
Thèse de Socrate selon laquelle personne ne fait le mal en le sachant : celui qui agit mal se trompe sur ce qui est réellement bon pour lui. La vertu est donc une forme de savoir, et le vice une ignorance ; l'éducation et l'examen de soi sont les remèdes du mal.
Voir aussi : Soin de l'âme, Savoir de son ignorance
O
Objectivation
BRBerdiaev
Le processus par lequel l'esprit, vivant et libre, se fige en monde d'objets soumis à la nécessité, à l'impersonnel et au collectif. Pour Berdiaev, ce monde objectivé est une chute de l'esprit ; la tâche de l'existence est de le percer vers la liberté et la communion véritables.
Voir aussi : Personne / individu
Œil transparent
EMRalph Waldo Emerson
Image de l'essai Nature (1836) : seul dans les bois, Emerson dit devenir « un œil transparent ». Il n'est plus rien, il voit tout ; les courants de l'Être universel circulent à travers lui. C'est l'expérience d'une fusion avec la nature, débarrassée de l'égoïsme.
Voir aussi : Sur-Âme, Transcendantalisme américain
On ne naît pas femme, on le devient
BESimone de Beauvoir
Phrase célèbre du Deuxième Sexe (1949). Ce que l'on appelle « nature féminine » n'est pas un destin biologique, mais le résultat d'une éducation, d'une histoire et d'une situation sociale. Aucun destin biologique, psychique ou économique ne définit à lui seul la figure de la femme dans la société.
Voir aussi : L'Autre, L'existence précède l'essence, Situation
Onzième thèse sur Feuerbach
MAMarx
« Les philosophes n'ont fait qu'interpréter le monde de différentes manières ; ce qui importe, c'est de le transformer. » Par cette phrase célèbre, Marx demande que la pensée devienne pratique, c'est-à-dire action sur le monde.
Voir aussi : Matérialisme historique
Opinion / science (doxa / épistémè)
PLPlaton
L'opinion porte sur le monde sensible et changeant : elle peut être vraie par hasard, mais elle ne sait pas rendre raison d'elle-même. La science porte sur les Idées : elle est stable parce qu'elle connaît les causes. Toute la philosophie de Platon vise à passer de l'une à l'autre.
Voir aussi : Monde sensible / monde intelligible, Idées
Opium du peuple
MAMarx
Formule de Marx sur la religion, qu'il appelle aussi « le soupir de la créature opprimée ». La religion console de la misère réelle tout en détournant de la combattre : critiquer la religion, c'est d'abord critiquer le monde qui a besoin de cette consolation.
Voir aussi : Idéologie
Origine de l'inégalité
RORousseau
Pour Rousseau, il existe bien des différences naturelles entre les hommes, de force ou de santé, mais elles comptent peu. La véritable inégalité, morale et politique, n'est pas naturelle : elle naît de la société, et surtout de l'institution de la propriété. « Le premier qui, ayant enclos un terrain, s'avisa de dire : Ceci est à moi, et trouva des gens assez simples pour le croire, fut le vrai fondateur de la société civile. »
Voir aussi : Amour de soi / amour-propre, Perfectibilité
P
Panafricanisme
NKKwame Nkrumah
Le projet d'unité politique de l'Afrique. Pour Nkrumah, l'indépendance de chaque État africain isolé reste fragile tant qu'elle n'est pas doublée d'un gouvernement uni du continent, seule échelle à laquelle l'Afrique peut résister aux puissances qui la dominent une à une. Son livre L'Afrique doit s'unir (1963) en est le manifeste.
Voir aussi : Néo-colonialisme
Paradoxe sur le comédien
DIDiderot
Thèse de Diderot : le grand acteur n'est pas celui qui éprouve réellement les émotions de son personnage, mais celui qui garde la tête froide et les imite avec art. Paradoxalement, c'est le manque de sensibilité sur scène qui permet d'émouvoir le plus le public.
Péché originel
AUAugustin d’Hippone
La faute d'Adam et Ève qui, selon Augustin, s'est transmise à toute l'humanité et a blessé la nature humaine : l'ignorance et le désir déréglé (la concupiscence) en sont les suites. Depuis lors, sans l'aide de Dieu, l'homme ne peut plus vouloir efficacement le bien.
Voir aussi : Grâce, Libre arbitre
Penser
HAHannah Arendt
Pour Arendt, penser est un dialogue silencieux avec soi-même, qui nous oblige à vivre en accord avec celui que nous sommes. Ce n'est pas un privilège de savants : c'est une capacité de chacun, et son absence rend possible la banalité du mal.
Voir aussi : Banalité du mal
Perfectibilité
RORousseau
La faculté de se perfectionner, qui distingue l'homme de l'animal. C'est elle qui a permis le développement des arts, des sciences et de la raison ; mais elle est aussi, selon Rousseau, la source de tous les malheurs de l'homme, qui l'a arraché à son état originel paisible.
Voir aussi : Origine de l'inégalité
Personne / individu
BRBerdiaev
Berdiaev distingue l'individu, catégorie biologique et sociale, simple partie de l'espèce ou de la société, et la personne, réalité spirituelle, libre et créatrice, qui ne peut être absorbée par aucune totalité — ni la société, ni l'État, ni la race, ni l'Église instituée.
Voir aussi : Liberté incréée, Objectivation
Perspectivisme
NINietzsche
L'idée qu'il n'existe pas de point de vue de nulle part : toute connaissance est une interprétation, faite depuis une perspective et au service d'une forme de vie. « Il n'y a pas de faits, seulement des interprétations », note Nietzsche dans ses fragments posthumes.
Voir aussi : Volonté de puissance
Petites perceptions
LELeibniz
Perceptions trop faibles pour être remarquées une à une, mais dont la somme produit un effet conscient : le bruit de la mer est fait du bruit de chaque vague, que nous n'entendons pas séparément. La nature ne fait jamais de saut : entre le conscient et l'inconscient, il y a une infinité de degrés.
Voir aussi : Monade, Inconscient
Phénomène
KAKant
La chose telle qu'elle nous apparaît, mise en forme par l'espace, le temps et les catégories de notre esprit. Nous ne connaissons que des phénomènes : c'est le domaine de la science, qui est certaine justement parce qu'elle se limite à l'expérience possible.
Voir aussi : Chose en soi, Catégories
Philosophe-roi
PLPlaton
Thèse de la République : les maux des cités ne cesseront pas tant que les philosophes ne seront pas rois, ou que les rois ne seront pas philosophes. Seul celui qui connaît le Bien peut gouverner avec justice.
Voir aussi : Idée du Bien, Tripartition de l'âme
Philosophie comme thérapie
WIWittgenstein
Pour le second Wittgenstein, les problèmes philosophiques naissent quand le langage « tourne à vide », détaché de son usage ordinaire. La tâche du philosophe n'est pas de construire une théorie, mais de dissiper ces confusions. À la question « Quel est ton but en philosophie ? », il répond : « Montrer à la mouche l'issue par où s'échapper du piège à mouches. »
Voir aussi : La signification, c'est l'usage, Tractatus
Piété filiale (xiao)
KOConfucius
Le respect et le soin dus aux parents, de leur vivant comme après leur mort. Confucius y voit la racine des vertus sociales : qui apprend à honorer ses parents apprend à respecter l'ordre de la famille, puis celui de la société.
Voir aussi : Li, Ren
Pitié
RORousseau
Une répugnance naturelle à voir souffrir tout être sensible, et surtout nos semblables. Antérieure à la raison, elle tempère dans l'état de nature l'amour de soi, et elle est la source des vertus sociales.
Voir aussi : Amour de soi / amour-propre, Bonté naturelle, Sympathie
Plan d'immanence
DLDeleuze
Il n'existe pour Deleuze qu'un seul plan de réalité, sans au-delà : ni Dieu, ni sujet souverain, ni modèle idéal ne fondent le réel depuis l'extérieur. Le plan d'immanence est le sol sur lequel la philosophie crée ses concepts. Deleuze voit en Spinoza le « prince des philosophes » pour avoir pensé cette immanence.
Voir aussi : Création de concepts, Deus sive Natura
Pluralisme
JAWilliam James
Pour James, l'univers n'est pas un bloc rationnel achevé, où tout serait déjà déterminé, mais un monde pluriel et inachevé, où la nouveauté, le hasard et l'effort humain comptent vraiment. L'avenir n'y est pas écrit d'avance.
Voir aussi : Empirisme radical
Pluralité
HAHannah Arendt
Le fait que ce sont des hommes, et non l'Homme, qui habitent la terre : chacun est unique, et pourtant tous sont égaux. Pour Arendt, la pluralité est la condition de toute vie politique ; le pouvoir naît quand les hommes agissent ensemble.
Voir aussi : Pouvoir et violence, Travail, œuvre, action
Plus-value
MAMarx
La différence entre la valeur que produit un travailleur et le salaire qu'il reçoit. L'ouvrier vend sa force de travail pour une journée, mais en une partie de la journée il produit déjà l'équivalent de son salaire ; le reste du temps, il travaille sans être payé. Cette valeur supplémentaire, appropriée par le capitaliste, est selon Marx la source du profit.
Voir aussi : Force de travail, Capital
Postulats de la raison pratique
KAKant
La liberté, l'immortalité de l'âme et l'existence de Dieu. On ne peut pas les démontrer, car ils dépassent toute expérience, mais la morale exige de les supposer. Ce ne sont pas des connaissances : ce sont des conditions que la raison pratique admet pour que la loi morale ait un sens.
Voir aussi : Antinomie, Chose en soi
Pouvoir et violence
HAHannah Arendt
Arendt distingue nettement le pouvoir, qui naît de la capacité des hommes à agir ensemble et repose sur leur accord, et la violence, qui s'appuie sur des instruments et peut détruire le pouvoir, mais jamais le créer. Là où la violence règne seule, le pouvoir a disparu.
Voir aussi : Pluralité
Pragmatisme
PECharles Sanders Peirce JAWilliam James DWJohn Dewey RYRichard Rorty
Courant philosophique né aux États-Unis à la fin du XIXᵉ siècle, qui juge les idées à leurs effets pratiques. Peirce en a donné la première formule, comme méthode pour clarifier le sens des concepts. James l'a étendu à la vérité elle-même : est vrai ce qui réussit dans l'expérience. Dewey en a fait une théorie de l'enquête et de l'action. Rorty l'a radicalisé : il faut cesser de chercher une vérité qui correspondrait à la réalité.
Voir aussi : Maxime pragmatiste, Vérité, Enquête, Vocabulaire final
Premier moteur
ARAristote TAThomas d’Aquin
Le principe premier de tout mouvement dans l'univers : un être éternel et immobile, qui meut sans être mû, à la manière d'un objet aimé qui attire sans bouger. Aristote le décrit comme une pensée qui se pense elle-même. Thomas d'Aquin s'en inspire dans la première de ses cinq voies vers Dieu.
Voir aussi : Acte et puissance, Cinq voies
Principe de raison suffisante
LELeibniz
Rien n'arrive sans qu'il y ait une raison pour laquelle cela est ainsi plutôt qu'autrement, même si cette raison nous reste le plus souvent inconnue. Avec le principe de contradiction, c'est l'un des deux grands principes de nos raisonnements selon Leibniz.
Voir aussi : Vérités de raison / vérités de fait, Meilleur des mondes possibles
Principe des indiscernables
LELeibniz
Il n'existe pas dans la nature deux êtres parfaitement identiques : deux choses qui ne différeraient en rien ne seraient pas deux, mais une seule. Leibniz raconte qu'un gentilhomme, mis au défi par l'Électrice de Hanovre, chercha en vain dans tout un jardin deux feuilles d'arbre exactement semblables.
Voir aussi : Monade
Problème de l'induction
HUHume
Rien ne garantit logiquement que l'avenir ressemblera au passé : que le soleil se soit levé chaque jour ne prouve pas qu'il se lèvera demain. Nous le croyons par habitude, non par raisonnement. Hume ne nous invite pas à cesser de le croire, mais à reconnaître que notre savoir sur les faits n'atteint jamais la certitude d'une démonstration.
Voir aussi : Causalité et habitude, Scepticisme mitigé
Production conditionnée (pratītyasamutpāda)
BOLe Bouddha NANagarjuna
Le principe selon lequel tout phénomène surgit en dépendance d'autres phénomènes : ceci étant, cela est ; ceci cessant, cela cesse. Rien n'existe par soi seul. Le Bouddha y voit l'enchaînement des causes qui produit la souffrance ; Nagarjuna en conclut que toutes les choses sont vides de nature propre.
Voir aussi : Vacuité, Non-soi, Nature propre
Prolétariat
MAMarx
La classe des travailleurs salariés, qui ne possèdent pas les moyens de production et doivent vendre leur force de travail pour vivre. Pour Marx, elle est appelée à renverser la bourgeoisie et à abolir les classes elles-mêmes.
Voir aussi : Lutte des classes, Communisme
Prudence (phronèsis)
ARAristote
La sagesse pratique : la capacité de bien délibérer sur ce qui est bon, pour soi et pour les autres, dans une situation concrète. Elle ne s'apprend pas seulement dans les livres, mais par l'expérience ; c'est elle qui permet de discerner le juste milieu.
Voir aussi : Juste milieu
Pu (le bois brut)
LALaozi
Le bois qui n'a pas encore été taillé : image de la simplicité originelle, d'avant les distinctions, les désirs et les savoirs artificiels. Revenir au bois brut, c'est retrouver une vie simple, sans ambition ni artifice.
Voir aussi : Ziran, Vide
Pulsion
FRFreud
Une poussée interne, à la frontière du corps et de l'esprit, qui oriente l'activité vers un but : obtenir une satisfaction. À la différence de l'instinct animal, elle n'a pas d'objet fixé d'avance et peut changer d'objet ou de but.
Voir aussi : Libido, Pulsion de mort, Sublimation
Pulsion de mort
FRFreud
Notion introduite par Freud en 1920 dans Au-delà du principe de plaisir : une tendance à la destruction et au retour à l'état inanimé, tournée contre soi ou contre les autres. Elle s'oppose à Éros, les pulsions de vie, qui tendent à unir et à conserver. On l'appelle parfois Thanatos, mot que Freud n'a guère employé lui-même.
Voir aussi : Éros, Malaise dans la civilisation
R
Rectification des noms (zhengming)
KOConfucius
Faire correspondre les noms à la réalité : que le prince soit vraiment un prince, le père vraiment un père, le fils vraiment un fils. Pour Confucius, le désordre commence quand les mots ne désignent plus ce qu'ils devraient ; gouverner, c'est d'abord rectifier.
Voir aussi : Gouvernement par la vertu
Refoulement
FRFreud
Le mécanisme par lequel l'esprit repousse dans l'inconscient des désirs ou des souvenirs jugés inacceptables. Le refoulé ne disparaît pas : il cherche à revenir, sous une forme déguisée, dans les rêves, les lapsus ou les symptômes névrotiques.
Voir aussi : Inconscient, Rêve
Réfutation (elenchos)
SOSocrate
La méthode d'examen de Socrate : il interroge quelqu'un sur ce qu'il prétend savoir — le courage, la justice, la piété — puis lui montre que ses réponses se contredisent. Le but n'est pas d'humilier, mais de délivrer de la fausse croyance de savoir, premier pas vers la recherche.
Voir aussi : Ironie socratique, Maïeutique
Regard d'autrui
SAJean-Paul Sartre
Quand quelqu'un me surprend en train de regarder par un trou de serrure, j'éprouve de la honte : sous son regard, je deviens un objet, et je découvre que j'ai une dimension de mon être qui m'échappe. Autrui est indispensable à ma connaissance de moi-même. La réplique de Huis clos « l'enfer, c'est les autres » vise les relations où l'on se juge seulement à travers le regard d'autrui.
Voir aussi : En-soi / pour-soi
Règles de la méthode
DEDescartes
Les quatre préceptes du Discours de la méthode : ne recevoir pour vrai que ce qui est évident ; diviser chaque difficulté en autant de parties qu'il le faut ; conduire ses pensées par ordre, du plus simple au plus composé ; faire des dénombrements si complets qu'on soit assuré de ne rien omettre.
Voir aussi : Idée claire et distincte, Morale par provision
Relativité des points de vue
ZHZhuangzi
Pour Zhuangzi, nos distinctions — grand et petit, beau et laid, vrai et faux — ne valent que d'un point de vue : ce qui est « ceci » d'un côté est « cela » de l'autre. Le sage ne prend pas parti ; il se tient au « pivot de la Voie », d'où tous les points de vue apparaissent ensemble.
Voir aussi : Dao, Rêve du papillon
Religion comme illusion
FRFreud
Dans L'Avenir d'une illusion (1927), Freud appelle la religion une illusion, c'est-à-dire une croyance née d'un désir : celui d'être protégé, comme par un père, contre l'impuissance devant la nature et la mort. Une illusion n'est pas forcément fausse, mais on y croit parce qu'on souhaite qu'elle soit vraie.
Voir aussi : Opium du peuple
Réminiscence (anamnèse)
PLPlaton
Thèse selon laquelle apprendre, c'est se ressouvenir : l'âme a contemplé les Idées avant de s'incarner, puis les a oubliées. Dans le Ménon, Socrate fait retrouver à un jeune esclave, par de simples questions, une vérité de géométrie qu'on ne lui avait jamais enseignée.
Voir aussi : Idées, Maïeutique
Ren (humanité, bienveillance)
KOConfucius MEMencius
La vertu d'humanité : la qualité qui fait de nous pleinement humains dans nos relations aux autres. Confucius en donne plusieurs formules : aimer les hommes, ou encore ne pas faire à autrui ce qu'on ne voudrait pas qu'il nous fasse. Mencius voit en tout être humain un germe d'humanité, la compassion, qu'il suffit de cultiver.
Voir aussi : Li, Yi, Quatre germes
Rendre son billet
DODostoïevski
Dans Les Frères Karamazov, Ivan refuse une harmonie universelle qui serait achetée par la souffrance d'un seul enfant innocent. Ce n'est pas Dieu qu'il refuse, dit-il, mais il lui « rend respectueusement son billet » d'entrée dans ce monde.
Voir aussi : Si Dieu n'existe pas, tout est permis, Souffrance
Représentations (phantasiai)
EPÉpictète
Les impressions que les choses font sur notre esprit. Ce ne sont pas les choses qui nous troublent, mais les jugements que nous portons sur elles : la mort n'a rien de terrible, c'est l'opinion que la mort est terrible qui est terrible. Le travail philosophique consiste à examiner chaque représentation avant d'y donner son assentiment.
Voir aussi : Ce qui dépend de nous, Ataraxie
République
MCMachiavel
Dans ses Discours sur Tite-Live, Machiavel se montre partisan de la république, à l'exemple de Rome : un régime appuyé sur des lois et des milices de citoyens, où les conflits entre les grands et le peuple, loin d'être un mal, entretiennent la liberté. Une république bien ordonnée est plus durable qu'une principauté.
Voir aussi : Virtù
Ressentiment
NINietzsche
Le sentiment rancunier de celui qui, trop faible pour agir, se venge en imagination. Selon la Généalogie de la morale, il devient créateur de valeurs : incapable de dire oui à soi-même, il dit d'abord non à ce qui est fort, et nomme « mal » ce qui le domine et « bien » sa propre faiblesse.
Voir aussi : Morale des maîtres / morale des esclaves, Généalogie
Retour au sol natal (potchvennitchestvo)
DODostoïevski
Courant de pensée auquel Dostoïevski s'est rattaché : l'élite cultivée russe, coupée du peuple par son éducation occidentale, doit revenir au « sol », c'est-à-dire au peuple simple et à sa foi orthodoxe, qui gardent une vérité que le rationalisme et le socialisme venus d'Occident ont perdue.
Rêve
FRFreud
Pour Freud, le rêve est l'accomplissement déguisé d'un désir refoulé. Le contenu dont on se souvient au réveil cache un sens latent, que l'on peut retrouver par les associations libres. L'interprétation des rêves est, selon sa formule, la « voie royale » qui mène à l'inconscient.
Voir aussi : Inconscient, Associations libres
Rêve du papillon
ZHZhuangzi
Zhuangzi rêva un jour qu'il était un papillon, voletant joyeusement, sans savoir qu'il était Zhuangzi. À son réveil, il ne savait plus s'il était Zhuangzi ayant rêvé d'être un papillon, ou un papillon rêvant d'être Zhuangzi. Ce récit illustre la fragilité de nos certitudes et la transformation incessante des choses.
Voir aussi : Relativité des points de vue, Transformation des choses
Révolte
CACamus
Le mouvement par lequel l'homme dit non à une injustice, et oui à une valeur qu'il découvre commune à tous. « Je me révolte, donc nous sommes », écrit Camus dans L'Homme révolté. La révolte a ses limites : quand elle s'autorise le meurtre au nom d'un avenir radieux, elle se trahit elle-même et devient révolution totalitaire.
Voir aussi : Absurde, Mesure
Rhizome
DLDeleuze
Image tirée de la botanique (comme la tige souterraine du chiendent), proposée dans Mille Plateaux. Contrairement à l'arbre, qui a un tronc et des branches hiérarchisées, le rhizome n'a ni centre ni origine : n'importe quel point peut être connecté à n'importe quel autre. C'est un modèle pour penser la pensée, les cultures et les réseaux.
Voir aussi : Déterritorialisation, Devenir
S
Saṃsāra
BOLe Bouddha NANagarjuna
Le cycle des naissances et des morts, entretenu par l'ignorance, la soif et le karma. Le but de la voie bouddhique est d'en sortir par l'éveil. Pour Nagarjuna, nulle frontière réelle ne sépare le saṃsāra du nirvāṇa : ils diffèrent par la manière de voir, non par leur nature.
Voir aussi : Nirvāṇa, Karma, Soif
Savoir de son ignorance
SOSocrate
La sagesse propre de Socrate : il se juge plus sage que les autres sur un seul point, il ne croit pas savoir ce qu'il ignore. C'est ainsi, selon l'Apologie, qu'il comprend l'oracle de Delphes qui l'avait déclaré le plus sage des hommes. On le résume souvent par la formule « Je sais que je ne sais rien », qui ne figure pourtant pas telle quelle chez Platon.
Voir aussi : Connais-toi toi-même, Ironie socratique
Scepticisme mitigé
HUHume
Un doute raisonnable qui, sans prétendre tout réfuter, rappelle les limites de notre entendement : il invite à la modestie, à proportionner sa croyance aux preuves, et à se défier des spéculations qui dépassent l'expérience. C'est sur ce principe que Hume juge qu'un témoignage ne peut établir un miracle aussi solidement que l'expérience établit les lois de la nature.
Voir aussi : Problème de l'induction
Si Dieu n'existe pas, tout est permis
DODostoïevski
Idée attribuée à Ivan Karamazov dans Les Frères Karamazov, dont la formule exacte ne figure pas telle quelle dans le roman. Sans Dieu ni immortalité de l'âme, rien ne fonderait plus le bien et le mal : les hommes continueraient d'agir, mais leurs actes ne seraient plus vraiment coupables ni vertueux. Dostoïevski explore les conséquences vertigineuses de cette pensée.
Voir aussi : Grand Inquisiteur, Rendre son billet
Signe (sémiotique)
PECharles Sanders Peirce
Pour Peirce, toute pensée se fait par signes, et un signe met toujours en relation trois termes : le signe lui-même, l'objet qu'il représente et l'interprétant, c'est-à-dire l'effet qu'il produit dans un esprit — lequel est à son tour un signe, en une chaîne sans fin. Il distingue notamment l'icône, qui ressemble à son objet (un portrait), l'indice, qui lui est relié physiquement (la fumée pour le feu), et le symbole, qui le désigne par convention (un mot).
Voir aussi : Maxime pragmatiste
Sisyphe
CACamus
Héros de la mythologie grecque, condamné par les dieux à pousser éternellement un rocher au sommet d'une montagne, d'où il retombe aussitôt. Pour Camus, Sisyphe, conscient de son sort et pourtant fidèle à sa tâche, est le héros absurde : « Il faut imaginer Sisyphe heureux. »
Voir aussi : Absurde, Révolte
Situation
BESimone de Beauvoir
L'ensemble des conditions concrètes — corps, époque, classe sociale, sexe, âge — dans lesquelles chaque liberté s'exerce. Pour Beauvoir, nous sommes libres, mais toujours en situation ; certaines situations, comme celle faite aux femmes ou aux personnes âgées, limitent la liberté en enfermant dans un rôle imposé.
Voir aussi : On ne naît pas femme, on le devient, Vieillesse
Soif (taṇhā)
BOLe Bouddha
Le désir avide qui s'attache aux plaisirs, à l'existence ou même à la non-existence. Selon la deuxième noble vérité, c'est elle qui produit la souffrance et entretient le cycle des renaissances.
Voir aussi : Quatre nobles vérités, Saṃsāra
Soin de l'âme
SOSocrate
Pour Socrate, la tâche principale de la vie : rendre son âme aussi bonne que possible, plutôt que de se soucier de richesse, de réputation ou du corps. C'est ce qu'il demandait sans relâche à ses concitoyens d'Athènes, car une vie qui ne s'examine pas ne vaut pas d'être vécue.
Voir aussi : Nul n'est méchant volontairement, Connais-toi toi-même
Solidarité
RYRichard Rorty
Pour Rorty, la solidarité humaine ne se fonde pas sur une nature humaine commune démontrée par la philosophie : elle se construit, surtout par la littérature, le récit et le témoignage, qui nous rendent sensibles à la souffrance d'autrui et élargissent le cercle de ceux que nous appelons « nous ».
Voir aussi : Ironiste libéral
Souffrance
DODostoïevski
Chez Dostoïevski, la souffrance n'est pas seulement un mal à supprimer par le calcul du plus grand bonheur : elle est peut-être l'origine même de la conscience, et elle peut purifier et conduire à la rédemption, comme pour Raskolnikov dans Crime et châtiment.
Voir aussi : Homme du souterrain, Rendre son billet
Sub specie aeternitatis
SPSpinoza
« Sous l'aspect de l'éternité ». Comprendre une chose sub specie aeternitatis, c'est la saisir comme découlant nécessairement de la nature de Dieu, et non comme un simple événement situé à tel moment du temps. C'est ainsi que la raison et la science intuitive connaissent les choses.
Voir aussi : Genres de connaissance
Sublimation
FRFreud
Le processus par lequel une pulsion sexuelle est détournée vers un but non sexuel et socialement valorisé, comme la création artistique ou la recherche intellectuelle. C'est l'une des sources de la culture.
Voir aussi : Pulsion, Malaise dans la civilisation
Substance
ARAristote DEDescartes SPSpinoza LELeibniz
Ce qui existe par soi, sans avoir besoin d'autre chose pour être, et qui demeure sous les changements. Pour Aristote, la substance première est l'individu concret — tel homme, tel cheval —, qui porte des qualités. Pour Descartes, il y a deux sortes de substances créées, la pensée et l'étendue, réellement distinctes. Pour Spinoza, il n'en existe qu'une seule, infinie : Dieu, ou la Nature, dont tout le reste est une manière d'être, un mode. Pour Leibniz, la réalité est faite d'une infinité de substances simples, les monades.
Voir aussi : Attribut, Mode, Dualisme, Monade, Forme et matière
Suicide philosophique
CACamus
« Il n'y a qu'un problème philosophique vraiment sérieux : c'est le suicide », écrit Camus au début du Mythe de Sisyphe. Il refuse à la fois le suicide physique et ce qu'il appelle le suicide philosophique : le saut dans l'espoir religieux ou métaphysique, qui fait disparaître l'absurde au lieu de le maintenir.
Voir aussi : Absurde
Sur-Âme (Over-Soul)
EMRalph Waldo Emerson
Pour Emerson, un Esprit universel unique dont chaque âme individuelle est comme un rayon. C'est pourquoi chacun peut trouver la vérité en lui-même, et pourquoi la nature, regardée d'un œil neuf, nous parle et nous instruit.
Voir aussi : Transcendantalisme américain, Confiance en soi
Surhumain (Übermensch)
NINietzsche
Dans Ainsi parlait Zarathoustra, « l'homme est une corde tendue entre la bête et le surhumain ». Le surhumain n'est pas une race ni un être supérieur biologiquement : c'est l'homme qui se surmonte lui-même, crée ses propres valeurs et dit oui à la vie tout entière.
Voir aussi : Volonté de puissance, Éternel retour
Surimposition (adhyāsa)
ŚAĀdi Śaṅkara
Le mécanisme de l'illusion selon Śaṅkara : on projette sur une réalité ce qu'elle n'est pas, comme lorsqu'on prend, dans la pénombre, une corde pour un serpent. De même, nous surimposons au Soi le corps, les limites et la multiplicité. Quand la lumière vient, le serpent disparaît, et il ne reste que la corde.
Voir aussi : Ignorance, Māyā / mithyā
Sympathie
HUHume
La disposition naturelle par laquelle nous partageons les sentiments d'autrui, comme des cordes qui vibrent à l'unisson. Pour Hume, elle est à la source de nos jugements moraux : nous approuvons ce qui est utile ou agréable aux autres parce que nous ressentons leur plaisir.
Voir aussi : La raison, esclave des passions, Pitié
T
Temps, distension de l'âme (distentio animi)
AUAugustin d’Hippone
Dans les Confessions, Augustin s'interroge : qu'est-ce que le temps ? Si personne ne le lui demande, il le sait ; s'il veut l'expliquer, il ne le sait plus. Le passé n'est plus, l'avenir n'est pas encore : le temps n'existe que dans l'âme, qui se tend vers le passé par la mémoire, vers le présent par l'attention et vers l'avenir par l'attente.
Voir aussi : Intériorité
Tétralemme (catuṣkoṭi)
NANagarjuna
Forme d'argument qui examine quatre possibilités : une chose est, elle n'est pas, elle est et n'est pas à la fois, ou elle n'est ni l'un ni l'autre. Nagarjuna rejette souvent les quatre, pour montrer qu'aucune thèse ne saisit la réalité et qu'il n'a lui-même aucune position à défendre.
Voir aussi : Madhyamaka, Vacuité
Théodicée
LELeibniz
Mot forgé par Leibniz, du grec theos (« Dieu ») et dikè (« justice ») : la justification de Dieu face à l'existence du mal. Comment un Dieu bon peut-il permettre le mal ? Leibniz répond que le mal fait partie du meilleur des mondes possibles, dont nous ne voyons qu'une petite partie.
Voir aussi : Meilleur des mondes possibles
Tolérance
VOVoltaire
Le respect de la liberté de penser et de croire d'autrui. Voltaire en fait un combat, notamment avec son Traité sur la tolérance, écrit après l'exécution du protestant Jean Calas en 1762. Persécuter quelqu'un pour ses opinions est à ses yeux le plus grand des crimes contre la société.
Voir aussi : Écrasez l'infâme
Totalitarisme
HAHannah Arendt
Pour Hannah Arendt, dans Les Origines du totalitarisme (1951), le nazisme et le stalinisme ne sont pas de simples tyrannies, mais une forme de pouvoir radicalement nouvelle. Fondé sur l'idéologie et la terreur, avec les camps comme laboratoires, il cherche à dominer totalement les hommes en détruisant leur pluralité et leur spontanéité.
Voir aussi : Pluralité, Banalité du mal
Tractatus
WIWittgenstein
Le Tractatus logico-philosophicus (1921), premier livre de Wittgenstein. Le langage y est conçu comme une image logique du monde ; ce qui ne peut être dit — l'éthique, le sens de la vie, le mystique — peut seulement se montrer. Il se termine par la phrase : « Ce dont on ne peut parler, il faut le taire. » Wittgenstein en critiquera plus tard une grande partie.
Voir aussi : La signification, c'est l'usage, Philosophie comme thérapie
Transcendantal
KAKant
Qui concerne les conditions a priori qui rendent la connaissance possible, et non les objets eux-mêmes. À ne pas confondre avec transcendant, qui désigne ce qui dépasse toute expérience possible. La philosophie de Kant est dite transcendantale parce qu'elle examine comment l'esprit rend l'expérience possible.
Voir aussi : A priori / a posteriori, Catégories
Transcendantalisme américain
EMRalph Waldo Emerson
Mouvement de pensée né en Nouvelle-Angleterre dans les années 1830, dont Emerson est la figure centrale. Il affirme que la vérité se découvre par l'intuition et l'expérience intérieure plutôt que par les traditions et les institutions, et que la nature est une source d'élévation spirituelle. Le mot fait écho à Kant, mais n'a pas le même sens que son « transcendantal ».
Voir aussi : Sur-Âme, Œil transparent, Transcendantal
Transformation des choses
ZHZhuangzi
Tout se transforme sans cesse en autre chose : la vie en mort et la mort en vie, comme se succèdent les saisons. À la mort de sa femme, Zhuangzi, après l'avoir pleurée, se mit à chanter en battant sur un pot : s'affliger sans fin, disait-il, c'est ne pas comprendre le cours des choses.
Voir aussi : Rêve du papillon, Dao
Transvaluation des valeurs
NINietzsche
Le renversement des valeurs héritées de la morale chrétienne et platonicienne, qui dévalorisent la vie terrestre au profit d'un autre monde. Il s'agit de créer des valeurs qui affirment la vie, le corps et ce monde-ci.
Voir aussi : Mort de Dieu, Nihilisme
Travail, œuvre, action (vita activa)
HAHannah Arendt
Les trois activités de la condition humaine selon Arendt. Le travail (ou labeur) répond aux besoins vitaux et ne laisse rien de durable. L'œuvre fabrique des objets durables qui forment un monde commun. L'action, qui se fait par la parole et les actes devant les autres, dans l'espace public, est l'activité proprement politique.
Voir aussi : Pluralité, Natalité
Tripartition de l'âme
PLPlaton
L'âme comporte trois parties : la raison, qui doit diriger ; le cœur (thumos), siège du courage et de la colère ; et le désir, tourné vers les plaisirs du corps. La justice, dans l'âme comme dans la cité, est l'harmonie où chaque partie remplit la fonction qui lui revient.
Voir aussi : Philosophe-roi
Trois classes d'esprits
AVAverroès
Averroès distingue trois façons d'accéder à la vérité : par la démonstration (les philosophes), par la dialectique, c'est-à-dire par des arguments probables (les théologiens), et par la rhétorique, c'est-à-dire par des images et des exhortations (le plus grand nombre). Le texte sacré parle à chacun selon sa mesure.
Voir aussi : Interprétation allégorique
Tychisme / synéchisme
PECharles Sanders Peirce
Deux doctrines de la cosmologie de Peirce. Le tychisme, du grec tukhè (« hasard »), affirme que le hasard joue un rôle réel dans l'univers ; les lois de la nature elles-mêmes ne sont pas fixées d'avance, mais se sont formées peu à peu, comme des habitudes. Le synéchisme, du grec sunekhès (« continu »), affirme que tout dans la réalité est continu, sans coupure absolue.
Voir aussi : Faillibilisme
V
Vacuité (śūnyatā)
NANagarjuna
L'absence de nature propre : aucune chose n'existe de façon indépendante, puisque toutes surgissent en dépendance d'autres choses. La vacuité n'est donc pas le néant, mais une autre manière de dire la production conditionnée. Nagarjuna précise que la vacuité est elle-même vide : en faire une nouvelle thèse à laquelle s'attacher, ce serait retomber dans l'erreur qu'elle devait guérir.
Voir aussi : Nature propre, Production conditionnée, Deux vérités
Véracité divine
DEDescartes
Dieu, étant parfait, ne peut être trompeur, car la tromperie est une imperfection. Cette véracité garantit que nos idées claires et distinctes sont vraies et que le monde extérieur existe bien. Nos erreurs ne viennent pas de Dieu, mais de notre volonté, qui juge au-delà de ce que l'entendement conçoit clairement.
Voir aussi : Idée claire et distincte, Cogito
Vérité (selon James)
JAWilliam James
Pour William James, une idée est vraie dans la mesure où croire en elle nous guide avec succès dans l'expérience. La vérité n'est pas une propriété immobile des idées : elle « arrive » à une idée, qui devient vraie en se vérifiant par ses effets.
Voir aussi : Pragmatisme, Volonté de croire
Vérité effective de la chose (verità effettuale)
MCMachiavel
Machiavel veut s'en tenir à la manière dont les choses se passent réellement, et non à des républiques imaginaires. Il faut prendre les hommes tels qu'ils sont, non tels qu'on voudrait qu'ils soient. C'est pourquoi un prince doit apprendre à pouvoir ne pas être bon, et à en user selon la nécessité.
Voir aussi : Virtù, Être craint plutôt qu'aimé
Vérités de raison / vérités de fait
LELeibniz
Les vérités de raison sont nécessaires : leur contraire est impossible, comme en mathématiques. Les vérités de fait sont contingentes : leur contraire est possible, comme « César a franchi le Rubicon » ; elles reposent sur le principe de raison suffisante plutôt que sur la nécessité logique.
Voir aussi : Principe de raison suffisante
Vide
LALaozi
Chez Laozi, le vide n'est pas un manque mais ce qui rend les choses utiles : le creux du moyeu permet à la roue de tourner, le creux du vase permet de le remplir, l'espace de la pièce la rend habitable. Le sage cultive en lui ce vide : la disponibilité d'un esprit qui n'est encombré de rien.
Voir aussi : Wu wei, Pu
Vie simple
TOTolstoï
Après la crise morale racontée dans sa Confession, Tolstoï cherche le sens de la vie dans la vie simple du peuple paysan : renoncer au luxe, travailler la terre de ses propres mains, vivre de peu. Il y voit plus de vérité que dans tous les raffinements de l'art et de la pensée.
Voir aussi : Le royaume de Dieu est en vous
Vieillesse
BESimone de Beauvoir
Dans La Vieillesse (1970), Simone de Beauvoir montre que la vieillesse n'est pas seulement un fait biologique, mais une condition que la société construit, souvent en reléguant les personnes âgées au rang d'objets inutiles. Elle y voit, comme pour la condition féminine, une situation à transformer.
Voir aussi : Situation
Virtù
MCMachiavel
Chez Machiavel, la virtù n'est pas la vertu morale : c'est l'énergie, l'audace et l'habileté qui permettent à un homme d'État d'agir efficacement et de saisir l'occasion. Elle s'oppose à la fortune, qu'elle s'efforce de maîtriser.
Voir aussi : Fortune, Vérité effective de la chose
Vis caché
EPIÉpicure
Maxime épicurienne qui conseille de vivre à l'écart de la vie publique, des honneurs et de la politique, sources d'agitation et de crainte, afin de préserver sa tranquillité au milieu de ses amis. Pour Épicure, l'amitié est l'un des plus grands biens de la vie heureuse.
Voir aussi : Ataraxie
Vivre selon la nature
EPÉpictète
Principe stoïcien : vivre en accord avec la raison qui ordonne l'univers et avec notre propre nature d'êtres raisonnables. Cela suppose d'accepter ce qui arrive comme une part de l'ordre du monde, et d'agir au mieux dans ce qui dépend de nous.
Voir aussi : Ce qui dépend de nous, Métaphore de l'acteur
Vocabulaire final
RYRichard Rorty
L'ensemble des mots qui nous servent à justifier nos actions, nos croyances et notre vie, au-delà desquels nous n'avons plus d'arguments. Pour Rorty, aucun vocabulaire n'est plus proche de la réalité qu'un autre : on les juge à leur utilité pour nos projets, et le progrès intellectuel consiste à redécrire les choses autrement.
Voir aussi : Ironiste libéral, Pragmatisme
Voie du milieu
BOLe Bouddha NANagarjuna
Le chemin qui évite deux excès : la recherche des plaisirs et la mortification ascétique, que le Bouddha avait pratiquées l'une et l'autre avant son éveil. Plus largement, elle écarte les positions extrêmes, comme l'idée d'un moi éternel et celle d'un anéantissement total. C'est de là que vient le nom de l'école issue de Nagarjuna, le Madhyamaka, « l'école du milieu ».
Voir aussi : Noble sentier octuple, Madhyamaka
Volonté de croire
JAWilliam James
Titre d'un essai de James (1896). Quand les preuves ne suffisent pas à trancher, que la question est vitale et qu'on ne peut pas différer la décision — comme pour la foi religieuse —, nous avons le droit de croire au-delà de ce que la raison démontre. Refuser de choisir est encore un choix.
Voir aussi : Vérité, Expérience religieuse
Volonté de puissance
NINietzsche
Pour Nietzsche, le fond de la vie n'est pas l'instinct de conservation, mais une volonté de croître, de s'étendre et de se surpasser. Ce n'est pas d'abord un désir de dominer les autres : c'est l'élan par lequel toute vie cherche à s'accroître et à donner forme au monde.
Voir aussi : Surhumain, Perspectivisme
Volonté générale
RORousseau
La volonté du peuple considéré comme un corps, qui vise toujours l'intérêt commun. Elle n'est pas la simple somme des intérêts particuliers, que Rousseau appelle la volonté de tous. En obéissant à la loi, expression de la volonté générale, chacun n'obéit qu'à lui-même : c'est le fondement de la légitimité politique.
Voir aussi : Contrat social
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