Lexique

Les mots clés des philosophes du salon, expliqués simplement. Chaque définition résume le sens que le philosophe donne à ce terme ; elle ne remplace pas la lecture de ses œuvres.

318 termes

A

A priori / a posteriori

KAKant

Une connaissance est a priori quand elle ne dépend pas de l'expérience : elle est alors universelle et nécessaire, comme « tout événement a une cause » ou les vérités mathématiques. Elle est a posteriori quand elle vient de l'expérience, comme « ce mur est blanc ». Pour Kant, toute connaissance commence avec l'expérience, mais elle ne dérive pas toute de l'expérience.

Voir aussi : Transcendantal, Catégories

Abduction

PECharles Sanders Peirce

Le raisonnement par lequel on forme une hypothèse pour expliquer un fait surprenant : si cette hypothèse était vraie, le fait irait de soi. Pour Peirce, c'est la seule forme de raisonnement qui introduise une idée nouvelle ; la déduction en tire ensuite les conséquences, et l'induction les met à l'épreuve.

Voir aussi : Faillibilisme

Absurde

CACamus

Chez Camus, l'absurde ne réside ni dans l'homme ni dans le monde, mais dans leur confrontation : l'homme réclame du sens et de la clarté, et le monde lui oppose un silence déraisonnable. Il ne s'agit ni de le fuir ni de le nier, mais de vivre en pleine conscience de lui.

Voir aussi : Sisyphe, Suicide philosophique, Révolte

Acte créateur

BRBerdiaev

Pour Berdiaev, l'homme n'est pas seulement appelé à être sauvé, mais à créer : la création n'est pas un luxe ajouté à la vie spirituelle, elle en est une part essentielle, une réponse à l'appel créateur de Dieu lui-même. C'est le thème de son livre Le Sens de l'acte créateur (1916).

Voir aussi : Liberté incréée

Acte et puissance

ARAristote TAThomas d’Aquin

La puissance est la capacité de devenir quelque chose ; l'acte en est la réalisation : la graine est un arbre en puissance, l'arbre adulte est cet arbre en acte. Le mouvement est le passage de la puissance à l'acte. Thomas d'Aquin appelle Dieu « acte pur » : en lui, rien ne reste à réaliser.

Voir aussi : Premier moteur, Quatre causes

Advaita Vedānta (non-dualité)

ŚAĀdi Śaṅkara

L'école de pensée dont Śaṅkara est le grand maître. Advaita signifie « non-deux » : il n'y a pas d'un côté Dieu, de l'autre le monde et les âmes, mais une seule réalité, Brahman. Le Vedānta, « fin des Veda », désigne l'interprétation des Upaniṣad, textes sacrés de l'Inde.

Voir aussi : Brahman, Ātman

Affect

SPSpinoza

Ce qui modifie notre puissance d'agir, en l'augmentant ou en la diminuant, ainsi que l'idée que nous avons de cette modification. Pour Spinoza, tous les affects dérivent de trois affects premiers : le désir, la joie (passage à une puissance plus grande) et la tristesse (passage à une puissance moindre). Un affect est une passion quand nous n'en sommes pas la cause complète, une action quand il découle de notre seule nature.

Voir aussi : Conatus, Idée adéquate / inadéquate

Air de famille

WIWittgenstein

Qu'ont en commun tous les « jeux » : échecs, football, jeux de cartes, rondes d'enfants ? Rien d'unique, répond Wittgenstein, mais un réseau de ressemblances qui se chevauchent, comme les traits d'une famille. Il ne faut pas chercher une essence commune derrière chaque mot.

Voir aussi : La signification, c'est l'usage

Aliénation

MAMarx

Le fait de devenir étranger à soi-même. Dans les Manuscrits de 1844, Marx décrit l'ouvrier comme dépossédé du produit de son travail, de son activité, devenue une contrainte, et finalement de son humanité : au lieu de s'accomplir dans son travail, il s'y perd.

Voir aussi : Force de travail, Fétichisme de la marchandise

Allégorie de la caverne

PLPlaton

Récit de la République : des prisonniers enchaînés au fond d'une caverne ne voient que des ombres projetées sur une paroi et les prennent pour la réalité. L'un d'eux, libéré, monte péniblement vers la lumière et découvre le monde véritable, puis le soleil. C'est l'image de l'éducation philosophique, qui conduit des apparences sensibles jusqu'aux Idées et au Bien.

Voir aussi : Monde sensible / monde intelligible, Idée du Bien

Amor fati

NINietzsche

« L'amour du destin » : ne rien vouloir d'autre que ce qui est, ni en avant, ni en arrière, ni pour l'éternité. Non pas seulement supporter ce qui arrive, encore moins le cacher, mais l'aimer.

Voir aussi : Éternel retour

Amour de soi / amour-propre

RORousseau

L'amour de soi est un sentiment naturel et bon, qui porte chaque être à veiller à sa conservation. L'amour-propre est un sentiment social et artificiel, qui naît de la comparaison avec les autres et pousse à vouloir être préféré : c'est la source de la vanité, de la jalousie et de la plupart de nos maux.

Voir aussi : Bonté naturelle, Origine de l'inégalité

Angoisse

SAJean-Paul Sartre

Chez Sartre, l'angoisse n'est pas la peur d'un danger extérieur, mais la conscience de notre liberté : rien ne nous garantit que nous ferons le bon choix, et nous seuls en répondons. Elle est le signe de notre responsabilité.

Voir aussi : Condamné à être libre

Animal politique

ARAristote

L'homme est par nature un animal politique : il ne peut accomplir pleinement sa nature qu'en vivant dans une cité. Doué de la parole, il peut discuter avec les autres du juste et de l'injuste. Celui qui vivrait hors de toute cité serait, dit Aristote, une bête ou un dieu.

Voir aussi : Bonheur

Animal-machine

DEDescartes

Thèse selon laquelle les animaux sont des automates très complexes, dont tous les mouvements s'expliquent mécaniquement, comme ceux d'une horloge. Leur absence de langage véritable montre, selon Descartes, qu'ils n'ont pas de pensée.

Voir aussi : Dualisme

Antinomie

KAKant

Contradiction dans laquelle la raison tombe nécessairement quand elle prétend connaître ce qui dépasse toute expérience possible. Kant en expose quatre : on peut par exemple démontrer avec une force égale que le monde a un commencement dans le temps et qu'il n'en a pas, ou que l'homme est libre et que tout est soumis à la nécessité de la nature. Ces conflits révèlent les limites de la connaissance.

Voir aussi : Chose en soi, Postulats de la raison pratique

Apatheia

EPÉpictète

L'absence de passions troublantes — peur, colère, envie —, et non l'insensibilité. Elle est le fruit d'un jugement juste sur ce qui dépend de nous et ce qui n'en dépend pas : qui ne désire que ce qui est en son pouvoir n'a plus de raison de s'agiter.

Voir aussi : Ataraxie, Représentations

Apollinien / dionysiaque

NINietzsche

Les deux forces qui, selon La Naissance de la tragédie, ont donné naissance à la tragédie grecque. L'apollinien, du dieu Apollon, est l'ordre, la mesure, la belle forme et le rêve ; le dionysiaque, du dieu Dionysos, est l'ivresse, la démesure et la fusion avec la vie.

Aponie

EPIÉpicure

L'absence de douleur dans le corps. Avec l'ataraxie, elle constitue le plaisir véritable selon Épicure : non l'accumulation des jouissances, mais l'état d'un corps qui ne souffre pas et d'une âme qui n'est pas troublée.

Voir aussi : Ataraxie

Art comme contagion

TOTolstoï

Dans Qu'est-ce que l'art ? (1897), Tolstoï définit l'art comme la transmission d'un sentiment vécu par l'artiste à ceux qui reçoivent l'œuvre, par une sorte de contagion. Un art véritable doit transmettre des sentiments sincères, moraux et accessibles à tous, et non flatter le goût raffiné d'une élite — critique qu'il appliquait à ses propres romans.

Associations libres

FRFreud

La règle fondamentale de la cure psychanalytique : le patient dit tout ce qui lui vient à l'esprit, sans trier ni censurer, même ce qui semble absurde ou gênant. Ces enchaînements de pensées permettent de remonter jusqu'au refoulé.

Voir aussi : Rêve, Refoulement

Ataraxie

EPIÉpicure EPÉpictète

L'absence de trouble dans l'âme : la tranquillité d'un esprit délivré des craintes et des désirs vains. Pour Épicure, elle forme, avec l'aponie (l'absence de douleur du corps), le plaisir véritable, but de la vie heureuse. Les stoïciens comme Épictète la recherchent aussi, par le bon usage des jugements.

Voir aussi : Aponie, Classification des désirs, Représentations

Ātman

ŚAĀdi Śaṅkara

Le Soi le plus intime, la pure conscience qui demeure derrière le corps, les pensées et les émotions. Pour Śaṅkara, l'Ātman n'est pas différent de Brahman : leur identité n'est pas une union à accomplir, mais un fait toujours déjà vrai, que seule l'ignorance masque. C'est le sens de la parole des Upaniṣad « Tu es Cela ».

Voir aussi : Brahman, Advaita Vedānta, Libération

Atomisme

EPIÉpicure

Tout ce qui existe est fait d'atomes, particules indivisibles et éternelles, qui se meuvent dans le vide ; leurs combinaisons forment tous les corps, y compris l'âme, qui se disperse à la mort. Épicure reprend cette physique de Démocrite pour délivrer les hommes de la peur : rien dans la nature ne dépend du caprice des dieux.

Voir aussi : Clinamen, La mort n'est rien pour nous

Attention

WESimone Weil

Pour Simone Weil, l'attention n'est pas un effort crispé, mais une disponibilité : suspendre sa pensée, la rendre vide et accueillante à ce qui est. Elle est la matière de la prière comme de l'étude véritable, et la forme la plus rare et la plus pure de la générosité envers les malheureux.

Voir aussi : Malheur, Décréation

Attribut

SPSpinoza

Ce que l'intellect perçoit de la substance comme constituant son essence. Dieu possède une infinité d'attributs, mais nous n'en connaissons que deux : la pensée et l'étendue (la matière). Le corps et l'esprit ne sont donc pas deux choses distinctes : c'est une seule et même réalité, exprimée sous deux attributs.

Voir aussi : Substance, Mode

Autonomie

KAKant

Capacité de la volonté à se donner à elle-même sa propre loi, par la raison. Pour Kant, c'est le fondement de la morale et de la dignité humaine. Son contraire, l'hétéronomie, consiste à recevoir sa règle d'ailleurs : d'un désir, d'une crainte, d'une autorité ou de la recherche du bonheur.

Voir aussi : Impératif catégorique, Devoir

B

Banalité du mal

HAHannah Arendt

Expression née du procès d'Adolf Eichmann, organisateur de la déportation des Juifs, auquel Arendt assista à Jérusalem en 1961. Elle y découvrit non un monstre, mais un fonctionnaire ordinaire et zélé, incapable de penser du point de vue d'autrui. Le pire mal peut être commis par des hommes qui ont cessé de penser, sans haine particulière.

Voir aussi : Penser, Totalitarisme

Béatitude

SPSpinoza

Le bonheur le plus haut, qui consiste à comprendre toutes choses à partir de Dieu, c'est-à-dire de la Nature, et à en éprouver une joie stable que Spinoza nomme l'amour intellectuel de Dieu. Elle n'est pas une récompense accordée après coup : elle n'est pas le prix de la vertu, mais la vertu elle-même (Éthique, V, 42).

Voir aussi : Genres de connaissance, Deus sive Natura

Bonheur (eudaimonia)

ARAristote

Le bonheur, compris non comme un sentiment passager mais comme une vie réussie : l'activité de l'âme conforme à la vertu, poursuivie sur une vie entière. C'est le bien suprême, recherché pour lui-même et non en vue d'autre chose. Comme le dit Aristote, une hirondelle ne fait pas le printemps, ni un seul jour heureux le bonheur.

Voir aussi : Juste milieu, Habitus

Bonté de la nature humaine

MEMencius

Thèse de Mencius selon laquelle la nature humaine est bonne à l'origine : elle penche vers le bien comme l'eau penche vers le bas. Le mal ne vient pas de la nature, mais des circonstances qui la détournent ou la négligent, comme une montagne déboisée finit par paraître naturellement nue.

Voir aussi : Quatre germes

Bonté naturelle

RORousseau

Thèse de Rousseau : l'homme est naturellement bon, et c'est la société qui le rend méchant. Rousseau ne parle pas lui-même de « bon sauvage » : il veut dire que les vices ne sont pas inscrits dans la nature humaine, mais naissent de la vie en société, de la propriété et de la comparaison avec autrui.

Voir aussi : État de nature, Amour de soi / amour-propre, Pitié

Brahman

ŚAĀdi Śaṅkara

La réalité absolue et unique, « sans second ». Pour Śaṅkara, Brahman est sans parties ni qualités que l'on pourrait lui attribuer (nirguṇa) : être, conscience et béatitude pures. Le monde multiple et les moi séparés n'en sont que des apparences, dues à l'ignorance.

Voir aussi : Ātman, Advaita Vedānta, Ignorance

C

Ça, moi, surmoi

FRFreud

Les trois instances de l'appareil psychique selon Freud. Le ça est le réservoir des pulsions, qui cherchent leur satisfaction immédiate. Le surmoi est l'instance morale, formée par l'intériorisation des interdits parentaux. Le moi, en partie conscient, tente de concilier les exigences du ça, du surmoi et de la réalité.

Voir aussi : Inconscient, Pulsion

Capital

MAMarx

Pour Marx, le capital n'est pas seulement une somme d'argent ou de machines : c'est un rapport social, celui entre ceux qui possèdent les moyens de production et ceux qui n'ont que leur force de travail. Il est poussé à s'accumuler sans fin ; et la bourgeoisie, en créant le prolétariat, produit elle-même, disent Marx et Engels, ses propres « fossoyeurs ».

Voir aussi : Plus-value, Prolétariat

Catégories

KAKant

Les concepts purs de l'entendement : des formes que l'esprit applique à tout ce qu'il connaît, comme l'unité, la réalité, la substance ou la causalité. Kant en compte douze, réparties en quatre groupes (quantité, qualité, relation, modalité). Elles ne viennent pas de l'expérience : ce sont elles qui la rendent possible.

Voir aussi : A priori / a posteriori, Phénomène

Causalité et habitude

HUHume

Nous ne percevons jamais la cause elle-même, ni une connexion nécessaire entre deux événements : nous voyons seulement qu'ils se suivent régulièrement, comme le choc d'une boule de billard et le mouvement d'une autre. C'est l'habitude, née de cette répétition, qui nous fait attendre le second dès que le premier se produit.

Voir aussi : Problème de l'induction, Impressions et idées

Ce qui dépend de nous

EPÉpictète

La distinction qui ouvre le Manuel d'Épictète : certaines choses dépendent de nous — nos jugements, nos désirs, nos aversions —, d'autres non — notre corps, notre réputation, nos biens, les événements. Tout malheur vient de ce que nous traitons comme nôtre ce qui ne l'est pas. La sagesse consiste à concentrer ses efforts sur ce qui dépend de nous et à accepter le reste.

Voir aussi : Représentations, Faculté de choix, Liberté intérieure

Chose en soi (noumène)

KAKant

La chose telle qu'elle est indépendamment de la manière dont nous la percevons. Nous pouvons la penser, mais jamais la connaître, car nous n'avons accès qu'à ce qui nous apparaît à travers l'espace, le temps et les catégories. Le mot noumène désigne la chose en soi en tant qu'objet seulement pensé.

Voir aussi : Phénomène, Espace et temps

Cinq voies

TAThomas d’Aquin

Les cinq arguments par lesquels Thomas d'Aquin montre que l'on peut prouver l'existence de Dieu par la raison, à partir du monde : le mouvement suppose un premier moteur ; les causes, une cause première ; les êtres contingents, un être nécessaire ; les degrés de perfection, un être parfait ; l'ordre des choses vers une fin, une intelligence qui les dirige.

Voir aussi : Premier moteur, Être nécessaire, Foi et raison

Classification des désirs

EPIÉpicure

Épicure distingue trois sortes de désirs : les désirs naturels et nécessaires (manger, boire, s'abriter), les désirs naturels mais non nécessaires (une nourriture raffinée) et les désirs vains, ni naturels ni nécessaires (la richesse, la gloire). Pour être heureux, il suffit de satisfaire les premiers : qui sait se contenter de peu est libre.

Voir aussi : Ataraxie, Quadruple remède

Clinamen

EPIÉpicure

Légère déviation spontanée des atomes dans leur chute, en un moment et un lieu indéterminés. Sans elle, les atomes tomberaient en ligne droite sans jamais se rencontrer, et tout serait soumis à un destin rigoureux ; grâce à elle, les corps se forment et la liberté devient possible. Le mot latin clinamen vient de Lucrèce, poète romain du Iᵉʳ siècle avant notre ère, lointain disciple d'Épicure.

Voir aussi : Atomisme

Cogito (Je pense, donc je suis)

DEDescartes

La première certitude que Descartes trouve au terme du doute : même si un malin génie me trompait en tout, pour être trompé il faut que je pense, et pour penser il faut que je sois. « Je pense, donc je suis » (formule du Discours de la méthode ; les Méditations disent « je suis, j'existe ») est la vérité inébranlable sur laquelle il veut rebâtir tout le savoir.

Voir aussi : Doute méthodique, Dualisme, Homme volant

Cohérence sotte

EMRalph Waldo Emerson

Emerson écrit qu'une cohérence sotte est le croque-mitaine des petits esprits. Celui qui grandit doit oser dire aujourd'hui ce qu'il pense, même si cela contredit ce qu'il disait hier : mieux vaut une vérité vécue qu'une fausse constance.

Voir aussi : Confiance en soi

Communalisme

NKKwame Nkrumah

Le principe égalitaire et communautaire que Nkrumah attribue aux sociétés africaines traditionnelles, où la terre et les ressources étaient tenues en commun. Il y voit la base d'un socialisme africain moderne.

Voir aussi : Consciencisme

Communisme

MAMarx

Chez Marx, la société future sans classes et sans propriété privée des moyens de production, où le libre développement de chacun serait la condition du libre développement de tous. Il la pense comme l'issue du mouvement réel de l'histoire, plutôt que comme un idéal à imposer.

Voir aussi : Prolétariat, Lutte des classes

Complexe d'Œdipe

FRFreud DLDeleuze

Pour Freud, l'ensemble des désirs amoureux et hostiles que l'enfant éprouve envers ses parents, comme le héros grec qui tua son père et épousa sa mère sans le savoir. Sa traversée structure la personnalité et la formation du surmoi. Deleuze et Guattari, dans L'Anti-Œdipe, reprochent à la psychanalyse d'enfermer le désir dans ce triangle familial.

Voir aussi : Ça, moi, surmoi, Désir comme production

Conatus

SPSpinoza

Mot latin qui signifie « effort ». Chaque chose, autant qu'il est en elle, s'efforce de persévérer dans son être : cet effort n'est pas une qualité parmi d'autres, c'est l'essence même de la chose. Chez l'être humain, le conatus conscient de lui-même s'appelle le désir.

Voir aussi : Affect

Condamné à être libre

SAJean-Paul Sartre

L'homme n'a pas choisi d'être libre, mais il ne peut pas cesser de l'être : même refuser de choisir est encore un choix. Il est donc entièrement responsable de ce qu'il fait de lui-même, et, en se choisissant, il engage aussi l'image de l'homme qu'il propose aux autres.

Voir aussi : Angoisse, Mauvaise foi, Engagement

Condition ouvrière

WESimone Weil

Professeure de philosophie, Simone Weil a travaillé plusieurs mois en usine en 1934-1935 pour connaître de l'intérieur la condition des ouvriers. Elle y a découvert un travail qui écrase la pensée et réduit l'homme à un rouage, et cherché comment rendre au travail sa dignité.

Voir aussi : Enracinement, Malheur

Confiance en soi (Self-Reliance)

EMRalph Waldo Emerson

Titre d'un essai célèbre d'Emerson : chacun doit se fier à sa propre pensée et à sa propre voix plutôt qu'à l'opinion d'autrui ou à l'autorité du passé. « Imiter, c'est se suicider. » Être un homme, c'est être un non-conformiste.

Voir aussi : Cohérence sotte, Sur-Âme

Connais-toi toi-même

SOSocrate

Inscription du temple d'Apollon à Delphes, que Socrate a faite sienne : avant de prétendre connaître le monde, il faut savoir ce que l'on est et reconnaître les limites de son propre savoir.

Voir aussi : Savoir de son ignorance, Soin de l'âme

Connaissance libératrice (jñāna)

ŚAĀdi Śaṅkara

La connaissance directe de la réalité, et non un savoir appris : voir que le Soi est Brahman. Pour Śaṅkara, elle seule libère, comme la lumière seule fait voir que le serpent n'était qu'une corde.

Voir aussi : Libération, Ignorance

Conscience

RORousseau

Dans la Profession de foi du vicaire savoyard, Rousseau la célèbre comme un « instinct divin » : un sentiment intérieur, plus sûr que les raisonnements des philosophes, qui nous fait aimer le bien et juger nos actions.

Voir aussi : Pitié

Consciencisme

NKKwame Nkrumah

La philosophie proposée par Nkrumah (1964) pour l'Afrique décolonisée. Elle reconnaît les trois héritages de la société africaine — la tradition africaine, l'apport islamique et l'apport euro-chrétien —, et cherche à les faire converger, sur une base matérialiste, vers une société qui retrouve l'égalitarisme des sociétés africaines traditionnelles sans idéaliser le passé.

Voir aussi : Communalisme, Matérialisme historique

Contrat social

HOThomas Hobbes RORousseau

L'accord par lequel les hommes sortent de l'état de nature pour fonder une société politique. Chez Hobbes, chacun transfère ses droits à un souverain absolu, en échange de la sécurité. Chez Rousseau, chacun se donne tout entier à la communauté, de sorte qu'en obéissant à la volonté générale, il n'obéisse qu'à lui-même et reste aussi libre qu'auparavant.

Voir aussi : Léviathan, Volonté générale, État de nature

Corps sans organes

DLDeleuze

Expression empruntée au poète Antonin Artaud. Pour Deleuze et Guattari, elle désigne un corps libéré de l'organisation qui lui est imposée et qui fixe à chaque partie une fonction ; il devient une surface où le désir peut circuler librement.

Voir aussi : Désir comme production

Courant de conscience

JAWilliam James

Image proposée par James dans ses Principes de psychologie : la conscience n'est pas une suite d'états séparés, comme des perles sur un fil, mais un flux continu, comme une rivière, où rien ne revient jamais exactement identique. L'expression a ensuite inspiré une technique littéraire.

Voir aussi : Empirisme radical

Création de concepts

DLDeleuze

Pour Deleuze et Guattari, dans Qu'est-ce que la philosophie ? (1991), la philosophie n'est ni contemplation, ni réflexion, ni communication : elle est l'art de former, d'inventer et de fabriquer des concepts. Un concept n'est pas une vérité donnée, mais une création qui répond à un problème.

Voir aussi : Plan d'immanence

Critique de l'État

TOTolstoï

Tolstoï voit dans l'État, l'armée, les tribunaux et la propriété des formes de violence organisée, que les riches et les puissants imposent aux pauvres au nom de la loi et de l'ordre. On a qualifié sa position d'anarchisme chrétien.

Voir aussi : Non-résistance au mal par la violence

Critique de l'optimisme

VOVoltaire

L'optimisme, au XVIIIᵉ siècle, est la doctrine selon laquelle « tout est bien » dans le meilleur des mondes possibles. Après le tremblement de terre de Lisbonne de 1755, Voltaire la juge indécente devant la souffrance réelle, et la ridiculise dans Candide : le mal existe, et il ne sert à rien de le justifier.

Voir aussi : Meilleur des mondes possibles, Il faut cultiver notre jardin

Critique de la connaissance spectatrice

DWJohn Dewey

Dewey s'oppose à l'idée, héritée des Grecs, selon laquelle connaître consisterait à contempler le monde de l'extérieur, comme un spectateur. Pour lui, connaître est une manière d'agir dans le monde et sur lui.

Voir aussi : Instrumentalisme, Miroir de la nature

Croyance et doute

PECharles Sanders Peirce

Pour Peirce, une croyance est une habitude d'action, qui nous apaise ; le doute est un état d'inquiétude qui nous pousse à chercher. L'enquête est la lutte pour passer du doute à la croyance. Seul un doute réel, provoqué par une difficulté effective, peut la lancer : douter de tout sur commande, comme Descartes, n'est qu'une feinte.

Voir aussi : Doute méthodique, Maxime pragmatiste, Enquête

D

Daimonion

SOSocrate

Le « signe divin » dont Socrate disait entendre la voix depuis l'enfance. Il ne lui dictait jamais ce qu'il fallait faire : il l'avertissait seulement de ne pas faire ce qu'il s'apprêtait à faire.

Dao (Tao)

LALaozi ZHZhuangzi

Mot chinois qui signifie « la Voie ». Chez Laozi, c'est l'origine sans nom de toutes choses, qui les engendre et les traverse sans jamais s'en emparer. Il échappe aux mots : le Dao qui peut se dire n'est pas le Dao constant. Zhuangzi le voit présent en toute chose, jusque dans les plus humbles, et embrassant tous les points de vue sans se fixer à aucun. On ne le définit pas, on s'y accorde.

Voir aussi : De, Wu wei, Ziran

De (Te)

LALaozi

Souvent traduit par « vertu », au sens ancien de puissance ou d'efficacité. C'est la force propre d'un être quand il suit le Dao. Le titre du livre attribué à Laozi, le Dao De Jing, signifie « le livre de la Voie et de sa vertu ».

Voir aussi : Dao

De l'être au devoir-être (loi de Hume)

HUHume

Hume remarque que de nombreux moralistes passent sans prévenir d'affirmations sur ce qui est à des affirmations sur ce qui doit être. Or d'un simple fait, on ne peut tirer logiquement un devoir : que les hommes agissent d'une certaine manière ne prouve pas qu'ils doivent le faire.

Voir aussi : La raison, esclave des passions

Décréation

WESimone Weil

Le renoncement à l'affirmation de soi, pour faire place en soi au vide et laisser Dieu venir. Pour Simone Weil, Dieu s'est retiré pour laisser exister le monde ; l'homme répond à cet amour en consentant à ne plus vouloir être le centre.

Voir aussi : La pesanteur et la grâce, Attention

Déisme

VOVoltaire

Croyance en un Dieu créateur, cause première de l'ordre de l'univers, sans adhésion à aucune religion révélée, à ses dogmes ni à son clergé. Voltaire l'exprime par une image : l'univers est comme une horloge, et il ne peut songer que cette horloge existe sans horloger.

Voir aussi : Écrasez l'infâme

Démocratie comme mode de vie

DWJohn Dewey

Pour Dewey, la démocratie n'est pas d'abord une forme de gouvernement, mais une manière de vivre ensemble, faite d'expériences communiquées et partagées. Elle doit sans cesse être réinventée dans les institutions concrètes, à commencer par l'école.

Voir aussi : Éducation et croissance

Désir comme production (machines désirantes)

DLDeleuze

Dans L'Anti-Œdipe (1972), Deleuze et Guattari s'opposent à l'idée que le désir serait un manque : le désir produit, il crée des connexions, des flux et du réel. Ils reprochent à la psychanalyse de l'avoir rabattu sur le triangle familial du père, de la mère et de l'enfant.

Voir aussi : Complexe d'Œdipe, Corps sans organes

Despotisme éclairé

VOVoltaire

Forme de gouvernement où un souverain absolu, conseillé par des philosophes, réforme son pays selon la raison. Voltaire, qui correspondit avec Frédéric II de Prusse et Catherine II de Russie, préférait ces réformes venues d'en haut aux bouleversements révolutionnaires.

Voir aussi : Tolérance

Déterminisme

DIDiderot

Tout ce qui arrive est l'effet nécessaire de causes antérieures, et la liberté est une illusion. Dans Jacques le fataliste, Diderot met cette idée dans la bouche de Jacques, qui répète, après son capitaine, que tout ce qui nous arrive « était écrit là-haut », tout en montrant avec humour combien on vit, en pratique, comme si l'on était libre.

Voir aussi : Matérialisme

Déterritorialisation

DLDeleuze

Le mouvement par lequel quelque chose quitte son territoire, se défait de ses codes et de ses attaches ; il s'accompagne toujours de reterritorialisations, qui fixent de nouveau. Pour Deleuze et Guattari, le capitalisme déterritorialise sans cesse les flux — d'argent, de travail, de désir — avant de les reterritorialiser ailleurs.

Voir aussi : Rhizome, Ligne de fuite

Deus sive Natura

SPSpinoza

« Dieu, c'est-à-dire la Nature ». Formule par laquelle Spinoza identifie Dieu à la Nature tout entière : non pas un créateur extérieur au monde, doué de volonté et poursuivant des buts, mais la réalité unique et infinie dont toutes choses font partie.

Voir aussi : Substance, Nature naturante / nature naturée

Deux cités

AUAugustin d’Hippone

Thème de la Cité de Dieu : deux amours ont fait deux cités. L'amour de soi poussé jusqu'au mépris de Dieu a fait la cité terrestre ; l'amour de Dieu poussé jusqu'au mépris de soi a fait la cité céleste. Les deux sont mêlées en ce monde jusqu'à la fin des temps, et aucun État ne s'identifie à la cité de Dieu.

Voir aussi : Grâce

Deux vérités

NANagarjuna ŚAĀdi Śaṅkara

Distinction entre deux plans de vérité. Pour Nagarjuna, la vérité conventionnelle est celle du langage et de la vie courante, où les chariots, les personnes et les causes fonctionnent ; la vérité ultime est que rien de tout cela n'existe par soi. La seconde ne s'atteint qu'en s'appuyant sur la première. Śaṅkara distingue de même le plan empirique (vyāvahārika), où le monde multiple a une réalité pratique, et le plan absolu (pāramārthika), où seul Brahman est réel.

Voir aussi : Vacuité, Brahman, Māyā / mithyā

Devenir

DLDeleuze

Pour Deleuze, le devenir est premier par rapport à l'être fixe : la réalité n'est pas faite d'identités stables, mais de processus et de transformations. Devenir n'est pas imiter ni ressembler : c'est entrer dans une zone de voisinage où quelque chose de nouveau se produit.

Voir aussi : Différence, Rhizome

Devoir

KAKant

Nécessité d'accomplir une action par respect pour la loi morale. Kant distingue agir conformément au devoir, comme le marchand qui ne trompe pas un client naïf par simple intérêt, pour garder sa clientèle, et agir par devoir : seule cette seconde action a une valeur morale.

Voir aussi : Impératif catégorique, Autonomie

Dialectique

PLPlaton MAMarx

Chez Platon, l'art de dialoguer par questions et réponses, puis la méthode par laquelle l'esprit s'élève des simples hypothèses jusqu'aux Idées et au Bien : c'est pour lui la science suprême. Chez Marx, héritier de Hegel, la dialectique désigne le mouvement de la réalité elle-même, qui progresse par contradictions : ce sont les luttes entre classes sociales qui transforment l'histoire.

Voir aussi : Idées, Matérialisme historique, Lutte des classes

Différence

DLDeleuze

Dans Différence et répétition (1968), Deleuze veut penser la différence en elle-même, et non comme un simple écart entre deux choses déjà identiques. Il reproche à la tradition, de Platon à Hegel, d'avoir toujours subordonné la différence à l'identité.

Voir aussi : Devenir

Dix mille êtres (wanwu)

LALaozi

Expression chinoise qui désigne la totalité des choses existantes. Selon le Dao De Jing, le Dao engendre l'Un, l'Un engendre le Deux, le Deux engendre le Trois, et le Trois engendre les dix mille êtres.

Voir aussi : Dao, Yin et yang

Doute méthodique

DEDescartes PECharles Sanders Peirce

La démarche par laquelle Descartes rejette comme faux tout ce qui peut être mis en doute — les sens, qui trompent parfois, le rêve, et jusqu'aux mathématiques, en supposant un Dieu trompeur, puis un malin génie — afin de trouver une certitude absolue. Ce n'est pas un scepticisme : le doute est un moyen, non une fin. Peirce lui reprochera d'être un doute feint, sans effet réel sur nos croyances.

Voir aussi : Cogito, Croyance et doute

Dualisme

DEDescartes

La thèse selon laquelle l'âme et le corps sont deux substances réellement distinctes : l'âme est une chose qui pense, sans étendue ; le corps est une chose étendue, qui ne pense pas. La difficulté devient alors d'expliquer leur union, que l'expérience nous fait pourtant sentir à chaque instant.

Voir aussi : Substance, Cogito, Glande pinéale

Dukkha (souffrance, insatisfaction)

BOLe Bouddha

Mot pāli souvent traduit par « souffrance », mais au sens plus large d'insatisfaction : le caractère jamais pleinement satisfaisant de toute expérience, y compris des plaisirs, puisqu'ils passent. C'est le constat de la première des quatre nobles vérités.

Voir aussi : Quatre nobles vérités, Soif, Impermanence

E

Écrasez l'infâme

VOVoltaire

Formule par laquelle Voltaire terminait souvent ses lettres. « L'infâme » désigne la superstition et le fanatisme religieux, et l'intolérance des Églises qui persécutent au nom de leurs dogmes.

Voir aussi : Tolérance, Déisme

Éducation et croissance

DWJohn Dewey

Pour Dewey, l'éducation n'est pas une préparation à la vie future ni un remplissage de l'esprit : elle est la vie même, une croissance continue par l'expérience réfléchie. L'élève apprend en faisant, à travers des activités partagées et des problèmes réels, plutôt qu'en mémorisant des faits.

Voir aussi : Démocratie comme mode de vie, Enquête

Éducation négative

RORousseau

Principe de l'Émile : la première éducation ne doit pas inculquer des vertus ou des vérités, mais préserver le cœur de l'enfant du vice et son esprit de l'erreur. Elle suit le développement naturel de l'enfant et le laisse apprendre par l'expérience des choses plutôt que par les livres.

Voir aussi : Bonté naturelle

Émanation

IBAvicenne

La manière dont le monde procède de Dieu selon Avicenne : non par un choix arbitraire, mais nécessairement, comme la lumière émane du soleil. De l'Être nécessaire procède une première Intelligence, puis d'autres, de degré en degré, jusqu'à l'Intellect agent et au monde sublunaire.

Voir aussi : Être nécessaire, Intellect agent

Empirisme radical

JAWilliam James

La doctrine selon laquelle il ne faut admettre que ce qui est donné dans l'expérience, mais tout ce qui y est donné, y compris les relations entre les choses. James s'oppose ainsi aux empiristes classiques, qui ne voyaient dans l'expérience que des sensations isolées.

Voir aussi : Courant de conscience, Pluralisme

En-soi / pour-soi

SAJean-Paul Sartre

Les deux régions de l'être dans L'Être et le Néant. L'en-soi est l'être des choses : il est ce qu'il est, plein et sans distance à lui-même. Le pour-soi est l'être de la conscience : il n'est jamais simplement ce qu'il est, il se projette sans cesse vers ce qu'il n'est pas encore.

Voir aussi : Mauvaise foi, Regard d'autrui

Encyclopédie

DIDiderot

Le grand dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, dirigé par Diderot et d'Alembert à partir de 1751. Il voulait rassembler et diffuser les connaissances de son temps, y compris celles des artisans, et faire reculer les préjugés.

Engagement

SAJean-Paul Sartre

Puisque l'homme est responsable de ce qu'il fait et de ce qu'il ne fait pas, l'écrivain et l'intellectuel doivent prendre position sur les problèmes de leur temps. Se taire, c'est encore choisir : c'est consentir.

Voir aussi : Condamné à être libre

Enquête

DWJohn Dewey

Pour Dewey, la pensée naît toujours d'une situation problématique, vécue concrètement. L'enquête est le processus par lequel on transforme cette situation indéterminée en une situation résolue, en formulant et en testant des hypothèses. Toute la logique se ramène à cette démarche, qui vaut pour la science comme pour la vie quotidienne.

Voir aussi : Pragmatisme, Instrumentalisme

Enracinement

WESimone Weil

Pour Simone Weil, l'âme a des besoins aussi réels que ceux du corps : l'ordre, la liberté, la vérité, et surtout l'enracinement, c'est-à-dire la participation vivante à une communauté qui transmet un passé et prépare un avenir. Un peuple déraciné, par la guerre, la conquête ou le travail sans âme, dépérit.

Voir aussi : Condition ouvrière

Éros

PLPlaton FRFreud

Chez Platon, l'amour est un désir de beauté qui peut s'élever par degrés : de l'attirance pour un beau corps à l'amour de tous les beaux corps, puis à la beauté des âmes et des connaissances, jusqu'à la contemplation du Beau en soi ; c'est ce qu'expose le Banquet. Chez Freud, Éros désigne l'ensemble des pulsions de vie, qui tendent à unir et à conserver, face à la pulsion de mort.

Voir aussi : Idées, Pulsion de mort

Espace et temps (formes a priori de la sensibilité)

LELeibniz KAKant

Pour Leibniz, l'espace et le temps ne sont pas des contenants absolus dans lesquels les choses seraient placées, mais l'ordre des relations entre les choses : l'ordre de ce qui coexiste et l'ordre de ce qui se succède. Pour Kant, ce ne sont pas non plus des propriétés des choses en soi, mais les formes à travers lesquelles notre sensibilité reçoit tout ce qui lui est donné : des lunettes que nous ne pouvons jamais retirer. Tout ce que nous percevons est donc nécessairement situé dans l'espace et dans le temps.

Voir aussi : Phénomène, A priori / a posteriori

Essence et existence

IBAvicenne TAThomas d’Aquin

L'essence d'une chose est ce qu'elle est ; son existence est le fait qu'elle soit. Avicenne les distingue nettement : on peut parfaitement concevoir ce qu'est un cheval sans savoir s'il en existe un. En toute chose créée, l'existence s'ajoute donc à l'essence ; en Dieu seul, elles ne font qu'un. Thomas d'Aquin reprend cette distinction et en fait un pilier de sa pensée.

Voir aussi : Être nécessaire, Être même subsistant

État de nature

HOThomas Hobbes RORousseau

La condition imaginée des hommes sans pouvoir politique. Pour Hobbes, c'est une guerre de tous contre tous, où la vie de l'homme est solitaire, misérable, brutale et brève, non par méchanceté mais parce que chacun est vulnérable et rival des autres. Pour Rousseau, au contraire, l'homme naturel, solitaire et animé par la pitié, est paisible : ce sont la société et la propriété qui l'ont corrompu.

Voir aussi : Guerre de tous contre tous, Contrat social, Bonté naturelle

Éternel retour

NINietzsche

Pensée mise à l'épreuve par Nietzsche : et si tu devais revivre ta vie exactement à l'identique, une infinité de fois, avec chaque douleur et chaque joie ? Celui qui pourrait le vouloir dirait un oui total à son existence. L'éternel retour est un critère : vis de telle sorte que tu puisses désirer revivre.

Voir aussi : Amor fati, Surhumain

Éternité du monde

AVAverroès

Thèse défendue par Averroès, à la suite d'Aristote, contre le théologien al-Ghazâlî : le monde n'a pas été créé à un moment du temps, comme un artisan fabrique un objet. Il dépend entièrement de Dieu, qui l'actualise éternellement.

Voir aussi : Premier moteur

Être craint plutôt qu'aimé

MCMachiavel

Question du Prince : vaut-il mieux être aimé ou craint ? L'idéal serait d'être les deux ; mais s'il faut choisir, Machiavel répond qu'il est plus sûr d'être craint, car l'amour des hommes est changeant. Le prince doit pourtant éviter d'être haï.

Voir aussi : Vérité effective de la chose, Machiavélisme

Être même subsistant (ipsum esse subsistens)

TAThomas d’Aquin

Le nom que Thomas d'Aquin donne à Dieu : non pas un être parmi d'autres, mais l'être même, en qui essence et existence ne font qu'un. Toutes les autres choses reçoivent l'être ; Dieu seul est l'être par lui-même.

Voir aussi : Essence et existence, Acte et puissance

Être nécessaire

IBAvicenne

L'être dont l'essence même est d'exister, et qui ne peut donc pas ne pas être. Toutes les autres choses sont « possibles en soi » : elles pourraient ne pas exister et reçoivent l'existence d'une cause. Comme la chaîne des causes ne peut remonter à l'infini, il faut un Être nécessaire par soi, qui est Dieu.

Voir aussi : Essence et existence, Émanation

Éveil (bodhi)

BOLe Bouddha

La compréhension directe et libératrice de la nature des choses — impermanence, souffrance, non-soi —, qui met fin à l'ignorance. Le mot « bouddha » signifie justement « l'Éveillé » : celui qui s'est éveillé du sommeil de l'illusion.

Voir aussi : Nirvāṇa, Quatre nobles vérités

Expérience religieuse

JAWilliam James

Dans Les Formes multiples de l'expérience religieuse (1902), James étudie la religion non à travers ses dogmes, mais à travers l'expérience vécue des croyants et ses fruits dans leur vie. Quels que soient les excès de ses formes historiques, elle lui semble révéler quelque chose de réel sur l'existence.

Voir aussi : Volonté de croire

F

Faculté de choix (prohairesis)

EPÉpictète

La faculté de juger, de choisir et de vouloir : la seule chose qui nous appartienne entièrement. Ni la prison, ni la maladie, ni un tyran ne peuvent la contraindre. Pour Épictète, le bien et le mal véritables ne se trouvent que là.

Voir aussi : Ce qui dépend de nous, Liberté intérieure

Faillibilisme

PECharles Sanders Peirce

La thèse selon laquelle aucune de nos connaissances n'est absolument certaine : toutes peuvent être révisées. Loin de mener au découragement, elle fonde la méthode scientifique, qui corrige ses erreurs par la confrontation durable avec la réalité, au sein d'une communauté de chercheurs.

Voir aussi : Abduction, Croyance et doute

Fétichisme de la marchandise

MAMarx

L'illusion par laquelle les marchandises semblent avoir une valeur en elles-mêmes, comme des objets magiques, alors que cette valeur vient du travail humain et des rapports entre les hommes. Les relations sociales prennent ainsi l'apparence de relations entre des choses.

Voir aussi : Aliénation, Capital

Foi et raison

AUAugustin d’Hippone AVAverroès TAThomas d’Aquin

La question de leur rapport traverse la pensée médiévale. Augustin invite à croire pour comprendre, et à comprendre pour croire. Averroès soutient que la philosophie et la Révélation ne peuvent se contredire, venant de la même vérité. Thomas d'Aquin distingue ce que la raison peut connaître seule, comme l'existence de Dieu, et ce que seule la foi enseigne, comme la Trinité ; venant toutes deux de Dieu, elles ne peuvent véritablement s'opposer.

Voir aussi : Interprétation allégorique, Cinq voies, Loi naturelle

Force

WESimone Weil

Dans son essai L'Iliade ou le poème de la force, Simone Weil définit la force comme ce qui fait de quiconque lui est soumis une chose : à l'extrême, un cadavre. Elle pétrifie aussi bien celui qui la subit que celui qui croit la posséder.

Voir aussi : Malheur

Force de travail

MAMarx

La capacité de travailler, que l'ouvrier, ne possédant pas de moyens de production, est obligé de vendre comme une marchandise. Marx distingue la force de travail, que le capitaliste achète, et le travail effectif, qui produit plus de valeur qu'elle n'en a coûté.

Voir aussi : Plus-value, Aliénation

Forme de vie

WIWittgenstein

L'ensemble des pratiques, des habitudes et des manières d'agir partagées dans lesquelles notre langage est enraciné. Imaginer un langage, dit Wittgenstein, c'est imaginer une forme de vie. Comprendre les mots des autres suppose de partager, au moins en partie, leur forme de vie.

Voir aussi : Jeu de langage, Langage privé

Forme et matière (hylémorphisme)

ARAristote TAThomas d’Aquin

Toute chose naturelle est composée d'une matière, ce dont elle est faite, et d'une forme, ce qui en fait telle chose. La forme n'existe pas dans un monde séparé, comme les Idées de Platon : elle est dans la chose même. Pour un être vivant, la forme est l'âme. Thomas d'Aquin reprend cette idée : l'âme humaine est la forme du corps, et non une substance complète enfermée en lui comme dans une prison ; elle peut pourtant subsister après la mort.

Voir aussi : Quatre causes, Idées, Substance

Fortune

MCMachiavel

Le hasard des circonstances, imprévisible. Selon Machiavel, la fortune gouverne la moitié de nos actions, mais nous laisse l'autre moitié. Elle est comme un fleuve en crue : on ne peut l'arrêter, mais on peut, en temps calme, construire des digues et des canaux pour en contenir la violence.

Voir aussi : Virtù

G

Généalogie

NINietzsche

La méthode de Nietzsche : au lieu de chercher le fondement éternel de nos valeurs, il en recherche l'origine historique et psychologique. Qui a inventé les mots « bien » et « mal », dans quel intérêt, à partir de quel type de vie ? Une valeur peut avoir une origine bien moins noble qu'elle ne le prétend.

Voir aussi : Ressentiment, Morale des maîtres / morale des esclaves

Genres de connaissance

SPSpinoza

Les trois manières de connaître selon Spinoza. Le premier genre, l'imagination ou l'opinion, vient des sens et du ouï-dire : il est la seule source d'erreur. Le deuxième, la raison, connaît les choses par des notions communes à toutes. Le troisième, la science intuitive, saisit directement l'essence des choses singulières à partir de Dieu : c'est lui qui conduit à la béatitude.

Voir aussi : Idée adéquate / inadéquate, Béatitude

Glande pinéale

DEDescartes

Petite glande située au centre du cerveau, où Descartes plaçait le lieu principal de l'union entre l'âme et le corps : c'est par elle que l'âme recevrait les impressions du corps et agirait sur lui. Cette hypothèse montre la difficulté qu'il y a à unir deux substances aussi différentes.

Voir aussi : Dualisme

Gouvernement par la vertu

KOConfucius MEMencius

Gouverner par l'exemple plutôt que par la loi et le châtiment. Selon Confucius, un peuple contraint par les punitions cherche seulement à les éviter, sans honte ; guidé par la vertu et les rites, il acquiert le sens de la honte et se corrige de lui-même. Mencius ajoute que le bon souverain nourrit son peuple et ne l'épuise pas par des guerres inutiles.

Voir aussi : Mandat du Ciel, Li, Rectification des noms

Grâce

AUAugustin d’Hippone TAThomas d’Aquin

Le don gratuit de Dieu, qu'aucune œuvre ne mérite. Pour Augustin, elle est nécessaire pour que la volonté, blessée par le péché, puisse vouloir et accomplir le bien. Thomas d'Aquin la pense en harmonie avec la nature : la grâce ne détruit pas la nature, elle la perfectionne.

Voir aussi : Péché originel, Libre arbitre

Grand Inquisiteur

DODostoïevski

Récit inséré dans Les Frères Karamazov : le Christ revient à Séville au temps de l'Inquisition, et le Grand Inquisiteur le fait arrêter. Il lui reproche d'avoir offert aux hommes une liberté trop lourde ; l'Église, elle, leur donne du pain et les gouverne par le miracle, le mystère et l'autorité, en échange de cette liberté. Le Christ ne répond que par un baiser.

Voir aussi : Si Dieu n'existe pas, tout est permis

Guerre de tous contre tous

HOThomas Hobbes

L'état de nature selon Hobbes : sans autorité commune, chacun craint les autres et cherche à les devancer. Ce n'est pas forcément un combat permanent, mais une disposition constante à la guerre, qui rend impossibles le travail, les arts et la sécurité. On résume souvent cette idée par la formule ancienne « l'homme est un loup pour l'homme ».

Voir aussi : État de nature, Léviathan

H

Habitus (hexis)

ARAristote TAThomas d’Aquin

Disposition acquise par la répétition des actes, qui devient comme une seconde nature. Pour Aristote, on devient juste en accomplissant des actions justes, comme on devient joueur de cithare en jouant de la cithare. Thomas d'Aquin, qui lit Aristote en latin, où hexis est rendu par habitus, définit la vertu comme un habitus qui incline au bien.

Voir aussi : Juste milieu, Bonheur

Harmonie préétablie

LELeibniz

Les monades n'agissent pas les unes sur les autres ; si elles s'accordent, c'est que Dieu a réglé dès l'origine leur développement de façon qu'elles correspondent parfaitement, comme deux horloges bien réglées marquent la même heure sans communiquer. C'est ainsi que Leibniz explique l'accord de l'âme et du corps.

Voir aussi : Monade

Homme de bien (junzi)

KOConfucius

À l'origine un noble de naissance, le junzi devient chez Confucius l'homme noble par sa conduite. Il se soucie de la justice plutôt que du profit, se corrige lui-même avant de reprendre autrui et s'efforce d'apprendre toute sa vie. Il s'oppose à « l'homme de peu ».

Voir aussi : Yi, Ren

Homme du souterrain

DODostoïevski

Le narrateur des Carnets du sous-sol refuse que l'homme soit une « touche de piano » sur laquelle joueraient les lois de la nature. Même comblé de bien-être, il ferait quelque folie pour prouver qu'il est un homme : il préfère son caprice à un bonheur calculé, et se révolte contre l'évidence de « deux fois deux font quatre ».

Voir aussi : Souffrance

Homme volant

IBAvicenne

Expérience de pensée d'Avicenne : imaginons un homme créé d'un coup, suspendu dans le vide, les yeux voilés, les membres écartés de façon à ne rien toucher, pas même son propre corps. Il ne percevrait rien, et pourtant il saurait qu'il existe. Avicenne en conclut que l'âme se connaît directement, indépendamment du corps.

Voir aussi : Cogito

I

Idée adéquate / inadéquate

SPSpinoza

Une idée adéquate est complète : elle contient en elle-même de quoi expliquer ce qu'elle représente. Une idée inadéquate est partielle et confuse : elle nous montre des effets séparés de leurs causes. Pour Spinoza, l'erreur n'est pas quelque chose de positif : elle n'est qu'un manque de connaissance, celui qu'enveloppent les idées inadéquates.

Voir aussi : Genres de connaissance, Affect

Idée claire et distincte

DEDescartes

Une idée est claire quand elle est présente et manifeste à l'esprit attentif, distincte quand elle est si nettement séparée des autres qu'elle ne contient rien d'obscur. Pour Descartes, tout ce que nous concevons clairement et distinctement est vrai, et c'est la véracité de Dieu qui le garantit.

Voir aussi : Véracité divine, Règles de la méthode

Idée du Bien

PLPlaton

La plus haute des Idées, située au-delà même de l'être. De même que le soleil rend les choses visibles et les fait croître, le Bien rend les Idées connaissables et leur donne leur être. Le connaître est le but de la philosophie et la condition d'un gouvernement juste.

Voir aussi : Idées, Allégorie de la caverne, Philosophe-roi

Idées (Formes)

PLPlaton

Réalités intelligibles, éternelles et immuables, dont les choses sensibles ne sont que des copies imparfaites : il existe beaucoup de belles choses, mais une seule Idée du Beau, qui fait qu'elles sont belles. On ne les perçoit pas par les sens, mais par l'intelligence. Aristote rejettera ce monde séparé : pour lui, la forme est dans la chose même.

Voir aussi : Monde sensible / monde intelligible, Idée du Bien, Forme et matière

Idéologie

MAMarx

Chez Marx, un ensemble d'idées qui reflète les intérêts d'une classe tout en se présentant comme universel et naturel. « Les idées de la classe dominante sont, à chaque époque, les idées dominantes » : elles justifient l'ordre social existant et masquent ses rapports de domination.

Voir aussi : Infrastructure / superstructure, Opium du peuple

Ignorance (avidyā)

ŚAĀdi Śaṅkara

L'ignorance métaphysique qui nous fait prendre le monde multiple et le moi individuel pour la réalité ultime. Ce n'est pas un simple manque d'information, mais une erreur fondamentale sur ce que nous sommes, que seule la connaissance peut dissiper.

Voir aussi : Surimposition, Connaissance libératrice

Il faut cultiver notre jardin

VOVoltaire

Dernière phrase de Candide. Après avoir renoncé aux grandes spéculations sur le sens du monde, Candide et ses compagnons trouvent une forme de sagesse dans le travail concret et utile, qui éloigne de nous « trois grands maux : l'ennui, le vice et le besoin ».

Voir aussi : Critique de l'optimisme

Impératif catégorique

KAKant

Commandement moral qui vaut sans condition, quel que soit le but poursuivi. Sa première formule demande de n'agir que selon une règle (une maxime) dont on pourrait vouloir qu'elle devienne une loi universelle. Une autre demande de traiter l'humanité, en soi comme en autrui, toujours aussi comme une fin, et jamais simplement comme un moyen.

Voir aussi : Impératif hypothétique, Devoir, Autonomie

Impératif hypothétique

KAKant

Commandement conditionnel, du type « si tu veux tel résultat, fais telle chose » : si tu veux être en bonne santé, fais du sport. Il indique le moyen d'atteindre un but, mais ne dit rien de la valeur morale de ce but. Kant l'oppose à l'impératif catégorique.

Voir aussi : Impératif catégorique

Impermanence (anicca)

BOLe Bouddha

Tout ce qui est composé change et finit par disparaître : rien ne demeure identique d'un instant à l'autre. Avec la souffrance et le non-soi, l'impermanence est l'une des trois caractéristiques de toute existence.

Voir aussi : Non-soi, Dukkha

Impressions et idées

HUHume

Pour Hume, tout le contenu de l'esprit se divise en impressions — les sensations et émotions vives, telles que nous les éprouvons — et en idées, qui en sont des copies affaiblies, dans la mémoire ou l'imagination. Pour savoir si une idée a un sens, il faut chercher de quelle impression elle dérive.

Voir aussi : Causalité et habitude, Le moi, faisceau de perceptions

Inconscient

FRFreud

La partie de la vie psychique qui échappe à la conscience et ne s'atteint pas par la simple introspection. Pour Freud, elle est faite de désirs et de souvenirs refoulés, qui continuent d'agir sur nous et se manifestent dans les rêves, les lapsus, les actes manqués et les symptômes.

Voir aussi : Refoulement, Ça, moi, surmoi, Petites perceptions

Infrastructure / superstructure

MAMarx

L'infrastructure est la base économique d'une société : ses forces productives et ses rapports de production. La superstructure comprend le droit, la politique, la religion, la morale et la philosophie. Pour Marx, c'est la base économique qui conditionne la superstructure ; Engels précisera : « en dernière instance ».

Voir aussi : Matérialisme historique, Idéologie

Instrumentalisme

DWJohn Dewey

Le nom que Dewey donne à sa propre version du pragmatisme : les idées et les théories sont des instruments pour résoudre des problèmes et agir sur le monde, non des copies d'une réalité extérieure. On les juge, comme des outils, à leur efficacité.

Voir aussi : Enquête, Critique de la connaissance spectatrice

Intellect agent

IBAvicenne

Notion venue d'Aristote. Pour Avicenne, c'est la dernière des Intelligences célestes, qui illumine l'esprit humain et lui donne les formes intelligibles, c'est-à-dire les idées universelles. Nous ne produisons pas seuls nos connaissances : nous les recevons quand notre esprit est prêt à les accueillir.

Voir aussi : Émanation, Unité de l'intellect

Intériorité

AUAugustin d’Hippone

Pour Augustin, c'est en rentrant en soi-même, et non en se dispersant au-dehors, que l'on trouve la vérité et Dieu. Il s'adresse à Dieu en disant qu'il lui est « plus intime que l'intime de moi-même ». La recherche de la vérité commence par un retour sur soi.

Voir aussi : Temps, distension de l'âme, Foi et raison

Interprétation allégorique (ta'wīl)

AVAverroès

Lorsque le sens littéral d'un texte sacré contredit une démonstration certaine, Averroès estime qu'il faut l'interpréter, en cherchant son sens figuré. Cette lecture est réservée à ceux qui sont capables de démonstration ; la divulguer à tous ne produirait que trouble. On lui a prêté à tort une doctrine de la « double vérité » : pour lui, la vérité est une.

Voir aussi : Foi et raison, Trois classes d'esprits

Ironie socratique

SOSocrate

L'attitude de Socrate qui se présente comme ignorant et interroge son interlocuteur comme s'il attendait de lui une leçon. Peu à peu, les questions révèlent que celui-ci ne sait pas ce qu'il croyait savoir. Le mot vient du grec eirôneia, « dissimulation » : se montrer moins savant qu'on ne le paraît.

Voir aussi : Maïeutique, Savoir de son ignorance

Ironiste libéral

RYRichard Rorty

La figure proposée par Rorty dans Contingence, ironie et solidarité (1989). L'ironiste sait que son propre vocabulaire final est contingent et pourrait être autre ; le libéral pense que la cruauté est la pire chose que nous puissions faire. On peut être les deux à la fois, sans les fonder sur une même théorie.

Voir aussi : Vocabulaire final, Solidarité

J

Jeu de langage

WIWittgenstein

Notion des Recherches philosophiques : parler n'est pas seulement décrire le monde, c'est participer à des activités réglées, comme donner un ordre, raconter une histoire, plaisanter, prier ou remercier. Un mot n'a de sens qu'à l'intérieur d'un tel jeu, lui-même pris dans une forme de vie.

Voir aussi : La signification, c'est l'usage, Forme de vie

Jeûne du cœur (xinzhai)

ZHZhuangzi

Pratique décrite par Zhuangzi : vider son esprit des opinions, des désirs et des savoirs accumulés, pour devenir disponible comme le vide, qui accueille toute chose. Il s'agit d'écouter non avec les oreilles, ni même avec l'esprit, mais avec le souffle (qi).

Voir aussi : Vide, Libre vagabondage

Juste milieu

ARAristote

La vertu morale est une disposition à choisir le juste milieu entre deux vices, l'un par excès, l'autre par défaut : le courage se situe entre la témérité et la lâcheté, la générosité entre la prodigalité et l'avarice. Ce milieu n'est pas une moyenne mathématique : il dépend de la situation et se discerne par la prudence.

Voir aussi : Prudence, Habitus

K

Karma

BOLe Bouddha ŚAĀdi Śaṅkara

Mot sanskrit qui signifie « action ». Chaque acte intentionnel laisse une trace et produit des effets, dans cette vie ou dans une autre. Pour le Bouddha, c'est l'intention qui fait le karma. Pour Śaṅkara, le karma gouverne le monde de l'expérience, mais aucune action ne peut produire la libération, qui relève de la seule connaissance.

Voir aussi : Saṃsāra, Libération

L

L'Autre

BESimone de Beauvoir

Pour Simone de Beauvoir, la femme a été constituée comme l'Autre de l'homme : l'homme se pose comme le Sujet, la référence, l'essentiel, et la femme est définie par rapport à lui, comme l'inessentiel. Cette relation n'a rien de naturel ; elle est le produit de l'histoire.

Voir aussi : On ne naît pas femme, on le devient

L'existence précède l'essence

SAJean-Paul Sartre BESimone de Beauvoir

Formule centrale de l'existentialisme. Un objet fabriqué, comme un coupe-papier, a une essence définie avant d'exister : l'artisan sait d'avance ce qu'il sera. L'homme, au contraire, existe d'abord, puis se définit par ses choix et ses actes ; il n'y a pas de nature humaine fixée d'avance. Simone de Beauvoir en tire notamment qu'il n'y a pas de « nature féminine ».

Voir aussi : Condamné à être libre, On ne naît pas femme, on le devient

La mort n'est rien pour nous

EPIÉpicure

Argument d'Épicure contre la peur de la mort : tout bien et tout mal résident dans la sensation, et la mort est la fin de toute sensation. Tant que nous sommes là, la mort n'est pas là ; quand la mort est là, nous ne sommes plus. Il n'y a donc rien à craindre en elle.

Voir aussi : Quadruple remède, Atomisme

La pesanteur et la grâce

WESimone Weil

Titre d'un recueil de pensées de Simone Weil, publié après sa mort. La pesanteur désigne tout ce qui, en nous, tire vers le bas par une sorte de loi naturelle : l'égoïsme, la recherche de compensation, la soumission à la force. Seule la grâce, qui vient d'ailleurs, peut élever l'âme au-dessus de cette loi.

Voir aussi : Décréation, Grâce

La raison, esclave des passions

HUHume

Formule du Traité de la nature humaine : la raison seule ne peut jamais nous pousser à agir ; elle nous indique seulement les moyens d'atteindre ce que nos passions désirent. Ce sont les sentiments, et notamment le sentiment moral, qui nous font agir et juger du bien et du mal.

Voir aussi : Sympathie, De l'être au devoir-être

La signification, c'est l'usage

WIWittgenstein

Dans la plupart des cas, la signification d'un mot est son usage dans le langage. Au lieu de chercher ce que « désigne » un mot, comme une étiquette collée sur une chose, il faut regarder comment on s'en sert. Wittgenstein critique ainsi la conception qu'il avait lui-même défendue dans le Tractatus.

Voir aussi : Jeu de langage, Tractatus

Langage privé

WIWittgenstein

Un langage que seul celui qui le parle pourrait comprendre, parce qu'il désignerait ses sensations intimes. Wittgenstein soutient qu'un tel langage est impossible : suivre une règle, même pour nommer sa propre douleur, suppose une pratique publique, où l'on peut distinguer le fait de suivre correctement la règle et le simple fait de croire la suivre.

Voir aussi : Forme de vie

Le moi, faisceau de perceptions

HUHume

Quand Hume regarde en lui-même, il ne trouve jamais un « moi » stable, mais seulement telle perception particulière : chaud ou froid, plaisir ou douleur. Le moi n'est qu'un faisceau de perceptions qui se succèdent à toute vitesse, dont l'imagination fabrique l'unité.

Voir aussi : Impressions et idées, Non-soi

Le royaume de Dieu est en vous

TOTolstoï

Titre d'un essai de Tolstoï (1894). Le christianisme véritable, débarrassé des dogmes, des miracles et des rites ajoutés par l'Église, n'est pas une institution mais une manière de vivre : il se vérifie à la vie qu'il transforme, non aux cérémonies.

Voir aussi : Non-résistance au mal par la violence

Léviathan

HOThomas Hobbes

Monstre marin de la Bible, dont Hobbes fait l'image de l'État : un « dieu mortel » formé de la multitude des citoyens, à qui ils ont confié leur puissance pour garantir la paix. Son autorité doit être absolue et indivisible, car un pouvoir partagé retombe dans la guerre civile ; mais s'il ne protège plus la vie des sujets, ceux-ci ne lui doivent plus obéissance.

Voir aussi : Contrat social, Guerre de tous contre tous

Li (les rites)

KOConfucius MEMencius

Les rites au sens large : cérémonies, mais aussi politesse, usages et convenances qui règlent la vie sociale. Pour Confucius, ce ne sont pas des formalités vides : ils donnent forme à l'humanité (ren) et éduquent les sentiments. Mencius en fait l'une des quatre vertus, issue du germe du respect.

Voir aussi : Ren, Piété filiale

Libération (mokṣa)

ŚAĀdi Śaṅkara

La délivrance du cycle des renaissances. Pour Śaṅkara, aucune action, aucun rite, aucune dévotion ne suffit à la produire, car elle n'est pas un état nouveau à atteindre : elle est la reconnaissance de ce qui a toujours été le cas, l'identité du Soi et de Brahman.

Voir aussi : Connaissance libératrice, Ātman, Karma

Liberté incréée

BRBerdiaev

Pour Berdiaev, inspiré du mystique Jakob Böhme, la liberté est plus originelle que l'être, et même que Dieu : elle surgit d'un abîme sans fond (Ungrund), que Dieu n'a pas créé. C'est pourquoi le mal, qui naît de cette liberté, ne peut être imputé à Dieu.

Voir aussi : Personne / individu, Acte créateur

Liberté intérieure

EPÉpictète

Pour Épictète, lui-même ancien esclave, est libre celui qui ne désire que ce qui dépend de lui : rien ne peut alors l'empêcher ni le contraindre. Le maître riche, prisonnier de ses désirs et de ses craintes, est plus esclave que l'esclave qui maîtrise ses jugements.

Voir aussi : Ce qui dépend de nous, Faculté de choix

Libido

FRFreud

L'énergie des pulsions sexuelles, au sens large que Freud donne à la sexualité, qui inclut la recherche de plaisir dès l'enfance. Elle peut s'investir dans des objets très différents et se transformer.

Voir aussi : Pulsion, Sublimation

Libre arbitre

AUAugustin d’Hippone

La capacité de choisir, que Dieu a donnée à l'homme. Pour Augustin, c'est le mauvais usage du libre arbitre, et non Dieu, qui est la cause du mal moral. Mais depuis le péché, la volonté est comme captive : libre en principe, elle a besoin de la grâce pour se tourner vraiment vers le bien.

Voir aussi : Grâce, Mal comme privation

Libre vagabondage (xiaoyao you)

ZHZhuangzi

Le « libre et heureux vagabondage », titre du premier chapitre du Zhuangzi : l'esprit qui ne s'attache ni au moi, ni au mérite, ni au renom, et se meut librement. Le grand oiseau Peng, qui s'élève à des hauteurs que la petite caille ne peut concevoir, en donne une première image.

Voir aussi : Utilité de l'inutile, Jeûne du cœur

Ligne de fuite

DLDeleuze

Le chemin par lequel quelque chose échappe à un système, à une organisation ou à un pouvoir. Fuir n'est pas renoncer à agir : c'est inventer, tracer une voie nouvelle par laquelle un système se défait.

Voir aussi : Déterritorialisation

Loi naturelle

TAThomas d’Aquin HOThomas Hobbes

Pour Thomas d'Aquin, la loi naturelle est la participation de la loi éternelle de Dieu dans la créature raisonnable : un ensemble de principes moraux que chacun peut connaître par la seule raison, avant toute révélation, le premier étant qu'il faut faire le bien et éviter le mal. Chez Hobbes, les lois de nature sont des règles que la raison découvre pour assurer la paix, la première étant de rechercher la paix quand on peut l'espérer.

Voir aussi : Foi et raison, État de nature

Lutte des classes

MAMarx

« L'histoire de toute société jusqu'à nos jours est l'histoire de luttes de classes », écrivent Marx et Engels dans le Manifeste. Hommes libres et esclaves, seigneurs et serfs, bourgeois et prolétaires : les groupes sociaux aux intérêts opposés s'affrontent, et ces conflits sont le moteur de l'histoire.

Voir aussi : Prolétariat, Matérialisme historique

M

Machiavélisme

MCMachiavel

Mot formé après Machiavel pour désigner une ruse politique cynique et sans scrupule. Ce sens courant trahit en partie sa pensée : Machiavel décrit lucidement les moyens du pouvoir, mais il les subordonne au salut de l'État et à la liberté de la cité.

Voir aussi : Être craint plutôt qu'aimé, Vérité effective de la chose

Madhyamaka (école du milieu)

NANagarjuna

L'« école du milieu », issue de la pensée de Nagarjuna, qui en est le premier grand maître. Elle prolonge la voie du milieu du Bouddha en refusant à la fois l'idée que les choses existent par elles-mêmes et l'idée qu'elles n'existent pas du tout.

Voir aussi : Voie du milieu, Vacuité, Tétralemme

Maïeutique

SOSocrate

« L'art de faire accoucher » : Socrate, fils de sage-femme, se compare à une accoucheuse des esprits. Par ses questions, il n'enseigne pas un savoir tout fait, mais aide son interlocuteur à faire naître de lui-même les idées qu'il porte, et à distinguer les vraies des fausses.

Voir aussi : Ironie socratique, Réfutation

Mal comme privation

AUAugustin d’Hippone TAThomas d’Aquin

Le mal n'est pas une chose, une substance qui existerait par elle-même : il est l'absence d'un bien qui devrait être là, comme la cécité est l'absence de la vue. Augustin, qui avait d'abord adhéré au manichéisme, pour lequel le mal était une puissance réelle opposée au bien, en vint à cette thèse : tout ce qui existe est bon en tant qu'il existe. Thomas d'Aquin la reprend.

Voir aussi : Péché originel, Libre arbitre

Malaise dans la civilisation

FRFreud

Titre d'un essai de Freud (1930). La civilisation exige que les hommes renoncent à la satisfaction de leurs pulsions, sexuelles et agressives ; ce renoncement produit un sentiment de culpabilité et une insatisfaction qui ne sont pas accidentels, mais inhérents à la vie civilisée.

Voir aussi : Pulsion de mort, Sublimation

Malheur

WESimone Weil

Pour Simone Weil, le malheur se distingue de la simple souffrance : il saisit l'âme tout entière, la marque de l'esclavage et la réduit à l'état de chose. Il peut pourtant, si l'on ne le fuit ni ne le nie, devenir un chemin vers Dieu.

Voir aussi : Force, Attention

Mandat du Ciel

MEMencius

Le principe selon lequel le Ciel confie le pouvoir à un souverain tant qu'il gouverne avec vertu et prend soin du peuple. Pour Mencius, un tyran qui opprime son peuple perd ce mandat : le renverser n'est pas tuer un souverain, mais punir un simple malfaiteur.

Voir aussi : Gouvernement par la vertu

Matérialisme

DIDiderot

La thèse selon laquelle il n'existe que de la matière, diversement organisée. Pour Diderot, la pensée et la sensibilité ne viennent pas d'une âme séparée : elles émergent de la matière quand elle est organisée d'une certaine manière, comme dans un être vivant. Il imagine même une sensibilité diffuse dans toute la matière.

Voir aussi : Déterminisme, Matérialisme historique

Matérialisme historique

MAMarx NKKwame Nkrumah

La conception de l'histoire de Marx (l'expression est d'Engels) : ce ne sont pas les idées qui mènent le monde, mais les conditions matérielles de la vie, c'est-à-dire la manière dont les hommes produisent leurs moyens d'existence. « Ce n'est pas la conscience des hommes qui détermine leur être, c'est inversement leur être social qui détermine leur conscience. » Nkrumah s'appuie sur ce matérialisme pour penser la libération de l'Afrique.

Voir aussi : Infrastructure / superstructure, Lutte des classes, Dialectique

Mauvaise foi

SAJean-Paul Sartre BESimone de Beauvoir

La manière de se mentir à soi-même pour fuir sa liberté, en se faisant chose : invoquer sa nature, son caractère ou les circonstances, comme si elles décidaient à notre place. Sartre en donne l'exemple du garçon de café qui joue à être garçon de café, comme s'il ne pouvait être que cela.

Voir aussi : Condamné à être libre, En-soi / pour-soi

Maxime pragmatiste

PECharles Sanders Peirce

La règle par laquelle Peirce propose de rendre nos idées claires : pour savoir ce que signifie une conception, il faut considérer quels effets pratiques concevables son objet pourrait avoir. Toute notre conception de l'objet est dans notre conception de ces effets. Dire qu'une chose est « dure », par exemple, c'est dire que beaucoup d'autres choses ne pourront pas la rayer.

Voir aussi : Pragmatisme, Croyance et doute

Māyā / mithyā

ŚAĀdi Śaṅkara

Le statut du monde selon Śaṅkara : il n'est pas réel au sens absolu, puisque seul Brahman l'est, mais il n'est pas non plus purement irréel, comme un cercle carré, puisqu'il apparaît et fonctionne. On le dit mithyā, « illusoire » : ni réel ni irréel, il est indéterminable (anirvacanīya), comparable à un rêve tant qu'on ne s'est pas éveillé. Māyā désigne la puissance d'illusion qui fait apparaître cette multiplicité.

Voir aussi : Surimposition, Deux vérités

Meilleur des mondes possibles

LELeibniz VOVoltaire

Dieu, infiniment bon, sage et puissant, a choisi de créer, parmi tous les mondes possibles qu'il concevait, le meilleur : non pas un monde sans mal, mais celui où le mal est la condition d'une plus grande perfection d'ensemble. Voltaire a tourné cette thèse en dérision dans Candide, à travers le personnage de Pangloss.

Voir aussi : Théodicée, Critique de l'optimisme

Mesure (pensée de midi)

CACamus

La « pensée de midi », inspirée de la Grèce et de la Méditerranée, que Camus oppose aux idéologies de la démesure : une pensée qui connaît ses limites, refuse l'absolu et maintient la tension entre la révolte et le respect de la vie.

Voir aussi : Révolte

Métaphore de l'acteur

EPÉpictète

Image du Manuel : tu es l'acteur d'une pièce dont l'auteur a choisi ton rôle, court ou long, de mendiant, de boiteux ou de magistrat. Choisir le rôle ne t'appartient pas ; ton affaire est de bien jouer celui qui t'a été donné.

Voir aussi : Vivre selon la nature

Miroir de la nature

RYRichard Rorty

Image critiquée par Rorty dans L'Homme spéculaire (1979) : l'esprit serait comme un miroir chargé de refléter fidèlement la réalité, et la philosophie aurait pour tâche de vérifier la qualité de ce reflet. Rorty propose d'abandonner cette métaphore, héritée de Platon et de Descartes, plutôt que de la réfuter.

Voir aussi : Vocabulaire final, Critique de la connaissance spectatrice

Mode

SPSpinoza

Ce qui existe en autre chose et se comprend par autre chose. Les choses singulières — une pierre, un arbre, un être humain — sont des modes de l'unique substance : des manières d'être de Dieu, ou de la Nature, sous un attribut déterminé.

Voir aussi : Substance, Attribut

Monade

LELeibniz

Du grec monas, « unité ». Pour Leibniz, la réalité est faite de substances simples, sans parties, les monades. Elles n'ont « point de fenêtres » par où quelque chose pourrait entrer ou sortir. Chacune reflète pourtant l'univers entier depuis son propre point de vue, comme une ville vue de différents côtés.

Voir aussi : Harmonie préétablie, Petites perceptions

Monde sensible / monde intelligible

PLPlaton

Les deux niveaux de réalité chez Platon. Le monde sensible, perçu par les sens, est changeant et ne donne lieu qu'à des opinions. Le monde intelligible, celui des Idées, est stable et objet d'une véritable connaissance. Le premier n'est que l'image du second.

Voir aussi : Idées, Opinion / science, Allégorie de la caverne

Morale de l'ambiguïté

BESimone de Beauvoir

Notion tirée de Pour une morale de l'ambiguïté (1947), un essai de Simone de Beauvoir. L'homme est ambigu : à la fois libre et pris dans un corps, un monde et une histoire. Une morale existentialiste ne fuit pas cette ambiguïté ; elle demande de vouloir sa liberté, ce qui implique de vouloir aussi celle des autres.

Voir aussi : Situation, Mauvaise foi

Morale des maîtres / morale des esclaves

NINietzsche

La morale des maîtres naît d'une affirmation de soi : est « bon » ce qui est noble, fort, fier. La morale des esclaves naît du ressentiment : elle commence par dire non à ce qui lui est supérieur et appelle « bien » l'humilité, la pitié et l'obéissance. Pour Nietzsche, la morale chrétienne est de ce second type.

Voir aussi : Ressentiment, Généalogie

Morale par provision

DEDescartes

Les règles de conduite provisoires que Descartes se donne pendant qu'il reconstruit le savoir, pour ne pas rester irrésolu dans l'action : obéir aux lois et coutumes de son pays, être ferme dans ses décisions une fois prises, et chercher à se vaincre soi-même plutôt que la fortune.

Voir aussi : Règles de la méthode

Mort de Dieu

NINietzsche

Annonce faite par un « insensé » dans Le Gai Savoir : « Dieu est mort, et c'est nous qui l'avons tué. » Nietzsche ne prouve pas que Dieu n'existe pas ; il constate que la croyance en Dieu ne fonde plus nos valeurs. C'est un événement immense, qui menace l'homme de nihilisme mais lui ouvre aussi la possibilité de créer de nouvelles valeurs.

Voir aussi : Nihilisme, Transvaluation des valeurs

N

Natalité

HAHannah Arendt

Le fait que chaque être humain, en naissant, est un nouveau commencement. Pour Arendt, c'est ce qui rend l'action possible : les hommes peuvent toujours commencer quelque chose de neuf et d'imprévisible, et c'est ce qui fonde l'espoir dans les affaires humaines.

Voir aussi : Travail, œuvre, action, Pluralité

Nature naturante / nature naturée (natura naturans / natura naturata)

SPSpinoza

Deux façons de considérer la même Nature. La nature naturante, c'est Dieu en tant que cause, la puissance qui produit tout par la seule nécessité de sa nature. La nature naturée, c'est l'ensemble de ce qui suit de cette puissance : tous les modes, toutes les choses produites. Il n'y a pas un créateur d'un côté et un monde de l'autre, mais une seule réalité vue comme cause et comme effet.

Voir aussi : Deus sive Natura, Mode

Nature propre (svabhāva)

NANagarjuna

L'existence par soi, indépendante de toute autre chose, que nous prêtons spontanément aux objets, aux personnes et à nous-mêmes. Nagarjuna montre qu'aucune chose ne la possède : ce qui dépend d'autre chose ne peut exister par soi seul.

Voir aussi : Vacuité, Production conditionnée

Néo-colonialisme

NKKwame Nkrumah

Pour Kwame Nkrumah, la forme la plus dangereuse de l'impérialisme : un État a toutes les apparences de la souveraineté — drapeau, armée, siège à l'ONU —, mais sa politique économique est dictée de l'extérieur par d'anciennes puissances coloniales ou des intérêts financiers étrangers. Il l'analyse dans Le Néo-colonialisme, dernier stade de l'impérialisme (1965).

Voir aussi : Panafricanisme, Consciencisme

Neveu de Rameau

DIDiderot

Dialogue de Diderot entre « Moi », le philosophe raisonnable, et « Lui », le neveu du musicien Rameau, bohème cynique et génial. Il montre une personnalité traversée de contradictions, et met à l'épreuve les certitudes morales de son temps.

Voir aussi : Paradoxe sur le comédien

Nihilisme

NINietzsche

La situation où les valeurs suprêmes se dévalorisent : plus rien ne semble avoir de sens ni de but. Pour Nietzsche, c'est la conséquence de la mort de Dieu, mais aussi le fond caché d'une morale qui méprisait déjà la vie au nom d'un autre monde. Il s'agit de le traverser pour créer de nouvelles valeurs.

Voir aussi : Mort de Dieu, Transvaluation des valeurs

Nirvāṇa

BOLe Bouddha NANagarjuna

Littéralement « extinction », comme celle d'une flamme qui n'est plus alimentée. C'est la cessation de la soif, de la haine et de l'illusion, et donc de la souffrance et du cycle des renaissances. Ce n'est ni un lieu ni un paradis, mais un état de paix délivré. Nagarjuna ajoute que le nirvāṇa ne diffère pas du saṃsāra par sa nature : ce qui change, c'est la manière juste de voir les choses.

Voir aussi : Saṃsāra, Quatre nobles vérités, Éveil

Noble sentier octuple

BOLe Bouddha

La voie qui mène à la fin de la souffrance, en huit aspects pratiqués ensemble : compréhension juste, intention juste, parole juste, action juste, moyens d'existence justes, effort juste, attention juste et concentration juste. « Juste » signifie ici approprié, ce qui conduit à l'apaisement.

Voir aussi : Quatre nobles vérités, Voie du milieu

Non-résistance au mal par la violence

TOTolstoï

Pour Tolstoï, le cœur de l'enseignement du Christ, tiré du Sermon sur la montagne : ne pas répondre au mal par le mal, ni à la violence par la violence. Cette idée, qui condamne aussi la guerre et les tribunaux, a inspiré Gandhi, avec qui Tolstoï a correspondu.

Voir aussi : Le royaume de Dieu est en vous, Critique de l'État

Non-soi (anattā)

BOLe Bouddha

L'absence de soi : il n'existe pas en nous de moi permanent, fixe et séparé. Ce que nous appelons « moi » est un assemblage changeant de cinq composantes — le corps, les sensations, les perceptions, les formations mentales et la conscience. Se croire un soi immuable nourrit l'attachement et donc la souffrance.

Voir aussi : Impermanence, Production conditionnée

Nul n'est méchant volontairement

SOSocrate

Thèse de Socrate selon laquelle personne ne fait le mal en le sachant : celui qui agit mal se trompe sur ce qui est réellement bon pour lui. La vertu est donc une forme de savoir, et le vice une ignorance ; l'éducation et l'examen de soi sont les remèdes du mal.

Voir aussi : Soin de l'âme, Savoir de son ignorance

O

Objectivation

BRBerdiaev

Le processus par lequel l'esprit, vivant et libre, se fige en monde d'objets soumis à la nécessité, à l'impersonnel et au collectif. Pour Berdiaev, ce monde objectivé est une chute de l'esprit ; la tâche de l'existence est de le percer vers la liberté et la communion véritables.

Voir aussi : Personne / individu

Œil transparent

EMRalph Waldo Emerson

Image de l'essai Nature (1836) : seul dans les bois, Emerson dit devenir « un œil transparent ». Il n'est plus rien, il voit tout ; les courants de l'Être universel circulent à travers lui. C'est l'expérience d'une fusion avec la nature, débarrassée de l'égoïsme.

Voir aussi : Sur-Âme, Transcendantalisme américain

On ne naît pas femme, on le devient

BESimone de Beauvoir

Phrase célèbre du Deuxième Sexe (1949). Ce que l'on appelle « nature féminine » n'est pas un destin biologique, mais le résultat d'une éducation, d'une histoire et d'une situation sociale. Aucun destin biologique, psychique ou économique ne définit à lui seul la figure de la femme dans la société.

Voir aussi : L'Autre, L'existence précède l'essence, Situation

Onzième thèse sur Feuerbach

MAMarx

« Les philosophes n'ont fait qu'interpréter le monde de différentes manières ; ce qui importe, c'est de le transformer. » Par cette phrase célèbre, Marx demande que la pensée devienne pratique, c'est-à-dire action sur le monde.

Voir aussi : Matérialisme historique

Opinion / science (doxa / épistémè)

PLPlaton

L'opinion porte sur le monde sensible et changeant : elle peut être vraie par hasard, mais elle ne sait pas rendre raison d'elle-même. La science porte sur les Idées : elle est stable parce qu'elle connaît les causes. Toute la philosophie de Platon vise à passer de l'une à l'autre.

Voir aussi : Monde sensible / monde intelligible, Idées

Opium du peuple

MAMarx

Formule de Marx sur la religion, qu'il appelle aussi « le soupir de la créature opprimée ». La religion console de la misère réelle tout en détournant de la combattre : critiquer la religion, c'est d'abord critiquer le monde qui a besoin de cette consolation.

Voir aussi : Idéologie

Origine de l'inégalité

RORousseau

Pour Rousseau, il existe bien des différences naturelles entre les hommes, de force ou de santé, mais elles comptent peu. La véritable inégalité, morale et politique, n'est pas naturelle : elle naît de la société, et surtout de l'institution de la propriété. « Le premier qui, ayant enclos un terrain, s'avisa de dire : Ceci est à moi, et trouva des gens assez simples pour le croire, fut le vrai fondateur de la société civile. »

Voir aussi : Amour de soi / amour-propre, Perfectibilité

P

Panafricanisme

NKKwame Nkrumah

Le projet d'unité politique de l'Afrique. Pour Nkrumah, l'indépendance de chaque État africain isolé reste fragile tant qu'elle n'est pas doublée d'un gouvernement uni du continent, seule échelle à laquelle l'Afrique peut résister aux puissances qui la dominent une à une. Son livre L'Afrique doit s'unir (1963) en est le manifeste.

Voir aussi : Néo-colonialisme

Paradoxe sur le comédien

DIDiderot

Thèse de Diderot : le grand acteur n'est pas celui qui éprouve réellement les émotions de son personnage, mais celui qui garde la tête froide et les imite avec art. Paradoxalement, c'est le manque de sensibilité sur scène qui permet d'émouvoir le plus le public.

Péché originel

AUAugustin d’Hippone

La faute d'Adam et Ève qui, selon Augustin, s'est transmise à toute l'humanité et a blessé la nature humaine : l'ignorance et le désir déréglé (la concupiscence) en sont les suites. Depuis lors, sans l'aide de Dieu, l'homme ne peut plus vouloir efficacement le bien.

Voir aussi : Grâce, Libre arbitre

Penser

HAHannah Arendt

Pour Arendt, penser est un dialogue silencieux avec soi-même, qui nous oblige à vivre en accord avec celui que nous sommes. Ce n'est pas un privilège de savants : c'est une capacité de chacun, et son absence rend possible la banalité du mal.

Voir aussi : Banalité du mal

Perfectibilité

RORousseau

La faculté de se perfectionner, qui distingue l'homme de l'animal. C'est elle qui a permis le développement des arts, des sciences et de la raison ; mais elle est aussi, selon Rousseau, la source de tous les malheurs de l'homme, qui l'a arraché à son état originel paisible.

Voir aussi : Origine de l'inégalité

Personne / individu

BRBerdiaev

Berdiaev distingue l'individu, catégorie biologique et sociale, simple partie de l'espèce ou de la société, et la personne, réalité spirituelle, libre et créatrice, qui ne peut être absorbée par aucune totalité — ni la société, ni l'État, ni la race, ni l'Église instituée.

Voir aussi : Liberté incréée, Objectivation

Perspectivisme

NINietzsche

L'idée qu'il n'existe pas de point de vue de nulle part : toute connaissance est une interprétation, faite depuis une perspective et au service d'une forme de vie. « Il n'y a pas de faits, seulement des interprétations », note Nietzsche dans ses fragments posthumes.

Voir aussi : Volonté de puissance

Petites perceptions

LELeibniz

Perceptions trop faibles pour être remarquées une à une, mais dont la somme produit un effet conscient : le bruit de la mer est fait du bruit de chaque vague, que nous n'entendons pas séparément. La nature ne fait jamais de saut : entre le conscient et l'inconscient, il y a une infinité de degrés.

Voir aussi : Monade, Inconscient

Phénomène

KAKant

La chose telle qu'elle nous apparaît, mise en forme par l'espace, le temps et les catégories de notre esprit. Nous ne connaissons que des phénomènes : c'est le domaine de la science, qui est certaine justement parce qu'elle se limite à l'expérience possible.

Voir aussi : Chose en soi, Catégories

Philosophe-roi

PLPlaton

Thèse de la République : les maux des cités ne cesseront pas tant que les philosophes ne seront pas rois, ou que les rois ne seront pas philosophes. Seul celui qui connaît le Bien peut gouverner avec justice.

Voir aussi : Idée du Bien, Tripartition de l'âme

Philosophie comme thérapie

WIWittgenstein

Pour le second Wittgenstein, les problèmes philosophiques naissent quand le langage « tourne à vide », détaché de son usage ordinaire. La tâche du philosophe n'est pas de construire une théorie, mais de dissiper ces confusions. À la question « Quel est ton but en philosophie ? », il répond : « Montrer à la mouche l'issue par où s'échapper du piège à mouches. »

Voir aussi : La signification, c'est l'usage, Tractatus

Piété filiale (xiao)

KOConfucius

Le respect et le soin dus aux parents, de leur vivant comme après leur mort. Confucius y voit la racine des vertus sociales : qui apprend à honorer ses parents apprend à respecter l'ordre de la famille, puis celui de la société.

Voir aussi : Li, Ren

Pitié

RORousseau

Une répugnance naturelle à voir souffrir tout être sensible, et surtout nos semblables. Antérieure à la raison, elle tempère dans l'état de nature l'amour de soi, et elle est la source des vertus sociales.

Voir aussi : Amour de soi / amour-propre, Bonté naturelle, Sympathie

Plan d'immanence

DLDeleuze

Il n'existe pour Deleuze qu'un seul plan de réalité, sans au-delà : ni Dieu, ni sujet souverain, ni modèle idéal ne fondent le réel depuis l'extérieur. Le plan d'immanence est le sol sur lequel la philosophie crée ses concepts. Deleuze voit en Spinoza le « prince des philosophes » pour avoir pensé cette immanence.

Voir aussi : Création de concepts, Deus sive Natura

Pluralisme

JAWilliam James

Pour James, l'univers n'est pas un bloc rationnel achevé, où tout serait déjà déterminé, mais un monde pluriel et inachevé, où la nouveauté, le hasard et l'effort humain comptent vraiment. L'avenir n'y est pas écrit d'avance.

Voir aussi : Empirisme radical

Pluralité

HAHannah Arendt

Le fait que ce sont des hommes, et non l'Homme, qui habitent la terre : chacun est unique, et pourtant tous sont égaux. Pour Arendt, la pluralité est la condition de toute vie politique ; le pouvoir naît quand les hommes agissent ensemble.

Voir aussi : Pouvoir et violence, Travail, œuvre, action

Plus-value

MAMarx

La différence entre la valeur que produit un travailleur et le salaire qu'il reçoit. L'ouvrier vend sa force de travail pour une journée, mais en une partie de la journée il produit déjà l'équivalent de son salaire ; le reste du temps, il travaille sans être payé. Cette valeur supplémentaire, appropriée par le capitaliste, est selon Marx la source du profit.

Voir aussi : Force de travail, Capital

Postulats de la raison pratique

KAKant

La liberté, l'immortalité de l'âme et l'existence de Dieu. On ne peut pas les démontrer, car ils dépassent toute expérience, mais la morale exige de les supposer. Ce ne sont pas des connaissances : ce sont des conditions que la raison pratique admet pour que la loi morale ait un sens.

Voir aussi : Antinomie, Chose en soi

Pouvoir et violence

HAHannah Arendt

Arendt distingue nettement le pouvoir, qui naît de la capacité des hommes à agir ensemble et repose sur leur accord, et la violence, qui s'appuie sur des instruments et peut détruire le pouvoir, mais jamais le créer. Là où la violence règne seule, le pouvoir a disparu.

Voir aussi : Pluralité

Pragmatisme

PECharles Sanders Peirce JAWilliam James DWJohn Dewey RYRichard Rorty

Courant philosophique né aux États-Unis à la fin du XIXᵉ siècle, qui juge les idées à leurs effets pratiques. Peirce en a donné la première formule, comme méthode pour clarifier le sens des concepts. James l'a étendu à la vérité elle-même : est vrai ce qui réussit dans l'expérience. Dewey en a fait une théorie de l'enquête et de l'action. Rorty l'a radicalisé : il faut cesser de chercher une vérité qui correspondrait à la réalité.

Voir aussi : Maxime pragmatiste, Vérité, Enquête, Vocabulaire final

Premier moteur

ARAristote TAThomas d’Aquin

Le principe premier de tout mouvement dans l'univers : un être éternel et immobile, qui meut sans être mû, à la manière d'un objet aimé qui attire sans bouger. Aristote le décrit comme une pensée qui se pense elle-même. Thomas d'Aquin s'en inspire dans la première de ses cinq voies vers Dieu.

Voir aussi : Acte et puissance, Cinq voies

Principe de raison suffisante

LELeibniz

Rien n'arrive sans qu'il y ait une raison pour laquelle cela est ainsi plutôt qu'autrement, même si cette raison nous reste le plus souvent inconnue. Avec le principe de contradiction, c'est l'un des deux grands principes de nos raisonnements selon Leibniz.

Voir aussi : Vérités de raison / vérités de fait, Meilleur des mondes possibles

Principe des indiscernables

LELeibniz

Il n'existe pas dans la nature deux êtres parfaitement identiques : deux choses qui ne différeraient en rien ne seraient pas deux, mais une seule. Leibniz raconte qu'un gentilhomme, mis au défi par l'Électrice de Hanovre, chercha en vain dans tout un jardin deux feuilles d'arbre exactement semblables.

Voir aussi : Monade

Problème de l'induction

HUHume

Rien ne garantit logiquement que l'avenir ressemblera au passé : que le soleil se soit levé chaque jour ne prouve pas qu'il se lèvera demain. Nous le croyons par habitude, non par raisonnement. Hume ne nous invite pas à cesser de le croire, mais à reconnaître que notre savoir sur les faits n'atteint jamais la certitude d'une démonstration.

Voir aussi : Causalité et habitude, Scepticisme mitigé

Production conditionnée (pratītyasamutpāda)

BOLe Bouddha NANagarjuna

Le principe selon lequel tout phénomène surgit en dépendance d'autres phénomènes : ceci étant, cela est ; ceci cessant, cela cesse. Rien n'existe par soi seul. Le Bouddha y voit l'enchaînement des causes qui produit la souffrance ; Nagarjuna en conclut que toutes les choses sont vides de nature propre.

Voir aussi : Vacuité, Non-soi, Nature propre

Prolétariat

MAMarx

La classe des travailleurs salariés, qui ne possèdent pas les moyens de production et doivent vendre leur force de travail pour vivre. Pour Marx, elle est appelée à renverser la bourgeoisie et à abolir les classes elles-mêmes.

Voir aussi : Lutte des classes, Communisme

Prudence (phronèsis)

ARAristote

La sagesse pratique : la capacité de bien délibérer sur ce qui est bon, pour soi et pour les autres, dans une situation concrète. Elle ne s'apprend pas seulement dans les livres, mais par l'expérience ; c'est elle qui permet de discerner le juste milieu.

Voir aussi : Juste milieu

Pu (le bois brut)

LALaozi

Le bois qui n'a pas encore été taillé : image de la simplicité originelle, d'avant les distinctions, les désirs et les savoirs artificiels. Revenir au bois brut, c'est retrouver une vie simple, sans ambition ni artifice.

Voir aussi : Ziran, Vide

Pulsion

FRFreud

Une poussée interne, à la frontière du corps et de l'esprit, qui oriente l'activité vers un but : obtenir une satisfaction. À la différence de l'instinct animal, elle n'a pas d'objet fixé d'avance et peut changer d'objet ou de but.

Voir aussi : Libido, Pulsion de mort, Sublimation

Pulsion de mort

FRFreud

Notion introduite par Freud en 1920 dans Au-delà du principe de plaisir : une tendance à la destruction et au retour à l'état inanimé, tournée contre soi ou contre les autres. Elle s'oppose à Éros, les pulsions de vie, qui tendent à unir et à conserver. On l'appelle parfois Thanatos, mot que Freud n'a guère employé lui-même.

Voir aussi : Éros, Malaise dans la civilisation

Q

Quadruple remède (tetrapharmakos)

EPIÉpicure

Résumé de la doctrine d'Épicure en quatre maximes : les dieux ne sont pas à craindre ; la mort n'est pas à redouter ; le bien est facile à obtenir ; le mal est facile à supporter.

Voir aussi : La mort n'est rien pour nous, Classification des désirs

Quatre causes

ARAristote

Pour comprendre une chose, il faut répondre à quatre questions. La cause matérielle : de quoi est-elle faite (le bronze d'une statue) ? La cause formelle : qu'est-elle, quelle est sa forme ? La cause motrice : qui ou quoi l'a produite (le sculpteur) ? La cause finale : en vue de quoi existe-t-elle ? Contre ceux qui la jugent illusoire, Aristote tient la cause finale pour bien réelle dans la nature.

Voir aussi : Forme et matière, Acte et puissance

Quatre germes

MEMencius

Les quatre dispositions morales présentes en tout être humain : la compassion, la honte du mal, le respect et le sens du vrai et du faux. Cultivées, elles deviennent les quatre vertus : humanité, justice, rites et sagesse. Mencius en donne un exemple célèbre : quiconque voit un enfant sur le point de tomber dans un puits ressent aussitôt de la compassion, sans aucun calcul.

Voir aussi : Bonté de la nature humaine, Ren, Yi

Quatre nobles vérités

BOLe Bouddha

Le cœur de l'enseignement du Bouddha, formulé à la manière d'un diagnostic médical : la vie comporte la souffrance (dukkha) ; la souffrance a une cause, la soif ; elle peut cesser, et cette cessation est le nirvāṇa ; il existe enfin un chemin pour y parvenir, le noble sentier octuple.

Voir aussi : Dukkha, Soif, Nirvāṇa, Noble sentier octuple

R

Rectification des noms (zhengming)

KOConfucius

Faire correspondre les noms à la réalité : que le prince soit vraiment un prince, le père vraiment un père, le fils vraiment un fils. Pour Confucius, le désordre commence quand les mots ne désignent plus ce qu'ils devraient ; gouverner, c'est d'abord rectifier.

Voir aussi : Gouvernement par la vertu

Refoulement

FRFreud

Le mécanisme par lequel l'esprit repousse dans l'inconscient des désirs ou des souvenirs jugés inacceptables. Le refoulé ne disparaît pas : il cherche à revenir, sous une forme déguisée, dans les rêves, les lapsus ou les symptômes névrotiques.

Voir aussi : Inconscient, Rêve

Réfutation (elenchos)

SOSocrate

La méthode d'examen de Socrate : il interroge quelqu'un sur ce qu'il prétend savoir — le courage, la justice, la piété — puis lui montre que ses réponses se contredisent. Le but n'est pas d'humilier, mais de délivrer de la fausse croyance de savoir, premier pas vers la recherche.

Voir aussi : Ironie socratique, Maïeutique

Regard d'autrui

SAJean-Paul Sartre

Quand quelqu'un me surprend en train de regarder par un trou de serrure, j'éprouve de la honte : sous son regard, je deviens un objet, et je découvre que j'ai une dimension de mon être qui m'échappe. Autrui est indispensable à ma connaissance de moi-même. La réplique de Huis clos « l'enfer, c'est les autres » vise les relations où l'on se juge seulement à travers le regard d'autrui.

Voir aussi : En-soi / pour-soi

Règles de la méthode

DEDescartes

Les quatre préceptes du Discours de la méthode : ne recevoir pour vrai que ce qui est évident ; diviser chaque difficulté en autant de parties qu'il le faut ; conduire ses pensées par ordre, du plus simple au plus composé ; faire des dénombrements si complets qu'on soit assuré de ne rien omettre.

Voir aussi : Idée claire et distincte, Morale par provision

Relativité des points de vue

ZHZhuangzi

Pour Zhuangzi, nos distinctions — grand et petit, beau et laid, vrai et faux — ne valent que d'un point de vue : ce qui est « ceci » d'un côté est « cela » de l'autre. Le sage ne prend pas parti ; il se tient au « pivot de la Voie », d'où tous les points de vue apparaissent ensemble.

Voir aussi : Dao, Rêve du papillon

Religion comme illusion

FRFreud

Dans L'Avenir d'une illusion (1927), Freud appelle la religion une illusion, c'est-à-dire une croyance née d'un désir : celui d'être protégé, comme par un père, contre l'impuissance devant la nature et la mort. Une illusion n'est pas forcément fausse, mais on y croit parce qu'on souhaite qu'elle soit vraie.

Voir aussi : Opium du peuple

Réminiscence (anamnèse)

PLPlaton

Thèse selon laquelle apprendre, c'est se ressouvenir : l'âme a contemplé les Idées avant de s'incarner, puis les a oubliées. Dans le Ménon, Socrate fait retrouver à un jeune esclave, par de simples questions, une vérité de géométrie qu'on ne lui avait jamais enseignée.

Voir aussi : Idées, Maïeutique

Ren (humanité, bienveillance)

KOConfucius MEMencius

La vertu d'humanité : la qualité qui fait de nous pleinement humains dans nos relations aux autres. Confucius en donne plusieurs formules : aimer les hommes, ou encore ne pas faire à autrui ce qu'on ne voudrait pas qu'il nous fasse. Mencius voit en tout être humain un germe d'humanité, la compassion, qu'il suffit de cultiver.

Voir aussi : Li, Yi, Quatre germes

Rendre son billet

DODostoïevski

Dans Les Frères Karamazov, Ivan refuse une harmonie universelle qui serait achetée par la souffrance d'un seul enfant innocent. Ce n'est pas Dieu qu'il refuse, dit-il, mais il lui « rend respectueusement son billet » d'entrée dans ce monde.

Voir aussi : Si Dieu n'existe pas, tout est permis, Souffrance

Représentations (phantasiai)

EPÉpictète

Les impressions que les choses font sur notre esprit. Ce ne sont pas les choses qui nous troublent, mais les jugements que nous portons sur elles : la mort n'a rien de terrible, c'est l'opinion que la mort est terrible qui est terrible. Le travail philosophique consiste à examiner chaque représentation avant d'y donner son assentiment.

Voir aussi : Ce qui dépend de nous, Ataraxie

République

MCMachiavel

Dans ses Discours sur Tite-Live, Machiavel se montre partisan de la république, à l'exemple de Rome : un régime appuyé sur des lois et des milices de citoyens, où les conflits entre les grands et le peuple, loin d'être un mal, entretiennent la liberté. Une république bien ordonnée est plus durable qu'une principauté.

Voir aussi : Virtù

Ressentiment

NINietzsche

Le sentiment rancunier de celui qui, trop faible pour agir, se venge en imagination. Selon la Généalogie de la morale, il devient créateur de valeurs : incapable de dire oui à soi-même, il dit d'abord non à ce qui est fort, et nomme « mal » ce qui le domine et « bien » sa propre faiblesse.

Voir aussi : Morale des maîtres / morale des esclaves, Généalogie

Retour au sol natal (potchvennitchestvo)

DODostoïevski

Courant de pensée auquel Dostoïevski s'est rattaché : l'élite cultivée russe, coupée du peuple par son éducation occidentale, doit revenir au « sol », c'est-à-dire au peuple simple et à sa foi orthodoxe, qui gardent une vérité que le rationalisme et le socialisme venus d'Occident ont perdue.

Rêve

FRFreud

Pour Freud, le rêve est l'accomplissement déguisé d'un désir refoulé. Le contenu dont on se souvient au réveil cache un sens latent, que l'on peut retrouver par les associations libres. L'interprétation des rêves est, selon sa formule, la « voie royale » qui mène à l'inconscient.

Voir aussi : Inconscient, Associations libres

Rêve du papillon

ZHZhuangzi

Zhuangzi rêva un jour qu'il était un papillon, voletant joyeusement, sans savoir qu'il était Zhuangzi. À son réveil, il ne savait plus s'il était Zhuangzi ayant rêvé d'être un papillon, ou un papillon rêvant d'être Zhuangzi. Ce récit illustre la fragilité de nos certitudes et la transformation incessante des choses.

Voir aussi : Relativité des points de vue, Transformation des choses

Révolte

CACamus

Le mouvement par lequel l'homme dit non à une injustice, et oui à une valeur qu'il découvre commune à tous. « Je me révolte, donc nous sommes », écrit Camus dans L'Homme révolté. La révolte a ses limites : quand elle s'autorise le meurtre au nom d'un avenir radieux, elle se trahit elle-même et devient révolution totalitaire.

Voir aussi : Absurde, Mesure

Rhizome

DLDeleuze

Image tirée de la botanique (comme la tige souterraine du chiendent), proposée dans Mille Plateaux. Contrairement à l'arbre, qui a un tronc et des branches hiérarchisées, le rhizome n'a ni centre ni origine : n'importe quel point peut être connecté à n'importe quel autre. C'est un modèle pour penser la pensée, les cultures et les réseaux.

Voir aussi : Déterritorialisation, Devenir

S

Saṃsāra

BOLe Bouddha NANagarjuna

Le cycle des naissances et des morts, entretenu par l'ignorance, la soif et le karma. Le but de la voie bouddhique est d'en sortir par l'éveil. Pour Nagarjuna, nulle frontière réelle ne sépare le saṃsāra du nirvāṇa : ils diffèrent par la manière de voir, non par leur nature.

Voir aussi : Nirvāṇa, Karma, Soif

Savoir de son ignorance

SOSocrate

La sagesse propre de Socrate : il se juge plus sage que les autres sur un seul point, il ne croit pas savoir ce qu'il ignore. C'est ainsi, selon l'Apologie, qu'il comprend l'oracle de Delphes qui l'avait déclaré le plus sage des hommes. On le résume souvent par la formule « Je sais que je ne sais rien », qui ne figure pourtant pas telle quelle chez Platon.

Voir aussi : Connais-toi toi-même, Ironie socratique

Scepticisme mitigé

HUHume

Un doute raisonnable qui, sans prétendre tout réfuter, rappelle les limites de notre entendement : il invite à la modestie, à proportionner sa croyance aux preuves, et à se défier des spéculations qui dépassent l'expérience. C'est sur ce principe que Hume juge qu'un témoignage ne peut établir un miracle aussi solidement que l'expérience établit les lois de la nature.

Voir aussi : Problème de l'induction

Si Dieu n'existe pas, tout est permis

DODostoïevski

Idée attribuée à Ivan Karamazov dans Les Frères Karamazov, dont la formule exacte ne figure pas telle quelle dans le roman. Sans Dieu ni immortalité de l'âme, rien ne fonderait plus le bien et le mal : les hommes continueraient d'agir, mais leurs actes ne seraient plus vraiment coupables ni vertueux. Dostoïevski explore les conséquences vertigineuses de cette pensée.

Voir aussi : Grand Inquisiteur, Rendre son billet

Signe (sémiotique)

PECharles Sanders Peirce

Pour Peirce, toute pensée se fait par signes, et un signe met toujours en relation trois termes : le signe lui-même, l'objet qu'il représente et l'interprétant, c'est-à-dire l'effet qu'il produit dans un esprit — lequel est à son tour un signe, en une chaîne sans fin. Il distingue notamment l'icône, qui ressemble à son objet (un portrait), l'indice, qui lui est relié physiquement (la fumée pour le feu), et le symbole, qui le désigne par convention (un mot).

Voir aussi : Maxime pragmatiste

Sisyphe

CACamus

Héros de la mythologie grecque, condamné par les dieux à pousser éternellement un rocher au sommet d'une montagne, d'où il retombe aussitôt. Pour Camus, Sisyphe, conscient de son sort et pourtant fidèle à sa tâche, est le héros absurde : « Il faut imaginer Sisyphe heureux. »

Voir aussi : Absurde, Révolte

Situation

BESimone de Beauvoir

L'ensemble des conditions concrètes — corps, époque, classe sociale, sexe, âge — dans lesquelles chaque liberté s'exerce. Pour Beauvoir, nous sommes libres, mais toujours en situation ; certaines situations, comme celle faite aux femmes ou aux personnes âgées, limitent la liberté en enfermant dans un rôle imposé.

Voir aussi : On ne naît pas femme, on le devient, Vieillesse

Soif (taṇhā)

BOLe Bouddha

Le désir avide qui s'attache aux plaisirs, à l'existence ou même à la non-existence. Selon la deuxième noble vérité, c'est elle qui produit la souffrance et entretient le cycle des renaissances.

Voir aussi : Quatre nobles vérités, Saṃsāra

Soin de l'âme

SOSocrate

Pour Socrate, la tâche principale de la vie : rendre son âme aussi bonne que possible, plutôt que de se soucier de richesse, de réputation ou du corps. C'est ce qu'il demandait sans relâche à ses concitoyens d'Athènes, car une vie qui ne s'examine pas ne vaut pas d'être vécue.

Voir aussi : Nul n'est méchant volontairement, Connais-toi toi-même

Solidarité

RYRichard Rorty

Pour Rorty, la solidarité humaine ne se fonde pas sur une nature humaine commune démontrée par la philosophie : elle se construit, surtout par la littérature, le récit et le témoignage, qui nous rendent sensibles à la souffrance d'autrui et élargissent le cercle de ceux que nous appelons « nous ».

Voir aussi : Ironiste libéral

Souffrance

DODostoïevski

Chez Dostoïevski, la souffrance n'est pas seulement un mal à supprimer par le calcul du plus grand bonheur : elle est peut-être l'origine même de la conscience, et elle peut purifier et conduire à la rédemption, comme pour Raskolnikov dans Crime et châtiment.

Voir aussi : Homme du souterrain, Rendre son billet

Sub specie aeternitatis

SPSpinoza

« Sous l'aspect de l'éternité ». Comprendre une chose sub specie aeternitatis, c'est la saisir comme découlant nécessairement de la nature de Dieu, et non comme un simple événement situé à tel moment du temps. C'est ainsi que la raison et la science intuitive connaissent les choses.

Voir aussi : Genres de connaissance

Sublimation

FRFreud

Le processus par lequel une pulsion sexuelle est détournée vers un but non sexuel et socialement valorisé, comme la création artistique ou la recherche intellectuelle. C'est l'une des sources de la culture.

Voir aussi : Pulsion, Malaise dans la civilisation

Substance

ARAristote DEDescartes SPSpinoza LELeibniz

Ce qui existe par soi, sans avoir besoin d'autre chose pour être, et qui demeure sous les changements. Pour Aristote, la substance première est l'individu concret — tel homme, tel cheval —, qui porte des qualités. Pour Descartes, il y a deux sortes de substances créées, la pensée et l'étendue, réellement distinctes. Pour Spinoza, il n'en existe qu'une seule, infinie : Dieu, ou la Nature, dont tout le reste est une manière d'être, un mode. Pour Leibniz, la réalité est faite d'une infinité de substances simples, les monades.

Voir aussi : Attribut, Mode, Dualisme, Monade, Forme et matière

Suicide philosophique

CACamus

« Il n'y a qu'un problème philosophique vraiment sérieux : c'est le suicide », écrit Camus au début du Mythe de Sisyphe. Il refuse à la fois le suicide physique et ce qu'il appelle le suicide philosophique : le saut dans l'espoir religieux ou métaphysique, qui fait disparaître l'absurde au lieu de le maintenir.

Voir aussi : Absurde

Sur-Âme (Over-Soul)

EMRalph Waldo Emerson

Pour Emerson, un Esprit universel unique dont chaque âme individuelle est comme un rayon. C'est pourquoi chacun peut trouver la vérité en lui-même, et pourquoi la nature, regardée d'un œil neuf, nous parle et nous instruit.

Voir aussi : Transcendantalisme américain, Confiance en soi

Surhumain (Übermensch)

NINietzsche

Dans Ainsi parlait Zarathoustra, « l'homme est une corde tendue entre la bête et le surhumain ». Le surhumain n'est pas une race ni un être supérieur biologiquement : c'est l'homme qui se surmonte lui-même, crée ses propres valeurs et dit oui à la vie tout entière.

Voir aussi : Volonté de puissance, Éternel retour

Surimposition (adhyāsa)

ŚAĀdi Śaṅkara

Le mécanisme de l'illusion selon Śaṅkara : on projette sur une réalité ce qu'elle n'est pas, comme lorsqu'on prend, dans la pénombre, une corde pour un serpent. De même, nous surimposons au Soi le corps, les limites et la multiplicité. Quand la lumière vient, le serpent disparaît, et il ne reste que la corde.

Voir aussi : Ignorance, Māyā / mithyā

Sympathie

HUHume

La disposition naturelle par laquelle nous partageons les sentiments d'autrui, comme des cordes qui vibrent à l'unisson. Pour Hume, elle est à la source de nos jugements moraux : nous approuvons ce qui est utile ou agréable aux autres parce que nous ressentons leur plaisir.

Voir aussi : La raison, esclave des passions, Pitié

T

Temps, distension de l'âme (distentio animi)

AUAugustin d’Hippone

Dans les Confessions, Augustin s'interroge : qu'est-ce que le temps ? Si personne ne le lui demande, il le sait ; s'il veut l'expliquer, il ne le sait plus. Le passé n'est plus, l'avenir n'est pas encore : le temps n'existe que dans l'âme, qui se tend vers le passé par la mémoire, vers le présent par l'attention et vers l'avenir par l'attente.

Voir aussi : Intériorité

Tétralemme (catuṣkoṭi)

NANagarjuna

Forme d'argument qui examine quatre possibilités : une chose est, elle n'est pas, elle est et n'est pas à la fois, ou elle n'est ni l'un ni l'autre. Nagarjuna rejette souvent les quatre, pour montrer qu'aucune thèse ne saisit la réalité et qu'il n'a lui-même aucune position à défendre.

Voir aussi : Madhyamaka, Vacuité

Théodicée

LELeibniz

Mot forgé par Leibniz, du grec theos (« Dieu ») et dikè (« justice ») : la justification de Dieu face à l'existence du mal. Comment un Dieu bon peut-il permettre le mal ? Leibniz répond que le mal fait partie du meilleur des mondes possibles, dont nous ne voyons qu'une petite partie.

Voir aussi : Meilleur des mondes possibles

Tolérance

VOVoltaire

Le respect de la liberté de penser et de croire d'autrui. Voltaire en fait un combat, notamment avec son Traité sur la tolérance, écrit après l'exécution du protestant Jean Calas en 1762. Persécuter quelqu'un pour ses opinions est à ses yeux le plus grand des crimes contre la société.

Voir aussi : Écrasez l'infâme

Totalitarisme

HAHannah Arendt

Pour Hannah Arendt, dans Les Origines du totalitarisme (1951), le nazisme et le stalinisme ne sont pas de simples tyrannies, mais une forme de pouvoir radicalement nouvelle. Fondé sur l'idéologie et la terreur, avec les camps comme laboratoires, il cherche à dominer totalement les hommes en détruisant leur pluralité et leur spontanéité.

Voir aussi : Pluralité, Banalité du mal

Tractatus

WIWittgenstein

Le Tractatus logico-philosophicus (1921), premier livre de Wittgenstein. Le langage y est conçu comme une image logique du monde ; ce qui ne peut être dit — l'éthique, le sens de la vie, le mystique — peut seulement se montrer. Il se termine par la phrase : « Ce dont on ne peut parler, il faut le taire. » Wittgenstein en critiquera plus tard une grande partie.

Voir aussi : La signification, c'est l'usage, Philosophie comme thérapie

Transcendantal

KAKant

Qui concerne les conditions a priori qui rendent la connaissance possible, et non les objets eux-mêmes. À ne pas confondre avec transcendant, qui désigne ce qui dépasse toute expérience possible. La philosophie de Kant est dite transcendantale parce qu'elle examine comment l'esprit rend l'expérience possible.

Voir aussi : A priori / a posteriori, Catégories

Transcendantalisme américain

EMRalph Waldo Emerson

Mouvement de pensée né en Nouvelle-Angleterre dans les années 1830, dont Emerson est la figure centrale. Il affirme que la vérité se découvre par l'intuition et l'expérience intérieure plutôt que par les traditions et les institutions, et que la nature est une source d'élévation spirituelle. Le mot fait écho à Kant, mais n'a pas le même sens que son « transcendantal ».

Voir aussi : Sur-Âme, Œil transparent, Transcendantal

Transformation des choses

ZHZhuangzi

Tout se transforme sans cesse en autre chose : la vie en mort et la mort en vie, comme se succèdent les saisons. À la mort de sa femme, Zhuangzi, après l'avoir pleurée, se mit à chanter en battant sur un pot : s'affliger sans fin, disait-il, c'est ne pas comprendre le cours des choses.

Voir aussi : Rêve du papillon, Dao

Transvaluation des valeurs

NINietzsche

Le renversement des valeurs héritées de la morale chrétienne et platonicienne, qui dévalorisent la vie terrestre au profit d'un autre monde. Il s'agit de créer des valeurs qui affirment la vie, le corps et ce monde-ci.

Voir aussi : Mort de Dieu, Nihilisme

Travail, œuvre, action (vita activa)

HAHannah Arendt

Les trois activités de la condition humaine selon Arendt. Le travail (ou labeur) répond aux besoins vitaux et ne laisse rien de durable. L'œuvre fabrique des objets durables qui forment un monde commun. L'action, qui se fait par la parole et les actes devant les autres, dans l'espace public, est l'activité proprement politique.

Voir aussi : Pluralité, Natalité

Tripartition de l'âme

PLPlaton

L'âme comporte trois parties : la raison, qui doit diriger ; le cœur (thumos), siège du courage et de la colère ; et le désir, tourné vers les plaisirs du corps. La justice, dans l'âme comme dans la cité, est l'harmonie où chaque partie remplit la fonction qui lui revient.

Voir aussi : Philosophe-roi

Trois classes d'esprits

AVAverroès

Averroès distingue trois façons d'accéder à la vérité : par la démonstration (les philosophes), par la dialectique, c'est-à-dire par des arguments probables (les théologiens), et par la rhétorique, c'est-à-dire par des images et des exhortations (le plus grand nombre). Le texte sacré parle à chacun selon sa mesure.

Voir aussi : Interprétation allégorique

Tychisme / synéchisme

PECharles Sanders Peirce

Deux doctrines de la cosmologie de Peirce. Le tychisme, du grec tukhè (« hasard »), affirme que le hasard joue un rôle réel dans l'univers ; les lois de la nature elles-mêmes ne sont pas fixées d'avance, mais se sont formées peu à peu, comme des habitudes. Le synéchisme, du grec sunekhès (« continu »), affirme que tout dans la réalité est continu, sans coupure absolue.

Voir aussi : Faillibilisme

U

Unité de l'intellect

AVAverroès

Thèse tirée du commentaire d'Averroès au traité De l'âme d'Aristote : l'intellect par lequel les hommes pensent l'universel est unique et commun à tous, et non propre à chaque individu. Elle a été vivement combattue par Thomas d'Aquin.

Voir aussi : Intellect agent

Utilité de l'inutile

ZHZhuangzi

Chacun connaît l'utilité de ce qui est utile, mais personne ne voit l'utilité de l'inutile. Un arbre noueux et tordu, dont aucun charpentier ne veut, échappe à la hache et vit des siècles. Zhuangzi invite ainsi à se défier de l'obsession du rendement et de l'ambition.

Voir aussi : Libre vagabondage

V

Vacuité (śūnyatā)

NANagarjuna

L'absence de nature propre : aucune chose n'existe de façon indépendante, puisque toutes surgissent en dépendance d'autres choses. La vacuité n'est donc pas le néant, mais une autre manière de dire la production conditionnée. Nagarjuna précise que la vacuité est elle-même vide : en faire une nouvelle thèse à laquelle s'attacher, ce serait retomber dans l'erreur qu'elle devait guérir.

Voir aussi : Nature propre, Production conditionnée, Deux vérités

Véracité divine

DEDescartes

Dieu, étant parfait, ne peut être trompeur, car la tromperie est une imperfection. Cette véracité garantit que nos idées claires et distinctes sont vraies et que le monde extérieur existe bien. Nos erreurs ne viennent pas de Dieu, mais de notre volonté, qui juge au-delà de ce que l'entendement conçoit clairement.

Voir aussi : Idée claire et distincte, Cogito

Vérité (selon James)

JAWilliam James

Pour William James, une idée est vraie dans la mesure où croire en elle nous guide avec succès dans l'expérience. La vérité n'est pas une propriété immobile des idées : elle « arrive » à une idée, qui devient vraie en se vérifiant par ses effets.

Voir aussi : Pragmatisme, Volonté de croire

Vérité effective de la chose (verità effettuale)

MCMachiavel

Machiavel veut s'en tenir à la manière dont les choses se passent réellement, et non à des républiques imaginaires. Il faut prendre les hommes tels qu'ils sont, non tels qu'on voudrait qu'ils soient. C'est pourquoi un prince doit apprendre à pouvoir ne pas être bon, et à en user selon la nécessité.

Voir aussi : Virtù, Être craint plutôt qu'aimé

Vérités de raison / vérités de fait

LELeibniz

Les vérités de raison sont nécessaires : leur contraire est impossible, comme en mathématiques. Les vérités de fait sont contingentes : leur contraire est possible, comme « César a franchi le Rubicon » ; elles reposent sur le principe de raison suffisante plutôt que sur la nécessité logique.

Voir aussi : Principe de raison suffisante

Vide

LALaozi

Chez Laozi, le vide n'est pas un manque mais ce qui rend les choses utiles : le creux du moyeu permet à la roue de tourner, le creux du vase permet de le remplir, l'espace de la pièce la rend habitable. Le sage cultive en lui ce vide : la disponibilité d'un esprit qui n'est encombré de rien.

Voir aussi : Wu wei, Pu

Vie simple

TOTolstoï

Après la crise morale racontée dans sa Confession, Tolstoï cherche le sens de la vie dans la vie simple du peuple paysan : renoncer au luxe, travailler la terre de ses propres mains, vivre de peu. Il y voit plus de vérité que dans tous les raffinements de l'art et de la pensée.

Voir aussi : Le royaume de Dieu est en vous

Vieillesse

BESimone de Beauvoir

Dans La Vieillesse (1970), Simone de Beauvoir montre que la vieillesse n'est pas seulement un fait biologique, mais une condition que la société construit, souvent en reléguant les personnes âgées au rang d'objets inutiles. Elle y voit, comme pour la condition féminine, une situation à transformer.

Voir aussi : Situation

Virtù

MCMachiavel

Chez Machiavel, la virtù n'est pas la vertu morale : c'est l'énergie, l'audace et l'habileté qui permettent à un homme d'État d'agir efficacement et de saisir l'occasion. Elle s'oppose à la fortune, qu'elle s'efforce de maîtriser.

Voir aussi : Fortune, Vérité effective de la chose

Vis caché

EPIÉpicure

Maxime épicurienne qui conseille de vivre à l'écart de la vie publique, des honneurs et de la politique, sources d'agitation et de crainte, afin de préserver sa tranquillité au milieu de ses amis. Pour Épicure, l'amitié est l'un des plus grands biens de la vie heureuse.

Voir aussi : Ataraxie

Vivre selon la nature

EPÉpictète

Principe stoïcien : vivre en accord avec la raison qui ordonne l'univers et avec notre propre nature d'êtres raisonnables. Cela suppose d'accepter ce qui arrive comme une part de l'ordre du monde, et d'agir au mieux dans ce qui dépend de nous.

Voir aussi : Ce qui dépend de nous, Métaphore de l'acteur

Vocabulaire final

RYRichard Rorty

L'ensemble des mots qui nous servent à justifier nos actions, nos croyances et notre vie, au-delà desquels nous n'avons plus d'arguments. Pour Rorty, aucun vocabulaire n'est plus proche de la réalité qu'un autre : on les juge à leur utilité pour nos projets, et le progrès intellectuel consiste à redécrire les choses autrement.

Voir aussi : Ironiste libéral, Pragmatisme

Voie du milieu

BOLe Bouddha NANagarjuna

Le chemin qui évite deux excès : la recherche des plaisirs et la mortification ascétique, que le Bouddha avait pratiquées l'une et l'autre avant son éveil. Plus largement, elle écarte les positions extrêmes, comme l'idée d'un moi éternel et celle d'un anéantissement total. C'est de là que vient le nom de l'école issue de Nagarjuna, le Madhyamaka, « l'école du milieu ».

Voir aussi : Noble sentier octuple, Madhyamaka

Volonté de croire

JAWilliam James

Titre d'un essai de James (1896). Quand les preuves ne suffisent pas à trancher, que la question est vitale et qu'on ne peut pas différer la décision — comme pour la foi religieuse —, nous avons le droit de croire au-delà de ce que la raison démontre. Refuser de choisir est encore un choix.

Voir aussi : Vérité, Expérience religieuse

Volonté de puissance

NINietzsche

Pour Nietzsche, le fond de la vie n'est pas l'instinct de conservation, mais une volonté de croître, de s'étendre et de se surpasser. Ce n'est pas d'abord un désir de dominer les autres : c'est l'élan par lequel toute vie cherche à s'accroître et à donner forme au monde.

Voir aussi : Surhumain, Perspectivisme

Volonté générale

RORousseau

La volonté du peuple considéré comme un corps, qui vise toujours l'intérêt commun. Elle n'est pas la simple somme des intérêts particuliers, que Rousseau appelle la volonté de tous. En obéissant à la loi, expression de la volonté générale, chacun n'obéit qu'à lui-même : c'est le fondement de la légitimité politique.

Voir aussi : Contrat social

W

Wu wei (non-agir)

LALaozi

« Non-agir ». Il ne s'agit pas de rester inactif, mais d'agir sans forcer, en épousant le cours naturel des choses, comme l'eau qui contourne l'obstacle et finit par user la pierre. Le souverain qui pratique le wu wei gouverne sans s'imposer, si bien que le peuple croit avoir tout accompli de lui-même.

Voir aussi : Dao, Ziran, Vide

Y

Yi (justice, droiture)

KOConfucius MEMencius

Le sens de ce qu'il convient de faire, indépendamment de l'intérêt. L'homme de bien se règle sur la justice, l'homme de peu sur le profit. Mencius en fait l'une des quatre vertus, issue du germe de la honte, ce sentiment qui nous retient devant le mal.

Voir aussi : Homme de bien, Ren, Quatre germes

Yin et yang

LALaozi

Les deux forces complémentaires dont l'alternance anime toutes choses : le yin, sombre, souple et réceptif ; le yang, lumineux, ferme et actif. Selon le Dao De Jing, les dix mille êtres portent le yin sur le dos et embrassent le yang. Laozi privilégie volontiers le côté yin : le souple, le bas, le féminin.

Voir aussi : Dix mille êtres, Dao

Z

Ziran (ainsi de soi-même)

LALaozi

La spontanéité : ce qui se fait de soi-même, sans contrainte extérieure. Selon Laozi, le Dao lui-même prend pour modèle ce qui est ainsi de soi-même. C'est la manière d'être que le wu wei cherche à préserver.

Voir aussi : Wu wei, Dao

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